Publié le 15 Septembre 2026

Proposition 1

La porte

Au détour d'un chemin, d'une rue ou d'un couloir familier, vous découvrez une porte qui n'existait pas la veille.

Sur la porte est inscrit : « Réservé à ce que vous n'avez pas osé vivre. ». Vous l'ouvrez.

Racontez ce qu'il y a derrière et racontez-nous.

Avant d’ouvrir la porte, prenez le temps de la regarder : matière, couleur, odeur, traces du temps, serrure, poignée...

Faites appel aux cinq sens. Que ressent le personnage lorsqu'il pose la main sur la poignée ?

Derrière la porte, évitez la première idée qui vous vient. Cherchez ce qui surprend, dérange ou émeut.

Pensez en images plutôt qu'en explications. Montrez ce que le personnage découvre avant d'expliquer ce que cela signifie.

Laissez une place au mystère. Tout n'a pas besoin d'être compris.

Écrire à la deuxième personne du singulier (« tu »).

Ce qui se trouve derrière la porte n'est pas un lieu, mais un souvenir devenu réel.

Le personnage doit choisir : refermer la porte pour toujours ou traverser définitivement.

Merci à Ecriture créative, à qui j'ai emprunté l'idée !

En même temps, je leur fait de la pub !

C'est mérité !

Les textes

 

Poussez, madame !

 

Tu as garé la voiture au transfo. C’est bien. C’est tout près de chez toi. Tu prends la rue Capestang. Elle est d’un triste ! Pas de plantes, pas de chants d’oiseaux. Toujours les mêmes façades au crépi attaqué par un eczéma qu’on croirait contagieux.  Tiens une morte ! Devant sa porte, une table pour laisser ses condoléances et sur la porte de son garage, toujours le même  panneau : Je reviens tout de suite. A mourir de rire ! D’ailleurs tu ris jusqu’à ce que tu découvres, à quelques pas,  une porte qui n’était pas là, la veille. Sur la porte, une inscription  - décidément, on aime communiquer, rue Capestang. Tu t’approches de cette entrée jamais remarquée depuis 21 ans que tu habites ici ! Tu déchiffres le message que des pattes de mouches ont laissé sur le bois dépoli, rongé par les vers : « Réservé à ce que vous n’avez pas osé vivre. »

Tu aimes les énigmes. Tu pousses la porte qui ne rechigne pas à s’ouvrir sur un long couloir répugnant. Des vasistas encrassés retiennent la lueur de cette fin de journée. Tu glisses dans ce couloir sombre. Une douleur s’installe. Tu étais si bien jusque-là ! Tu y serais bien restée toute ta vie. Mais non. Paraît que c’est le moment. Tu entends des gémissements. Des voix. Tu penses à en finir avec la vie avant même de l’avoir connue. Ces neuf mois passés dans le ventre de ta mère, bercée, caressée, aimée, ne suffisaient-ils pas ? Que te réserve l’avenir ? Une lumière crue s’invite, là-bas, dans le fond. Une voix plus forte que les autres te fait sursauter : Poussez, madame !

Elle pousse. Tu nais.

 Derrière la porte

Tu te trouves devant une porte fermée. Une porte du passé qui a plutôt bien vécu. Sur cette porte est inscrit « réservé à ce que vous n'avez pas osé vivre ».
Tu te poses des questions sur cette porte qui n'existait pas la veille. Et pourtant elle est là, devant toi, fière et solide.
C'est une belle porte en bois. La poignée un peu usée d'avoir été fort utilisée.
Une peinture, à l'origine bleu vif.
Patinée par le temps, devenu pastel aujourd'hui. Tu la caresses pour retrouver des souvenirs lointains. Elle est restée douce et lisse.
Une odeur de vieux bois se fait sentir.
Les traces du temps l'ont marqué. La rugosité de la poignée témoigne de son usage.
Tu restes perplexe face à cette porte.
Pourquoi et comment se trouve-t-elle devant toi aujourd'hui ?
La lumière dorée de septembre vient la caresser et la rendre plus belle. Un vent d'automne souffle à travers les jointures des fenêtres. Il vient t'annoncer la fin de l'été. Sur l'encadrement de la porte une trace de verrou, disparu, l'interdit de franchir le seuil avec lui. Pas de clé dans la serrure, tu ouvres la porte.
Derrière elle, une réunion familiale. Des gens tristes, un deuil, le défunt dans son cercueil. Cérémonie que tu n'as pas vécue, pas osé vivre. Le souvenir du passé ressurgit brusquement.
 
Françoise.

Deuxième proposition 

Logorallye de rentrée

Voici les titres de certains nouveaux romans sortis en août ou à paraître en septembre que vous devrez intégrer dans votre texte, dans l'ordre que vous souhaitez :

Ce qui dort sous le camélia - Claudie O. Wetterwald / Ne cherche pas le chaos - Marion Brunet  / Lola va mourir -

Victor Dumiot / Baignade surveillée - Laura Kasischke / Parle-moi de chez nous - Jeanine Cummins / La Piqûre d'abeille - Paul Murray

 

Contraintes :

  • Écrire un texte d’une page maximum.
  • Utiliser les six titres
  • Le texte doit comporter au moins un personnage et un lieu.
  • Vous êtes libre du genre : réalisme, fantastique, polar, poésie narrative, récit intimiste...

Les textes

 

C’était pourtant bien parti !

 

On avait bu plus que de raison. Faut dire qu’il  faisait chaud et que l’eau de robinet avait un goût, alors Rab34 nous avait sorti tous ses rhums, les blancs, les ambrés, les jeunes, les vieux, et ceux qu’il avait coutume d’appeler les jus de fruit génétiquement modifiés. Ça riait, ça chantait, ça se baignait dans la piscine qui n’avait jamais autant menti que ce jour-là en arborant une pancarte : Baignade surveillée. Lionel et Rab qui avaient longtemps vécu dans les territoires d’outre-mer n’arrêtaient pas de se lancer le même défi : « Parle-moi de chez nous ! » Et c’était à celui qui évoquerait le souvenir le  plus original, celui qui faisait regretter aux autres invités de n’avoir jamais osé partir conquérir le monde. Les récits cessèrent  avec la piqûre d’abeille. Ce fut Christiane qui en fit les frais. Elle poussa un hurlement qui résonna dans tout le quartier. Lionel lui intima l’ordre de se calmer au plus vite, qu’elle n’allait pas alerter les secours pour une petite piqûre de rien du tout. Comme il avait plutôt un vocabulaire châtié, même bourré, il lui cloua le bec par un : « Ne cherche pas le chaos ! » Tout le monde était réuni : On alla lui chercher du vinaigre, on l’aspergea. Un remède qu’avait préconisé Lola lors de leur dernier  rassemblement. Lola, l’infirmière à la retraite depuis déjà 25 ans.

-  Mais au fait ! Où passé Lola ? 

-Pas vu depuis belle lurette.

- C’est pas ce qui dort sous le camélia ?

En effet, recroquevillé sous le camélia il y avait bien quelqu’un. On s’approcha, c’était bien Lola !

- Lola va mourir !

- Non Lola est morte.

 
Lola va mourir, piquée par une abeille, allergique, elle ne survivra pas.
Bien triste fin que la sienne.
Ne cherche pas le chaos me dis-tu.
Je ne cherche rien, c'est lui qui me suit.
Parle-moi de chez nous, de la plage de nos étés, baignade surveillée.
De nos jeux de ballon, des repas champêtres, des retrouvailles familiales.
Du petit voisin, turbulent au possible. Des fleurs du jardin, le regard bienveillant de grand-mère me disant : " Va donc chercher ce qui dort sous le camélia ".
Un peu inquiet, je me suis faufilé vers ce buisson feuillu. Et qu'y ai-je trouvé ? Un hérisson craintif, petit animal fétiche de Lola.
 
Françoise
 

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Publié le 15 Septembre 2026

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Publié le 15 Septembre 2026

C'est la rentrée !

 

Proposition 1

Histoire de se mettre en jambes et de se casser la tête, une proposition effrayante :

Le terreur des ateliers d'écriture

Restons habillés même s’il fait très chaud !

Par contre, déshabillons l’atelier d’écriture !

En utilisant uniquement les lettres d’Ateliers d’écriture, exprimons la terreur que nous éprouvons en entamant ce premier atelier de la saison !

 

Les textes

 

TERREUR à l’atelier d’écriture de Sète

 

Elle râle, seules, ces lettres : ACDEILRSTU

L’autre :

- Ecrire ces lettres ! D’autres ?

Elle :

- Celles-ci et tu te tais !

L’autre :

- ça casse les idées, ces lettres

Elle :

-Tu te tais !

L’autre :

- C’est dur ! Très dur ! Si dur !

Elle :

- Ecris, relis ! Ecris ! RELIS !

La tête triste de l’autre délire : Elle, la tuer. Tuer celle à l’iris de rate délurée, le cul de truie crédule. La seule sortie : la détruire, la trucider, la détailler, la cuire, la réduire.

Et laisser les idées ressusciter : Ecrire et rire !

 

 

A la terreur d'écrire, des rires et des cris, déçu de lire, triste de dire " la clé de la cité résiste ".

L'artiste reste là, sûr de lui.

Il crie ! Très seul, il est.

Françoise

Proposition 2

Autour de L'île du Point Némo*

Il y a d'abord : Jean-Marie Blas de Roblès
Né(e) à : Sidi-Bel-Abbès, Algérie , 1954, il est philosophe et écrivain français.
Il arrive en France après le rapatriement des Français d'Algérie. Il suit des études de philosophie à la Sorbonne et des cours d'histoire au Collège de France. Après ses études, il part au Brésil enseigner et prend la direction de la maison de la culture française à Fortaleza. Il reçoit le prix de la nouvelle de l’Académie Française pour son recueil "La Mémoire de riz" (1982).
En 1987, il est en Chine Populaire et fait paraître "L’Impudeur des choses", son premier roman. Après un séjour au Tibet, il rejoint sa nouvelle affectation à l’Université de Palerme en empruntant le Transsibérien.
Membre de la Mission Archéologique Française en Libye depuis 1986, Jean-Marie Blas de Roblès a participé chaque été aux fouilles sous-marines d’Apollonia de Cyrénaïque, de Leptis Magna et de Sabratha en Tripolitaine.
C’est en 2008 que le grand public découvre cet historien philosophe, ce grand voyageur archéologue avec l’inoubliable "Là où les tigres sont chez eux", véritable roman-jungle qui joue à merveille des mises en abyme et des vertiges distingué à cette occasion par le Prix Médicis et le Prix du roman Fnac. Ce roman est le fruit de dix ans de travail.
En 2014, il sort, toujours chez Zulma, un roman d'aventures foisonnant, "L'île du Point Némo". En 2016, il fait partie du comité de rédaction de la revue Apulée avec Hubert Haddad et Yahia Belaskri, publiée chez Zulma. Spécialiste de la Libye, il publie en 2016 un récit qui part sur les traces de l’archéologue et explorateur Jean-Raimond Pacho qui parcourut le pays au XIXe siècle.
En 2020, il publie un roman moins picaresque "Ce qu'ici-bas nous sommes". Le 5 juillet 2021, il reçoit le Grand prix de littérature de la Société des gens de lettres pour l'ensemble de son œuvre.

*Le point Nemo est l'endroit de l'océan le plus éloigné de toute terre émergée sur la planète. Il  se trouve dans le sud de l'océan Pacifique.Les terres les plus proches sont situées à environ 2 688 kilomètres (comme l'île Ducie). Les humains les plus proches ne se trouvent parfois pas sur Terre, mais dans la Station spatiale internationale qui orbite à environ 400 kilomètres d'altitude. Son nom vient du capitaine Nemo de Jules Verne, et nemo signifie « personne » en latin.

Puis il y a son fameux roman : L'Ile du point Némo

Découvrez une usine de cigares dans le Périgord noir, embarquez à bord du Transsibérien, grimpez dans un dirigeable, poursuivez votre périple en sous-marin à la recherche du diamant volé de Lady MacRae. Et croisez au fil des pages un dandy opiomane, l'ignoble monsieur Wang, une épouse nymphomane et frustrée, l'insaisissable Enjambeur Nô. Quelle folle imagination a pu faire naître un tel roman ?

"Ce roman est un hold-up. Un roman d'aventures total, tourbillonnaire, abrasif. Quelle lecture ! Quelle leçon d'imagination ! Quelle maîtrise de la vitesse !" Le Point

Je suis totalement d'accord avec cette critique et pourtant... Il s'agit d'un roman de 470 pages et 72 chapitres !

Il ne m'en a pas fallu davantage pour imaginer cette proposition d'écriture : Vous tire au hasard trois titres de chapitre du roman, Vous en écartez un. Si vous comptez bien, il vous en reste deux ! L'un sera le titre de votre récit, l'autre en sera l'incipit.

Les textes

 

Le monstre de la mer Caspienne

« Le cycliste infernal » met les bouchées doubles. Il a couché son vélo dans les hautes herbes, le temps d’engloutir douze carpes que son trident a chopé. Le fameux trident que son père lui a offert pour ses 100 ans. Devant Little Satan, la mer Caspienne frémit. Il ne lui manquait plus que ça, à la mer Caspienne d’avoir les chocottes en reconnaissant ce visiteur venu tout droit des enfers. Déjà qu’elle avait mauvaise réputation, que les touristes la fuyaient depuis l’apparition du monstre dans ses eaux dormantes !

La mer Caspienne frémit donc et le cycliste infernal rote en détachant d’une griffe la dizaine d’arêtes coincées entre ses dents.

De ses yeux flamboyants fendus d’un iris noir, Little Satan a repéré le mouvement de l’eau qui s’amplifie. A la manière de son cousin Nessie, c’est en ondulant que Caspie, le monstre de la Caspienne se déplace. Il approche de la rive. L’eau enfle, déborde, fauche Little Satan qui, le dos tourné, s’apprête à reprendre sa monture. Le voilà entraîné. Il a beau prier son père tout puissant, il est emporté. Lui, indestructible au milieu des flammes, il est sans pouvoir au milieu de l’eau. Nul ne lui a pas appris à nager ! Soudain, la gueule du monstre surgit, grande ouverte. Little Satan a juste le temps de voir la triple rangée de crocs acérés avant d’être saisi et mastiqué lentement, avec gourmandise par Caspie.

Sa dernière pensée ira dans les tréfonds de l’enfer :

- Père, pardonne-lui, il ne sait pas ce qu’il fait.

 

Les renardes
Sous le ventre du renard, le renardeau blond gémit. Il appelle sa mère, partie « jouer aux poules », comme on dit dans la région de Lunas.
Papa Renard ne rassure pas, n’explique rien. En bon père de famille, il dresse le nez au vent. Il renifle le vautour fauve et la délicate odeur de la paysanne qui veille sur ses œufs.
Depuis quelques jours, il ne mange que des châtaignes farineuses. Mais si la manœuvre réussit ce soir, la nichée dormira le ventre plein dans un terrier de plumes.
Ils se lèchent les babines.
D’un coup de patte, le père fait taire le petit.
— Chuuut… Les mamans travaillent.
Silencieusement, les renardes rousses longent la terrasse du mas, échappant au regard de la maîtresse de maison qui, en costume de nuit, profite de la douceur du soir.
Elles contournent le secadou, se glissent sous le prunier, puis descendent la ruelle, tapies au fond du fossé. Enfin, elles se figent devant l’enclos.
Elles connaissent bien l’endroit.
Elles viennent souvent y rêver, attirées par l’odeur forte des cuisses dodues, des cous graisseux et des crêtes encore rouges de sang.
Au loin, les chiens hurlent en tirant inutilement sur leurs chaînes.
Un fil brillant sous la lune retient les chasseuses. Elles le savent : le toucher brûle la peau, déchire le museau.
Mais la faim est plus forte que la douleur.
Perdant toute prudence, elles se précipitent vers le poulailler. Elles bondissent, franchissent l’obstacle.
Le piège a fonctionné
La cage est fermée. Impossible de s’échapper.
C’est terminé.
Au loin, dans le terrier, le renardeau se remet à pleurer.
Sa mère ne reviendra pas ce soir.

Le Soleil va se lever la biche et son bicheton traversent la prairie jusqu'au point d’eau. Les brebis s'apprêtent à rejoindre les herbages. Les lumières du mas s'allument, une à une, dans le poulailler, entourées des centaines de paires d’yeux ronds,  les étrangères du matin regardent tristement la forêt. 

Alain

Leibniz est un crétin.

 

« Un peu de buée sur le verre de ses lorgnons, » il regarde autour de lui. Apeuré, il cherche une issue.

Une issue de secours peut se révéler être un piège.

Tant pis, sa vision est troublée, il n'a plus le temps.

Il prend le risque d'essayer.

Le couloir sombre, glauque, n'en finit pas.

Il s'épuise, l'humidité lui colle à la peau.

La respiration courte, haletant, il rampe à présent dans un tunnel inondé.

Il a peur, est-ce qu'il va s'en sortir ? Rien n'est sûr. Il ne peut plus faire demi-tour. Le tunnel se rétrécit à nouveau.

Plus d'eau, il a du mal à avancer.

Il s'obstine, avance, se griffe, pousse des cris de terreur.

Au loin, il lui semble apercevoir un peu de lumière. Un court instant, l'espoir revient.

Enfin, il arrive au bout de sa course. Il se croit sauvé. Mais il se trompe. Devant lui, un brasier de plume noir l'enveloppe.

Françoise

 

La terrible vengeance de la truie afghane

Martyrio, la « femme-obus », n’était pas de bonne, ce jour-là. Une prémonition ? La représentation s’annonçait difficile. Pourtant, elle avait l’habitude. Trois ans, qu’elle avait été embauchée dans ce cirque afghan qu’elle avait croisé par hasard.

Après avoir sommairement pris ses mesures, toute la clique avait présenté un visage enturbanné et hilare ! Elle avait les mensurations requises pour le boulot qu’ils lui réservaient. D’abord, elle avait cru qu’elle serait la nouvelle écuyère ou l’équilibriste de la troupe. Elle avait dû vite déchanter : elle serait, dans l’urgence,  la nouvelle femme-obus.

La dernière s’était quelque peu laissé aller à goûter les pâtisseries orientales et avait pris tellement d’embonpoint qu’on avait de plus en plus de mal à l’enfiler dans le fût du canon. On ne ménageait ni les manœuvres ni les insultes : Rentre ton ventre grosse truie ! A force de manger, tu ne pourras plus remonter à la surface ! Et on l’avait licenciée sans le moindre dédommagement.

Faut préciser que les femmes-obus de ce cirque n’étaient pas expédiées dans un coin de désert sablonneux  ou sur les pentes rocheuses d’un relief ! Non, on avait le souci d’orienter le canon vers la retenue d’eau qu’on appelait bassine (comme quoi, les agriculteurs de Lozère n’ont rien inventé !). Ainsi on pouvait récupérer l’artiste dès qu’elle avait donné le coup de talon nécessaire pour qu’elle remontât à la surface.

Martyrio avait vite pigé le truc.

Aujourd’hui, alors qu’elle est ficelée comme un saucisson de l’Ardèche, deux afghans l’enfilent dans le fût. Sans se poser plus de questions qu’à l’accoutumée, l’un d’entre eux présente la torche, allume la mèche.

BOOM !

C’est l’explosion qui fait sauter non seulement le canon mais aussi, Martyrio et tous ses partenaires circassiens rassemblés sur la piste.

Si l’on prend soin de bien écouter, une fois la détonation gommée des tympans, on peut entendre, dans le public, plus ou moins touché par les éclats et gémissant à mi-voix,  le rire sardonique d’une grosse truie, celle qui, la nuit dernière, s’est glissée dans le cirque pour mettre au point sa redoutable vengeance.

 

La Sainte chemise de la Vierge

Trop membré pour engrosser une fille. C’était la réputation qu’il traînait derrière lui.

Elle, elle était fine, sa chemise sur les hanches.

Elle connaissait le gars. Il lui fit des mimiques. Il la déshabillait du regard. Elle avait de petits seins que l'on voyait sous sa chemise. Elle était Vierge. Sa chemise la protégeait. C’était une sainte chemise. Il hésitait à l’embrasser. Puis tout à coup, il le fit et ce fut  un régal. Elle se laissa faire. Son sexe enflait bien de trop. Il l'avait déshabillée. A regret, elle dut quitter sa Sainte chemise. Comme il faisait chaud, elle ne le regretta qu’à moitié.

Il donna plusieurs assauts. Il n'arrivait pas à la pénétrer. Son membre était trop gros et, elle, elle avait un petit trou. De désespoir, il banda un peu plus. A force d'essayer, il éjacula à côté. Il poussa un juron. Elle ne dit rien mais ne prit pas de plaisir.

-              Ouf ! C'est fini ! dit-elle seulement.

Lui était dégouté. Il s'en alla de son côté, sans même lui parler.

Elle renfila sa Sainte chemise.

Vierge, elle resta.

Annick D

 

Proposition 3

On change de décor !

Pour cette proposition nous voici transportés dans les vignes du Château de La Peyrade, invités par Bénédicte qui craignait pour nous un collapsus collectif, à écrire dans la petite salle de Chateaubriant à Frontignan.

Va pour le château ! On est plutôt gâtés !

Alors on en profite. On regarde, on hume, et on laisse nos plumes courir, inspirées par le tableau qui s'offre à nos yeux. Pas plus de contraintes !

Les textes

 

La chanson du vendangeur

 

Vendangeur ensoleillé,

la colle avance bien,

il ne faut pas traîner.

Coupe, coupe,

sauf le vert jus, bien entendu !

La consigne est claire,

le geste facile à faire :

tu saisis, tu coupes.

Coupe, coupe,

sauf le vert jus, bien entendu !

Les deux mains sur les reins,

la sueur sur le front,

tu souffles, tu râles, tu geins.

À tes pieds, le seau est plein.

Coupe, coupe,

sauf le vert jus, bien entendu !

La benne est là, vibrante,

dans l’odeur de gasoil,

ogresse couverte de rouge,

au ventre débordant.

Coupe, coupe,

sauf le vert jus, bien entendu !

Prête pour la cave,

la pesée, les degrés.

Le raisin fait le poids :

par ici la monnaie !

Coupe, coupe,

sauf le vert jus, bien entendu !

Sur les cailloux pointus,

les chevilles se tordent.

Parfois, le bout du doigt rougit :

le muscat se mérite !

Coupe, coupe,

sauf le vert jus, bien entendu !

Quelques grains dans la vigne

quand le raisin vole bas,

quelques fontaines improvisées,

quelques secondes de fraîcheur volées.

Coupe, coupe,

sauf le vert jus, bien entendu !

Enfin, c’est la dernière,

l’ultime, tout au bout.

Le sécateur se ferme…

jusqu’à l’année prochaine.

Coupe, coupe,

sauf le vert jus, bien entendu !

 

Alain

 

Accident au Château

La vigne respire à nouveau. Elle a tout entendu, mais elle ne dira rien. Elle trébuche dans la terre sèche.

S'il lui arrive un pépin, Stanislas aura raison de se mettre en colère. Elle est maigre. C'est un sarment asséché et assoiffé. Stanislas, le bourré du château, avance à son bras avec la vieille. La canicule persiste et la châtelaine décline.

Ce furent ses dernières vendanges, et celles de l'amour sont si lointaines. Cette femme est sèche comme un cep. Mais son cœur pense encore à son compagnon, tombé dans la comporte. La machine a broyé son amour, l'amour de sa vie. Ce fut cette année-là la meilleure récolte depuis des décennies.

On dit que quelques fragments d'os émergent à l'anniversaire de la mort de son époux. De vignes en vignes, le souvenir reste.     

Krikri

 

Qu’est-ce qu’il fout là, le chasselas ?

Aujourd’hui, 7 septembre, la vigne est enfin au repos.

Après le chahut et les jacasseries des vendangeurs, les ceps profitent de ce repos bien mérité sous un ciel voilé et une brise légère.

Certains se sont même assoupis. Mais la sieste est de courte durée !

Ne voilà-t-il pas qu’une horde de pseudo écrivains - à l’invitation des vignerons - s’attablent pour leur premier atelier de la saison. Et que ça s’embrasse et que ça rigole ! Y en a même qui s’échappent parmi les rangs de vigne et goutte, en veux-tu en voilà, des grappes oubliées par ci par là.

Ça goutte, ça s’extasie, ça compare, ça se délecte de sucre, de saveurs. Ça reconnais l’inévitable Muscat, évidemment, ça fait les connaisseurs : Ce ne serait pas du Fortant ? Ça doute : Quasiment la même saveur que le muscat... Du Gewurtz, peut-être ? Bénédicte, l’hôtesse applaudit. Ça se casse le nez sur une grappe, trouvée là-bas au fond d’une rangée. Krikri, qui a vécu longtemps dans le Tarn et Garonne, non loin de Moissac, reconnait sans hésiter le Chasselas à la peau fine et dorée. Elle se retourne vers Bénédicte et lui lance :

Mais qu’est-ce qu’il fout là, le chasselas ?

 

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Publié le 15 Septembre 2026

Merci Maïté

Mazet 26

 

 

«  Les mots? Ce ne sont pas des mots mais des choses ! »

Jean Tardieu

 

 

Encore une fin de saison fêtée dignement dans le cadre fastudieu du mazet de Maïté

Voici un petit aperçu de nos délires alimentés par notre cuisinière favorite, Marie-France, arrosés par notre Madelon préférée, Bénédicte, et cadencés par les artistes : Pascale et Alain.

Merci à elles, à lui, et merci à vous écrivaillons chéris et accompagnateurs souriants et patients !

 

 

 

30 juin

Merci Michel !

Des définitions de Michel Laclos nous fournissent les mots à utiliser impérativement, un point c’est tout ! Une micro nouvelle, un conte, à nous d’écrire.

Artiste en vue : Paysagiste

Tel père tel fils : Dumas

Chatouiller : Titiller

On y trouve le calme ou un monde fou : Asile

Planche de salut : Agenouilloir

Moqueur : Goguenard

Fait réfléchir : Tain

Pot au feu : Urne

C’est merveilleux de voyager comme ça à son âge : Alice

Proposition 1

 

Merci Michel !

Des définitions de Michel Laclos nous fournissent les mots à utiliser impérativement, un point c’est tout ! Une micro nouvelle, un conte, à nous d’écrire.

Artiste en vue : Paysagiste

Tel père tel fils : Dumas

Chatouiller : Titiller

On y trouve le calme ou un monde fou : Asile

Planche de salut : Agenouilloir

Moqueur : Goguenard

Fait réfléchir : Tain

Pot au feu : Urne

C’est merveilleux de voyager comme ça à son âge : Alice

Les textes

 

NUL BESOIN D’AGENOUILLOIR

Goguenard, il exhorte.

Dans l’herbe qui crépite de mille crissements, de frottements d’élytres, Dumas s’est relevé et aboie violemment.

Tout autour point d’asile, nulle voie pour échapper au regard dominateur.

A présent il exige, et Alice se tait, les insectes itou. L’air même ne coule plus tenu en son aorte. Rien non rien pour titiller le silence moite et oppressant.

Alors il réalise que sa brutalité n’est pas de circons-tance. Chacun est asservi mais personne ne le sert. Lui, tout ce qu’il voudrait, c’est figer cet instant. Oui mais là au moment, point de paysagiste.

Alors trempant son doigt dans le miroir du bassin d’agrément, il en chiffonne le tain, effraie les poissons rouges, puis prenant de la cendre dans l’urne de métal, il peint sur la margelle l’enfant et puis les fleurs.

Là, tout se radoucit, Alice tape des mains, lui affiche un sourire et les insectes alors reprennent leur harmonie.

Nic

« Dumas »

Le paysagiste part à travers les hautes herbes roussies par la chaleur de l’été. Sur le chemin sec son pas est lourd. Sur son dos la sangle du chevalet désarticulé marque son sillon. Sur son épaule pèse un coffret de bois rouge marqueté de loupe d’orme. Dans le coffret des mystères. Une explosion de mystères encore informes, poudres multicolores prêtes à s’envoler au moindre souffle éolien. Et puis des brosses ébouriffées qui cherchent un lieu, un temps à saisir.

Il se nomme Dumas. Cela aurait pu être Dupont, Dubois, Durand... Nombre de patronymes courants, ordinaires. L’homme sait qu’il est célèbre et se demande à quoi tient sa renommée. Si peu de chose. Peut-être parce qu’au fil des années il a jeté à vau-l’eau pinceaux, fusains et toiles. Peut-être parce qu’il a finalement mis la main sur quelques calames, encres et riches vélins. Peut-être parce qu’un jour il a orienté son génie créatif vers l’écriture.

Désormais il titille ses paysages avec des mots. Il les crée de toute pièce. Il voyage fait des tours et détours par des lieux inconnus. Il embarque avec lui une petite foule dans ses aventures rocambolesques ou tragiques. Des princes, des bourgeois, du peuple se mêlent, des bons et des méchants s’entremêlent pour mener à bien des projets plus ou moins subtiles.  Il en trucide certains d’un coup de poignard dans l’aorte. En enferme d’autres à l’asile ou en prison, dans les bas-fonds parisiens ou provinciaux, durant des années interminables. Tandis que d’autres, mantille en tête, fréquentent assidument les agenouilloirs rêvant du retour de l’être aimé. D’aucuns tentent goguenards de se sortir glorieux de tant de traquenards, de trahisons, de bassesses.

Mais rien n’échappe au miroir cruel et sans tain de la vie et des romans. Tout est observé de l’autre côté de la rivière qui méandre sournoisement jusqu’à l’issue fatale. Satisfait, il pose son stylo sur le mot « Fin ».

Michèle Roboam

Dernier hommage

Lorsqu’Alfred Dumas entra dans l'église, il comprit immédiatement que rien n'allait se passer comme il l'avait imaginé. L’agenouilloir habituellement libre était occupé par une jeune fille d'une dizaine d'années. Elle serrait contre sa poitrine l'urne que tout le monde cherchait depuis la veille au soir. Il s'approcha lentement d'elle et reconnu Alice la fille du paysagiste installé depuis peu dans le quartier. La demoiselle avait les yeux baissés, dans une attitude de pieu recueillement mais il lui sembla percevoir sur le visage de la donzelle un rictus goguenard au coin des lèvres enfantines.

Il faillit faire demi-tour et courir prévenir l'équipe de gendarmerie qui quadrillait le village et les environs. Mais il se ravisa. Lorsque les autorités auront récupéré la gamine, ils allaient la mettre au secret et lui ne sauraient jamais ce qui s'était réellement passé la veille à la sortie du funérarium. Ne pas savoir lui semblait intolérable.  La curiosité le titillait. Il s'approcha lentement de la fillette, et posa délicatement une grosse main sur l’épaule.  Elle tressaillit mais ne chercha pas à s'enfuir.

- Au moyen âge, on pouvait se réfugier dans les églises et demander asile. C'est la maîtresse qu'il a dit.

Aussitot Elle se mit à crier " Asile asile"

Alfred lui expliqua calmement qu'elle ne risquait rien, qu'il ne lui ferait pas de mal, mais qu'il fallait rendre l'urne à la famille. Elle grimaça

-  "Il vont la jeter dans la rivière, j'ai entendu le gros Maurice le dire. J’étais cachée derrière le miroir sans tain. Je veux pas qu'on la jette dans l'eau Mamy Croquette. Elle aime pas ça  l'eau, sauf avec le pastis qu'elle dit.

C'est pas parce que l’ Aorte a lâché comme a dit le docteur qu'il faut faire n'importe quoi avec Mamy croquette. Alors moi j'ai volé la boîte. Je l'aime bien Mamy Croquette.  C'est ma boîte maintenant, je ne la rendrai pas. "

Elle serra l'urne encore plus forte contre son cœur

Alfred ressortit de l'église et referma doucement la porte derrière lui. La famille pouvait bien attendre un peu pour le dernier hommage.

Bertin Alain

Expérience psychiatrique

Il titillait la pauvre bête de la pointe de son bâton. Son air goguenard rendait la scène outrancière ; on aurait dit qu’il sortait de l’asile. On voyait, à chacune de ses tortures sa veine jugulaire enfler au rythme des pulsations de son aorte.

Les observateurs, particulièrement bien cachés derrière des frondaisons prenaient, avec application, des notes avec dans le regard cette autre pointe, celle du voyeur derrière un miroir sans tain.

Ils n’étaient pas là pour faire de la littérature, aucun d’eux ne se prenait pour Dumas, ni le fils, ni le père ; encore moins pour un peintre paysagiste. Ils observaient seulement et ils transcrivaient ce qu’ils observaient, pieusement, religieusement, comme les bigotes reçoivent l’hostie sur leur agenouilloir.

Puis, une fois le débordement fantasque de l’homme terminé, ils pliaient minutieusement les feuilles de leur calepin et les glissaient dans une urne.

Ils rêvaient de percer les mystères de cet esprit dérangé. Ils auraient tout donné pour traverser le miroir et y rejoindre l’héroïne de tous les imaginaires.

Mais seulement, uniquement, avec le désintérêt froid du scientifique.

A la fin de leurs longues études, peut-être, rencon-treraient-ils la maîtresse de ces lieux sans logique : Alice ! La pure, l’infante de tous les enfants !

Antoine

 

 

Les aventures de GEORGES LE CUISINIER SUR LA NATIONALE 7.

Nous sommes sur la N7 en période de vacances d’été et nous nous arrêtons, au restaurant conseillé par le guide du routard 2025 écrit par Alexandre Dumas grand gastronome devant l’éternel. Ce restaurant, Les 200 bornes, est une ancienne station essence requalifiée par Georges un ancien paysagiste reconverti en cuisinier. Et Georges pour faire honneur à Alex Dumas a mis en plats du jour :

le lundi, de la tête de veau sauce gribiche,

le mardi, de la blanquette de veau à l’ancienne,

le mercredi, un bœuf bourguignon,

le jeudi, un sauté de veau marengo,

 le vendredi, de la raie au beurre noir ou accompagnée de son un aïoli provençal,

le samedi, un saucisson lyonnais en brioche sauce au Maury,

le dimanche, poule au pot façon Henry IV.

Tous ces plats sont cités évidemment  dans les œuvres des Dumas père ou fils.

Ça le titillait, notre chef de bistrot, de mettre des desserts des années 50 à sa carte :

la tarte tatin, le baba au rhum ou encore le Paris-Brest…

Enfin, pour tout vous dire, il avait certains clients qui lui parlaient tellement mal qu’il pensait être dans un asile psychiatrique. Bien lui en a pris de s’en moquer car il avait l’aorte qui vibrait trop vite. Il avait installé dans sa chambre à la manière des matadors, un prie-Dieu avec agenouilloir en velours rouge. Et, de ce poste élevé, Georges avec son air goguenard haranguait ou plutôt hélait ses futurs clients sur le trottoir à la manière des restaurateurs marseillais sur le vieux port.

Parfois il se cachait derrière sa vitrine en verre sans tain pour voir ceux qui ne le voyait pas ; les clients entraient et lui Georges sortait de derrière son miroir comme un guignol sortant d’une boite-surprise à ressort qui ressemblait à une urne funéraire. Cela faisait rire les clients installés dans le restaurant et tous se croyaient dans un monde merveilleux comme Alice au pays des merveilles, sauf au moment de l’addition.

Rab34

 

 

Tel père tel fils

Alice Dumas avait passé toute la journée du samedi avec le paysagiste  de Tain-l'Hermitage. Il avait fallu qu'elle le titille, le bougre à l'œil goguenard, pour qu'il consente à lui faire un rabais. Elle avait même vu le moment où elle allait être obligée d'utiliser l’agenouilloir placé sur le portrait du Christ pour le prier et le supplier. Elle lui aurait même accordé ses vieux charmes, qui ne servaient plus à grand-chose, si le père et le fils n'avaient pas rappliqué du terrain de boules. Maintenant que ces foutus poils leur avait poussé dans les mains droites, ils ne branlaient plus rien. De nouveaux romans, surtout pas ! Pas même prendre le temps de pondre des micro-nouvelles. A peine entrés ils s'étaient jetés un pastis derrière le gosier après s’être jetés dans leurs fauteuils, les pieds sur la table basse, à regarder le match de foot à la télé.

Alice ne l'entendait pas de cette oreille. C’est une image car en fait, elle était sourde comme Beethoven, Smetana et Fauré réunis. Mais elle n’était pas que sourde, elle était aussi quelque peu à la bourre pour préparer le repas. Chaque fois qu’elle s’adressait à eux, elle se félicitait d’avoir choisi de prénommer son fils comme son mari : « D’un Alexandre, deux coups » était son diction revisité favori.

  • Alexandre, vous voulez bien mettre le couvert ?

Le père et le fils s'extirpèrent à regret de leur cocon pour faire ce qu’Alice attendait d'eux. Alexandre père filait droit depuis qu'elle l’avait menacé de le placer à l'asile. Il savait son aorte quelque peu encrassée, avançait en claudiquant vers ses quatre-vingts balais  et, entre l'EHPAD et l'urne funéraire, il avait choisi.

La preuve : l'urne, il était allé la choisir chez Rock l'éclair avec Alexandre. En forme de livre bien évidemment et, tant qu'ils y étaient, ils avaient commandé le tome 2 pour Alice. Elle ne l'avait pas volé.

À LA RECHERCHE DE SOI.

Alice aux pays des merveilles c’est perdue dans ce grand jardin, un labyrinthe.

Des allées d’oliviers, des allées de cyprès, des allées de figuiers, des allées de cerisiers jonchent le chemin, comme une spirale, pour se fondre dans un tunnel comme une aorte de tournesols.

Mais quel paysagiste avait pu réfléchir et réaliser cet agencement, il avait dû sacrément se titiller l’esprit.

Alice fatiguée se pose sur un agenouilloir. Va t’elle croiser le lapin ?

Au loin, elle entend quelqu’un qui d’un air goguenard semble lui dire quelque chose et ça résonne comme un écho.

CONTINUE ! CONTINUE ! CONTINUE ! AVANCE.

Elle ne voit personne juste cette voix qui insiste et qui répète sans cesse :

CONTINUE! CONTINUE ! AVANCE.

Elle a comme une drôle de sensation de se sentir prisonnière dans un asile où une voix en boucle ne cesserait de lui titiller les oreilles.

Elle décide d’avancer, non rassurer de ne savoir où elle va et ce qu’elle va découvrir.

Elle avance dans cette spirale et elle aperçoit une boite, en tournant autour elle comprend que c’est  une urne. Après une grande respiration, elle ouvre et elle y découvre un miroir sans tain et un mot signé de la main d’Alexandre Dumas : Tu as réussi à te retrouver.

Isabelle PIRON

 

 

 

Il fallait appuyer ?1

C’était dans un pays du Nord. Il était paysagiste et se nommait Dumas. Ce genre de personnage aimait titiller certaines personnes surtout fragiles, et surtout, celles qu’il rencontrait dans l’asile où il œuvrait et arrangeait les jardins. Il y allait de temps à autre, comme ça. C’est vrai que là, il rencontrait un monde fou ! Il y avait Basile qui souffrait de problè-mes concernant son aorte. Il disait goguenard :

  • C’est mon artère à grande circulation, alors les jours d’embouteillage...

Le pauvre homme avait un teint assez blafard lorsque les crises le prenaient. Il se voyait souvent parti dans l’au-delà, avait même choisi son urne. Mais quand le mal le laissait en paix, il voyageait dans son monde, apaisé, comme lui seul pouvait l’imaginer, un peu comme Alice au pays des merveilles.

Lydia

1

Comme Lydia n’a pas donné de titre j’ai fait de mon mieux !


 

Proposition 2

A la manière de Paul Eluard, en utilisant l’anaphore « Sur... » et « J’écris ton nom », écrire un poème  qui fera l’apologie de l’Homme ou son procès. Et si vous voulez prendre un autre thème, vous faites comme bon vous semble !

Mais d’abord goûtons le poème d’Eluard :

 

Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige

J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues

Sur toutes les pages blanches

Pierre sang papier ou cendre

J’écris ton nom

Sur les images dorées

Sur les armes des guerriers

Sur la couronne des rois

J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert

Sur les nids sur les genêts

Sur l’écho de mon enfance

J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits

Sur le pain blanc des journées

Sur les saisons fiancées

J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur

Sur l’étang soleil moisi

Sur le lac lune vivante

J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon

Sur les ailes des oiseaux

Et sur le moulin des ombres

J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore

Sur la mer sur les bateaux

Sur la montagne démente

J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages

Sur les sueurs de l’orage

Sur la pluie épaisse et fade

J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes

Sur les cloches des couleurs

Sur la vérité physique

J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés

Sur les routes déployées

Sur les places qui débordent

J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume

Sur la lampe qui s’éteint

Sur mes maisons réunies

J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux

Du miroir et de ma chambre

Sur mon lit coquille vide

J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre

Sur ses oreilles dressées

Sur sa patte maladroite

J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte

Sur les objets familiers

Sur le flot du feu béni

J’écris ton nom

Sur toute chair accordée

Sur le front de mes amis

Sur chaque main qui se tend

J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises

Sur les lèvres attentives

Bien au-dessus du silence

J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits

Sur mes phares écroulés

Sur les murs de mon ennui

J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir

Sur la solitude nue

Sur les marches de la mort

J’écris ton nom

Sur la santé revenue

Sur le risque disparu

Sur l’espoir sans souvenir

J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard

Les textes

 

A la manière d’ELUARD

Sur les promesses rompues

Sur les traités bafoués

Sur tous les monuments

J’écris ton nom

 

Sur les fausses concordes

Sur les peuples trahis

Sur les nations perdues aussi les génocides

J’écris ton nom

 

Sur les siècles oubliés

Sur les mensonges dits

Sur toutes les souffrances

Je t’accuse, toi, l’humain.

 Nic

 

 

Esperance

Sur la peau tendue d'un ventre berceau
Sur les caresses amoureuses traversant les millénaires
J'écris ton nom.

Sur le tonnerre la nuit, zébrée de terreur
Sur le poing levé debout face à l'adversité,
J’écris ton nom.

Sur les regards tournés vers les infinis abysses
Sur les étoiles vissées là-haut à portée de nos mains,
j'écris ton nom
Esperance 

Bertin Alain

— Sur les terres désolées tu as tracé des sillons et fait fleurir le désert, j’écris ton nom.

— Sur les berges brumeuses, tu en as rejoint d’autres, plus accueillantes, pour y planter une stèle, j’écris ton nom.

— Sur les plaines dépouillées tu as fait venir des nuées brandissant l’étendard, j’écris ton nom.

— Sur les blessures, sur les corps suppliciés, les gémissements horrifiés, les regards perdus, j’écris ton nom.

— Sur les parois humides des cavernes sombres, où jamais le feu ne s’éteint, j’écris ton nom.

— Sur les registres comptables tu as gravé ta fortune et commencé à écrire, j’écris ton nom.

— Et par le pouvoir du mot, je nomme la vie, je suis né pour te dire, pour t’écrire.

— Humanité…

 

Antoine

 

« J’écris ton nom »

 

Sur le soleil levant au Mont Moïse

Sur le désert irradiant

Sur l’âne qui trébuche aux pierres du chemin

J’écris ton nom

 

Sur la neige au Fuji San

Sur les yukatas en soie

Sur les Toriis sacrés

J’écris ton nom

 

Sur les Pyramides de Gizeh

Sur le temple de Philae

Sur la felouque qui glisse au Nil

J’écris ton nom

 

Sur le Machu Picchu embrumé

Sur l’Altiplano turquoise et sec

Sur la forêt de « buya »

J’écris ton nom

 

Sur l’Acropole d’Athènes

Sur les Cariatides de l’Erechthéion

Sur les monastères des « Météores »

J’écris ton nom

 

Sur la Bocca de la Verita

Sur l’Arc de Marc Aurèle

Sur les trulli d’Alberobello

J’écris ton nom

 

Sur les steppes d’Asie Centrale

Sur les lacs bleus miroir

Sur les bouleaux dressés

J’écris ton nom

 

Sur la « Grande Bibliothèque »

Sur la Sorbonne

Sur Notre Dame de Paris

J’écris ton nom

 

Sur les philosophes et les mathématiciens

Sur les peintres et les écrivains

Sur les architectes et les musiciens

 

Toi, Homme superbe et généreux

Dont le Génie, quand il parle en lui,

Crée tant de Beauté.

 

Michèle Roboam

 

 

 

Sur la peau colorée par le soleil

Sur ta peau au goût de vanille

Sur le sable chaud abandonné

J’écris ton nom

 

Sur l’abysse des fonds marins

Sur la mer méditerranée

Sur la tramontane

J’écris ton nom

 

Sur la foi qui de Dieu

Sur l’âme vagabonde

Sur le silence des églises

J’écris ton nom

 

Sur les globules rouges, rouges

Sur les globules blancs, blancs

Sur le sang qui coule dans mes veines

J’écris ton nom

 

Sur la paix qui chante

Sur la guerre qui pleure

Sur la violence qui éclabousse

J’écris ton nom

Sur mon père qui n’est plus là

Sur ma mère qui vit ici-bas

Sur les souvenirs de l’enfance

J’écris ton nom

 

Sur la route goudronnée

Sur le chemin sinueux

Sur les voix de chemin de fers

J’écris ton nom

 

HUMANITÉ

 

Isabelle PIRON

 

Sur toutes les incertitudes

Sur tout ce qui va et vient

Sur les arbres déracinés

J'écris ton nom

Sur tous les espoirs déçus

Sur les guerres et les conflits

Sur les hommes sans scrupules

J'écris ton nom

Sur les hommes qui se lèvent

Sur l'humanité qui renaît

Sur la paix en devenir

J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot

 

Pour l'humanité retrouvée

Pour le vent dans les cheveux

Pour le rire des enfants

J'écris ton nom

Humain

Anydson

Sur les écrans affligeants de la télé

Sur les habits-mode des nouveaux hommes-sandwiches bénévoles

Sur les comptes bancaires et servent les influenceurs

J’écris ton nom

Sur les  drones qui arrosent les civils

Sur les voitures en plein été où l'on fait cuire les enfants

Sur le ballon rond qui fait oublier l'essentiel

J’écris ton nom

Sur les billets de banque qui ouvrent toutes les portes

Sur les smartphones qui enterrent les livres

Sur les sulfateuses qui empoisonnent les cours d'école

J'écris ton nom 

Homme,

toi qui apparaît en deuxième position (après le moustique) de la liste funeste des pires assassins que la terre ait jamais portés.                                  

  

Sur les murs éclatés,
Sur les écrans allumés
Sur l’ignominie imposée,
J’écris ton nom.
Sur la haine dévoilée,
Sur l’impudeur révélée,
Sur l’audace déguisée,
J’écris ton nom.
Sur les banderoles déployées,
Sur les visages figés,
Sur l’horreur du défi affiché,
J ‘écris ton nom.
Bardella

 

Lydia

Proposition 3

 

Une cuite ? Qui l’eût cru ?

Tout bu or not tout bu ?

Voici des mots récoltés sur les murs du musée de Frontignan qui célèbre le muscat.

Bourguignon rabot tire-fond demi-lune têtier vrille grume billon mérendier merrain  tampon chien douloire   départoir  coutre  Jabloir  tiretoir  Aubier plane Colombes banc d’âne  bondonnière douelle bâtissoire  tour de cabestan entailler équarrir  planer galber chasse  brasero  Basset Chaise à rogner varlope

De certains de ces mots, tout comme moi, vous ignorez le sens. Pas grave. Vous êtes ivres. Vous faites comme vous pouvez pour rendre hommage au muscat qui vous a mis dans cet état. Effet comique garanti !

 

 

 

Chères Varlopines et chers Varlopes

Je vous écris du tire-fond de ma bondonnière et assis sur mon brasero en demi-lune, pour vous exprimer toute ma douloire de ne pouvoir têtier avec vous ce muscat Bourguignon qui a permis à des billons de nos Colombes et Colombines de planer et d'entailler douelles et futailles en équarrissant et en rognant le galbe de nos donzelles sur l'aubier de tilleul et la chaise à rogner.

Continuez sans vergogne à vous tamponner les uns et les autres et à ouvrir votre cabestan intime malgré hélas votre douloire de mon absence. Je reviendrai pour vous raboter, vous enmuscader, vous têtier, vous rogner, vous tamponner, vous honorer sur l'autel de nos turpitudes.

Je vous aime, Varlopes et Va

Anydson

 

 

Arrête de lever le coude, mon Billon,

faut lever le pied !

« Mais si, Billon, remérende-toi. C’était chez Sylvie Cabestan, non pas la varlope, la pétasse à Jabloir, bien galbée qui manque pas de départoir. Jabloir il était pas là. La semaine d’avant, il avait pris un tampon sur l’autoroute. Pas sa faute qu’il avait dit c’est à cause de la demi-lune, j’y voyais coutre.  Il était rentré dans un  grume, sa bagnole avait fait des vrilles, des tours, jusqu’en bas du champ à  Merrain, éjecté de sa chaise par miracle, il avait regardé sa caisse planer par-dessus les aubiers et finir en brasero.  C’est vrai tu te redouelles pas ? On était même allés le voir à l’hosto de Colombes : Entaillé de partout, les chirs ont hésité à finir de l’équarrir au rabot sans douloire.

Eh bé ce soir-là, la Cabestan nous avait invité pour arroser ça. Me dis pas que tu t’en redouelles pas ! On rentrait de la chasse avec les chiens, même que t’avait pas voulu prendre ton épagneul, juste les 5 bassets. Elle nous avait passé une bondonnière de bourguignon commac :

  • On a pas idée de venir avec des clebs dans ma maison. L’est pas là Jabloir pour faire le ménage !

Elle m’avait rogné :

  • Tiretoir  avec tes cabots! Ce soir je garde mon Billon !

Je t’ai laissé,  assis sur le banc d’âne à tétier ta première bibine de muscat que te tendait la Cabestan. Elle avait déjà enlevé sa bâtissoire en dentelles. Me dis pas que même de ça tu te remérendes pas ! C’est toi qui me l’as raconté le lendemain, qu’elle arrêtait pas de te brailler :

  • Tire-fond mon Billon, tire-fond !

C’est vrai mon Billon, t’as tout oublié ? C’est peut-être que t’as trop bu de muscat ! »

Grume billon

Belle âme

Plane basset

Coutre que coutre !

 

Rogne varlope

Chemin demi-lune

Vrille la grume !

 

Ah! Bourguignon !

Vrille têtier

Et ne vient pas

Boire ma bouteille

De Frontignan

Sans moi !

 

Solange

Jean Tardieu qui ce soir du 30 juin rodait dans les parages m’a fait parvenir dès le lendemain ce message qui dit toute son inquiétude pour la Fabrikulture !

L’Affaire se Complique

Qu’est-ce que c’est

que tout ceci

Qui va d’ici

Jusque là-bas ?

Ho-ho par ci !

Hou-hou par là !

Qui est ici ?

Et qui va là ?

Je dis : hé-là !

Mais c’est pour qui ?

Et pourquoi qui

Et pourquoi quoi ?

Quoi est à qui ?

A vous ? A lui ?

Qui vous l’a dit ?

Ce n’est pas moi

(ni moi non plus)

ni moi ni moi.

 

J’ai également reçu de nombreux messages des Fabrikulteurs et ça fait chaud au cœur !

 

 

Impossible!!!!! Le dico ne contient pas assez de mots  pour  décrire la  soirée EXPLOSIVE  de la  FABULEUSE FAB...

LES VIP DU CABANON ont donné le ton

                       Accueil de Maïté 

      Organisation au top de MONIQUE.

 LES  2  BERNARD... au rythme de la guitare d'ALAIN et du youkoumachin de Pascale

   Merci   c'était super !

Bon été à toutes et tous

                                                                 Bénédicte

 

Bonsoir tout le monde !

Merci à Mô,

Merci Maïté,

Merci à tous pour cette soirée chaleureuse, bien agréable !

Merci à l'univers de m'avoir guidée vers la Fabrikulture à la journée des assos !!!

Bel été à tous !

Marie 🌸

1 grand merci à nos laborieuses et endurantes Mô & Krikri qui ont amené vaisselle et douceurs, à Maïté qui nous a permis de piétiner son gazon portugais, à Bénédicte notre Madelon, à la météo optimiste et à tous les Fabrikulteurs en chapeautés ou pas qui ont amené leur culture, leur bonne humeur et relativement peu râlé pour se plier aux propositions de Laclos, d'Eluard ... et de Mô bien sûr.

FOR SURE il faut remettre ça ...ça nous rend trop heureux.

Bise à tous et bel été.

Nic 😘

Oui, Merci à tous, et tout d'abord à Maïté pour son hospitalité et sa gentillesse, pour votre bonne humeur et pour les très bonnes choses à manger et à boire. Et merci à la bonne et douce mer et en plus je n'ai qu'une seule piqûre de moustique !

Bel été et bises à tous et toutes et les nouveaux que je ne connaissais pas mais que maintenant je connais, au moins de vue.

Viviane

 

Bonjour Monique, Une petite bafouille personnelle pour te remercier de cette année à la Fabrikulture que j'apprécie beaucoup pour son esprit de gentillesse et pas que...

Une certaine personne que tu connais anime cette troupe" même pas trop" turbulente, mais quand même, studieuse et appliquée.

Je rempile pour l'année prochaine, je loue ma chaise et mon coin de table.et plus....

Merci Mo. Passe un bel été.

Solange

Bonjour Monique,

La chaleur n'empêche pas d'écrire au contraire, elle nous contraint à rester à l'ombre et au frais (quand on peut!)

Je t'envoie les textes que nous avions écrits ce jour-là. Ça vaut ce que ça vaut....

Merci de ta gentillesse. A bientôt, Bises

Lydia

Hello à toutes et tous !

Encore MERCI à toutes les organisatrices et organisateurs de l'après-midi et soirée d'hier chez Maïté !  Une vraie réussite fort sympathique !!!

Maïté, j'écris ton nom !

Monique, j'écris ton nom !

Et puis

M'bape, j'écris ton nom, aussi....

A+++ et grosses bises à toutes et tous, vous souhaitant un été avec de belles écritures

Bernard B.

Coucou les amis, j'ai tout lu, j'ai beaucoup aimé, il en ressort de la poésie, de l'humour, du grave et du léger, mais c'est super.👍

Quelle belle soirée chez Maïté avec tous les fabrikulteurs ou presque.

Merci à elle d'avoir reçu toute cette troupe parfois bruyante et indisciplinée 😆, à son mazet où elle nous reçoit chaque année avec tant de gentillesse.

Merci à Mô pour sa hargne d'écrire, il faudrait que tu m'en donnes un peu Mô 😉.

Et merci à tous d'avoir été là, présents, l'ambiance était chaleureuse, ça fait vraiment plaisir de faire partie de la Fabrikulture.

Bon été à toutes et à tous, des bises d'Alberte et de Françoise

Les textes

Chères Varlopines et chers Varlopes

Je vous écris du tire-fond de ma bondonnière et assis sur mon brasero en demi-lune, pour vous exprimer toute ma douloire de ne pouvoir têtier avec vous ce muscat Bourguignon qui a permis à des billons de nos Colombes et Colombines de planer et d'entailler douelles et futailles en équarrissant et en rognant le galbe de nos donzelles sur l'aubier de tilleul et la chaise à rogner.

Continuez sans vergogne à vous tamponner les uns et les autres et à ouvrir votre cabestan intime malgré hélas votre douloire de mon absence. Je reviendrai pour vous raboter, vous enmuscader, vous têtier, vous rogner, vous tamponner, vous honorer sur l'autel de nos turpitudes.

Je vous aime, Varlopes et Va

Anydson

 

 

Arrête de lever le coude, mon Billon,

faut lever le pied !

« Mais si, Billon, remérende-toi. C’était chez Sylvie Cabestan, non pas la varlope, la pétasse à Jabloir, bien galbée qui manque pas de départoir. Jabloir il était pas là. La semaine d’avant, il avait pris un tampon sur l’autoroute. Pas sa faute qu’il avait dit c’est à cause de la demi-lune, j’y voyais coutre.  Il était rentré dans un  grume, sa bagnole avait fait des vrilles, des tours, jusqu’en bas du champ à  Merrain, éjecté de sa chaise par miracle, il avait regardé sa caisse planer par-dessus les aubiers et finir en brasero.  C’est vrai tu te redouelles pas ? On était même allés le voir à l’hosto de Colombes : Entaillé de partout, les chirs ont hésité à finir de l’équarrir au rabot sans douloire.

Eh bé ce soir-là, la Cabestan nous avait invité pour arroser ça. Me dis pas que tu t’en redouelles pas ! On rentrait de la chasse avec les chiens, même que t’avait pas voulu prendre ton épagneul, juste les 5 bassets. Elle nous avait passé une bondonnière de bourguignon commac :

- On a pas idée de venir avec des clebs dans ma maison. L’est pas là Jabloir pour faire le ménage !

Elle m’avait rogné :

- Tiretoir  avec tes cabots! Ce soir je garde mon Billon !

Je t’ai laissé,  assis sur le banc d’âne à tétier ta première bibine de muscat que te tendait la Cabestan. Elle avait déjà enlevé sa bâtissoire en dentelles. Me dis pas que même de ça tu te remérendes pas ! C’est toi qui me l’as raconté le lendemain, qu’elle arrêtait pas de te brailler :

- Tire-fond mon Billon, tire-fond !

C’est vrai mon Billon, t’as tout oublié ? C’est peut-être que t’as trop bu de muscat ! »

Grume billon

Belle âme

Plane basset

Coutre que coutre !

 

Rogne varlope

Chemin demi-lune

Vrille la grume !

 

Ah! Bourguignon !

Vrille têtier

Et ne vient pas

Boire ma bouteille

De Frontignan

Sans moi !

 

Solange

 

Jean Tardieu qui ce soir du 30 juin rodait dans les parages m’a fait parvenir dès le lendemain ce message qui dit toute son inquiétude pour la Fabrikulture !

L’Affaire se Complique

Qu’est-ce que c’est

que tout ceci

Qui va d’ici

Jusque là-bas ?

Ho-ho par ci !

Hou-hou par là !

Qui est ici ?

Et qui va là ?

Je dis : hé-là !

Mais c’est pour qui ?

Et pourquoi qui

Et pourquoi quoi ?

Quoi est à qui ?

A vous ? A lui ?

Qui vous l’a dit ?

Ce n’est pas moi

(ni moi non plus)

ni moi ni moi.

 

J’ai également reçu de nombreux messages des Fabrikulteurs et ça fait chaud au cœur !

 

 

Impossible!!!!! Le dico ne contient pas assez de mots  pour  décrire la  soirée EXPLOSIVE  de la  FABULEUSE FAB...

LES VIP DU CABANON ont donné le ton

                       Accueil de Maïté 

      Organisation au top de MONIQUE.

 LES  2  BERNARD... au rythme de la guitare d'ALAIN et du youkoumachin de Pascale

   Merci   c'était super !

Bon été à toutes et tous

                                                                 Bénédicte

 

Bonsoir tout le monde !

Merci à Mô,

Merci Maïté,

Merci à tous pour cette soirée chaleureuse, bien agréable !

Merci à l'univers de m'avoir guidée vers la Fabrikulture à la journée des assos !!!

Bel été à tous !

Marie 🌸

1 grand merci à nos laborieuses et endurantes Mô & Krikri qui ont amené vaisselle et douceurs, à Maïté qui nous a permis de piétiner son gazon portugais, à Bénédicte notre Madelon, à la météo optimiste et à tous les Fabrikulteurs en chapeautés ou pas qui ont amené leur culture, leur bonne humeur et relativement peu râlé pour se plier aux propositions de Laclos, d'Eluard ... et de Mô bien sûr.

FOR SURE il faut remettre ça ...ça nous rend trop heureux.

Bise à tous et bel été.

Nic 😘

Oui, Merci à tous, et tout d'abord à Maïté pour son hospitalité et sa gentillesse, pour votre bonne humeur et pour les très bonnes choses à manger et à boire. Et merci à la bonne et douce mer et en plus je n'ai qu'une seule piqûre de moustique !

Bel été et bises à tous et toutes et les nouveaux que je ne connaissais pas mais que maintenant je connais, au moins de vue.

Viviane

 

Bonjour Monique, Une petite bafouille personnelle pour te remercier de cette année à la Fabrikulture que j'apprécie beaucoup pour son esprit de gentillesse et pas que...

Une certaine personne que tu connais anime cette troupe" même pas trop" turbulente, mais quand même, studieuse et appliquée.

Je rempile pour l'année prochaine, je loue ma chaise et mon coin de table.et plus....

Merci Mo. Passe un bel été.

Solange

Bonjour Monique,

La chaleur n'empêche pas d'écrire au contraire, elle nous contraint à rester à l'ombre et au frais (quand on peut!)

Je t'envoie les textes que nous avions écrits ce jour-là. Ça vaut ce que ça vaut....

Merci de ta gentillesse. A bientôt, Bises

Lydia

Hello à toutes et tous !

Encore MERCI à toutes les organisatrices et organisateurs de l'après-midi et soirée d'hier chez Maïté !  Une vraie réussite fort sympathique !!!

Maïté, j'écris ton nom !

Monique, j'écris ton nom !

Et puis

M'bape, j'écris ton nom, aussi....

A+++ et grosses bises à toutes et tous, vous souhaitant un été avec de belles écritures

Bernard B.

Coucou les amis, j'ai tout lu, j'ai beaucoup aimé, il en ressort de la poésie, de l'humour, du grave et du léger, mais c'est super.👍

Quelle belle soirée chez Maïté avec tous les fabrikulteurs ou presque.

Merci à elle d'avoir reçu toute cette troupe parfois bruyante et indisciplinée 😆, à son mazet où elle nous reçoit chaque année avec tant de gentillesse.

Merci à Mô pour sa hargne d'écrire, il faudrait que tu m'en donnes un peu Mô 😉.

Et merci à tous d'avoir été là, présents, l'ambiance était chaleureuse, ça fait vraiment plaisir de faire partie de la Fabrikulture.

Bon été à toutes et à tous, des bises d'Alberte et de Françoise

 

Quelques commentaires

Une fois n'est pas coutume !

Jean Tardieu qui ce soir du 30 juin rodait dans les parages m’a fait parvenir dès le lendemain ce message qui dit toute son inquiétude pour la Fabrikulture !

L’Affaire se Complique

Qu’est-ce que c’est

que tout ceci

Qui va d’ici

Jusque là-bas ?

Ho-ho par ci !

Hou-hou par là !

Qui est ici ?

Et qui va là ?

Je dis : hé-là !

Mais c’est pour qui ?

Et pourquoi qui

Et pourquoi quoi ?

Quoi est à qui ?

A vous ? A lui ?

Qui vous l’a dit ?

Ce n’est pas moi

(ni moi non plus)

ni moi ni moi.

 

J’ai également reçu de nombreux messages des Fabrikulteurs et ça fait chaud au cœur !

 

 

Impossible!!!!! Le dico ne contient pas assez de mots  pour  décrire la  soirée EXPLOSIVE  de la  FABULEUSE FAB...

LES VIP DU CABANON ont donné le ton

                       Accueil de Maïté 

      Organisation au top de MONIQUE.

 LES  2  BERNARD... au rythme de la guitare d'ALAIN et du youkoumachin de Pascale

   Merci   c'était super !

Bon été à toutes et tous

                                                                 Bénédicte

 

Bonsoir tout le monde !

Merci à Mô,

Merci Maïté,

Merci à tous pour cette soirée chaleureuse, bien agréable !

Merci à l'univers de m'avoir guidée vers la Fabrikulture à la journée des assos !!!

Bel été à tous !

Marie 🌸

1 grand merci à nos laborieuses et endurantes Mô & Krikri qui ont amené vaisselle et douceurs, à Maïté qui nous a permis de piétiner son gazon portugais, à Bénédicte notre Madelon, à la météo optimiste et à tous les Fabrikulteurs en chapeautés ou pas qui ont amené leur culture, leur bonne humeur et relativement peu râlé pour se plier aux propositions de Laclos, d'Eluard ... et de Mô bien sûr.

FOR SURE il faut remettre ça ...ça nous rend trop heureux.

Bise à tous et bel été.

Nic 😘

Oui, Merci à tous, et tout d'abord à Maïté pour son hospitalité et sa gentillesse, pour votre bonne humeur et pour les très bonnes choses à manger et à boire. Et merci à la bonne et douce mer et en plus je n'ai qu'une seule piqûre de moustique !

Bel été et bises à tous et toutes et les nouveaux que je ne connaissais pas mais que maintenant je connais, au moins de vue.

Viviane

 

Bonjour Monique, Une petite bafouille personnelle pour te remercier de cette année à la Fabrikulture que j'apprécie beaucoup pour son esprit de gentillesse et pas que...

Une certaine personne que tu connais anime cette troupe" même pas trop" turbulente, mais quand même, studieuse et appliquée.

Je rempile pour l'année prochaine, je loue ma chaise et mon coin de table.et plus....

Merci Mo. Passe un bel été.

Solange

Bonjour Monique,

La chaleur n'empêche pas d'écrire au contraire, elle nous contraint à rester à l'ombre et au frais (quand on peut!)

Je t'envoie les textes que nous avions écrits ce jour-là. Ça vaut ce que ça vaut....

Merci de ta gentillesse. A bientôt, Bises

Lydia

Hello à toutes et tous !

Encore MERCI à toutes les organisatrices et organisateurs de l'après-midi et soirée d'hier chez Maïté !  Une vraie réussite fort sympathique !!!

Maïté, j'écris ton nom !

Monique, j'écris ton nom !

Et puis

M'bape, j'écris ton nom, aussi....

A+++ et grosses bises à toutes et tous, vous souhaitant un été avec de belles écritures

Bernard B.

Coucou les amis, j'ai tout lu, j'ai beaucoup aimé, il en ressort de la poésie, de l'humour, du grave et du léger, mais c'est super.👍

Quelle belle soirée chez Maïté avec tous les fabrikulteurs ou presque.

Merci à elle d'avoir reçu toute cette troupe parfois bruyante et indisciplinée 😆, à son mazet où elle nous reçoit chaque année avec tant de gentillesse.

Merci à Mô pour sa hargne d'écrire, il faudrait que tu m'en donnes un peu Mô 😉.

Et merci à tous d'avoir été là, présents, l'ambiance était chaleureuse, ça fait vraiment plaisir de faire partie de la Fabrikulture.

Bon été à toutes et à tous, des bises d'Alberte et de Françoise

 

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Publié le 15 Septembre 2026

Proposition 1

 

C’est une maison bleue…

… accrochée à la colline au Pays de Galles, là où vit une jeune femme peintre franco-québécoise, Valériane Leblond. En juin, c’est le moment de la grande lessive des quilts, ils peuvent sécher rapidement pendant les longues journées clémentes… Le quilt dessiné existe « en vrai » au musée de Lampeter (Pays de Galles), comme tous les quilts dessinés par Valériane !

La place sauvage, 1983. TomasTranströmer*

Il est nuit en plein soleil. Je me tiens dans les bois et regarde vers ma maison avec ses murs bleus de brume. 

Comme si j'étais mort récemment et j’ai vu la maison sous un angle nouveau.

Elle a résisté pendant plus de 80 étés. Son bois a été imprégné, quatre fois avec joie et trois fois avec tristesse. 

Quand quelqu'un qui a vécu dans la maison meurt, elle est repeinte. 

La personne morte peint elle-même, sans brosse, de l'intérieur.

De l'autre côté est un terrain ouvert. Autrefois un jardin, maintenant déserté. Un ressac encore de mauvaises herbes, des pagodes de mauvaises herbes, un texte qui jaillit, un mouvement vers le bas, des mauvaises herbes, 
une flotte viking de mauvaises herbes, des têtes de dragon, des lances, un empire de mauvaises herbes !

Au-dessus des flottements du jardin l'ombre d'un boomerang plane, jeté, encore et encore. Il est lié à quelqu'un qui a vécu dans la maison bien avant mon temps. Presque un enfant. Une question, une impulsion émane de lui, une pensée, une pensée de volonté: «créer… dessiner…», pour échapper à son destin inscrit dans le temps.

La maison ressemble à un dessin d'enfant. Un enfantillage fugace qui a grandi de suite parce que quelqu'un a prématurément renoncé à l'accusation d'être un enfant. Ouvrez les portes, entrez ! À l’intérieur de la maison, 
des troubles habitent dans le plafond et la paix dans les murs. Au-dessus du lit, est accrochée une peinture représentant un navire amateur de dix-sept voiles, une mer agitée et un vent que le cadre doré ne peut pas maîtriser.

Il est toujours si tôt ici, c’est juste avant le carrefour, avant les choix irrévocables. Je suis reconnaissant pour cette vie ! Et pourtant, je manque de solutions de rechange. Tous les croquis voudraient être réalité.

Un moteur sur l'eau, au lointain, étend l'horizon de la nuit d'été. La joie et la tristesse s’élargissent ensemble dans le verre grossissant de la rosée. Nous n'avons pas vraiment à le savoir, mais nous le pressentons : notre vie a un navire-jumeau qui vogue sur une voie entièrement différente.

Alors que le soleil brûle derrière les îles.

Tomas Transrömer* - Poète suédois, né le 15 avril 1931 à Stockholm et mort le 26 mars 2015[1] dans la même ville. Il a rédigé une quinzaine de recueils en cinquante ans d’écriture. Poète contemporain suédois le plus renommé et le plus traduit[2], il a reçu de nombreux prix, dont le prix Nobel de littérature en 2011[3]

Proposition 1:

Ecrire un texte dans lequel apparaîtront en arrière-plans estompés, comme des fantômes, la peinture de Valériane Leblond et le poème de T. Tranströmer.

 

 

Les textes

 

Le revenant

Quand Tomas sortit du chemin, une petite maison bleue s’était déployée dans la prairie, comme gonflée à l’hélium. Là où il avait connu, 45 étés auparavant, des champs de maïs à perte de vue, des pagodes de folle avoine naviguaient au vent d’Est. Il soufflait en rafales. L’une d’elle, s’acharna sur le fil à linge et lui déroba un drap blanc. Ravi, celui-ci ne se fit pas prier pour rejoindre les nuages qui passaient par là.

Etait-ce le bruit de ses pas sur les brindilles du sentier ou le simple fait du hasard, toujours est-il que la porte de la maison s’ouvrit libérant un halo de lumière à faire pâlir le soleil lui-même. Une petit garçon sauta les quelques marches, sans dire un mot. Il leva, au-dessus de sa tête, un boomerang qu’il lança aussi fort que le lui permettait ses petits bras roses qui n’avaient pas 6 ans. Il tourbillonna, comme s’il hésitait, finit par choisir sa direction et se mit à planer, planer,  jusqu’à se perdre à l’horizon.

Pendant ce temps, la cour s’était mutée en parc zoologique où se croisaient le plus courtoisement du monde, trois chats, cinq poules, un dragon, une chèvre, un écureuil, un lapin...

L’inventaire fut soudain interrompu. On avait secoué le dormeur. Fatigué par sa longue marche pour revenir sur les pas de son enfance, Tomas avait choisi de se poser, dans le sous-bois, à quelques encablures de ce qui jadis avait été témoin de sa jeunesse. Il avait préféré retarder les retrouvailles. Allait-il reconnaître le cadre de son bonheur passé ? N’avait-il pas pris, lui aussi, toutes ces rides qui faisaient de lui cet autre qu’il n’acceptait pas ?

Il entendit, non loin, une voix d’enfant chanter une comptine, l’une de celles que lui avait apprise sa grand-mère, il ouvrit les yeux. Un homme, jeune, en habit de campagne, lui tendait la main. Il lui proposa de l’aider à se lever, lui offrit de l’accompagner jusqu’à la ferme, histoire de boire un coup. Ils firent ensemble, les quelques mètres qui les séparaient de la propriété. Rien n’avait changé. Tout son passé lui revint comme un boomerang.

 

La fièvre du samedi soir

 

C’est samedi à Västerås, au bord du lac Mälar.

La brume s'élève entre les bouleaux, les suspend dans une atmosphère enchanteresse et mystérieuse ; elle a déjà éteint la lune et les étoiles.. Dans cette purée de pois cassés, Tomas rentre les poules et la biquette, leur donne pitance puis franchit le seuil de la petite maison bleue, suivi de Marian et Monica, les deux vieilles chattes de gouttières qui ce soir lui serviront de bouillottes.

Tomas frissonne. Ses poils se hérissent comme une flotte de drakkars sur la mer baltique. Dans le poêle, il rajoute du bois encore imprégné de l’averse d’hier. La bouilloire tarde à chanter. Dans le silence, Tomas reconnaît la course de l’écureuil sur les tuiles et le bavardage nocturne des corbeaux.

Avec tristesse, son regard se pose sur le portrait de celle qui a partagé 32 ans de sa vie et qui s’en est allée. Comme il voudrait que ce croquis devienne réalité !

La fièvre donne un goût amer à la nostalgie.

Deux comprimés avec le thé bouillant et au lit !

Sur la table de nuit de la chambre se consument trois bougies dans un chandelier en bois peint. Marian et Monica attendent assises sagement sur le tapis de tissus recyclés. Elles ne sauteront que lorsqu’elles auront reçu l'invitation.

Tomas se couche, soulève le drap, c’est le signal.

La chaleur des bêtes tranche avec le froid humide de la literie.

Tomas frissonne, claque des dents. Seuls, ses yeux rougis sortent du quilt épais aux motifs géométriques jaunes et bleus. En face de lui, dans son tableau accroché au mur, le Dix-sept voiles tangue plus que de coutume sur la mer agitée. Ce soir, le cadre ne peut maîtriser le vent qui s’engouffre dans la chambre. Il s’entortille dans le brise-bise en coton blanc crocheté qui devient goéland, il arrache l’édredon qui devient nuage et Tomas se laisse soudain transporter, tout là-haut, au-delà du plafond qui a disparu, tout là-haut, dans le ciel, à la rencontre de celle qu’il n’a jamais cessé d’aimer.

 

 

 

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Publié le 15 Septembre 2026

Proposition 1

Lister des mots dans lesquels on entend la syllabe CHA

Chat, chaloupe, châtaigne, chamarré, chanoines, chapitre, geisha, charogne, charade, Chafouin (rusé) chafouine, chaleur, charrier ! Chariot, châtré, rachat, chagrin, chagriner,  crachat, achat, chatouille, châtier, shalom : paix en hébraïque, chaland  (client), achalandé, inch’allah : si dieu le veut), échalas (piquet), échalote, chalenge, chameau, chamelle, chamelier, chapelet, chamailler, chapelle, shah (d’Iran), chapeau, chacal, chamois, chalet, chatte, chaton, chahut, charade, charabia, chasse, chapelet, béchamel, chamade, charme, Chamonix, shamallow, tcha-tcha-tcha, chapiteau, chatière, chalumeau, Shakira, chafouin, shamisen,  charade, chakras, chamoiseau, charlatan, Bouchara, chavirer, ...

En glissant de nombreux mots de la liste imaginer un conte ou une histoire fantastique dont le personnage sera un chat, évidemment !

Les textes

 

Changement

Le jour où Charles accueillit ce chat gris angora aux yeux phosphorescents que lui avait fourgué quasiment de force, la dénommée Martine, cette charmante blonde, à la démarche chaloupée sur des pieds de geisha, il avait eu comme  un pressentiment. Ce chat allait lui causait un chapelet d’ennuis. Dès que la  responsable des Chats Errants de Frontignan- plage lui mit le cadeau pourri dans les bras, il sentit les griffes du matou pénétrer profondément dans la partie la plus charnue de ses bras. Il eut juste le temps de crier «  Chameau ! » avant que la geisha, l’air chafouin, fût happée par la chaleur estivale.

Quand, le soir même, Charles, se coucha dans sa tenue de nuit chamarrée, il remarqua que chaque plaie occasionnée par les griffes du félin, gonflaient, suppuraient et commençaient à sentir la charogne. La fièvre le rendait chagrin et  ses convulsions redoublaient chaque fois qu’il entendait l’animal gratter dans son bacacha.

Un vertige l’empêcha de se lever pour aller se débarrasser de l’animal, soit en lui distribuant force marrons et châtaignes, soit en se faisant aider du chalumeau qu’il utilisait pour ses flans au caramel. Comme il ne parvenait pas à trouver le sommeil, il réussit tant bien que mal à mettre les pieds par terre, se leva  et regarda hébété, dans le miroir, un grand échalas à tête de chat qui laissait dépasser, d’un pyjama chamarré, une toison grise angora.

 

Pacha

Ch…Chut ! Le chat Pacha passe la chatière. Il chaloupe vers l'estrade et s'empare d'un chalumeau en guise de micro. Le charme opère et, sous le chapiteau, les cœurs battent la chamade, chancèlent lorsqu'il entonne le répertoire de Shakira. Chaque fois, il change de registre et tel un chaman énonce divers points de chakra devant l'assemblée qui chavire face à ce charlatan.

La ville de Chamonix garde en mémoire l'intervention d'un grand échalas survolté qui chavira vers la scène et qui tenta de châtrer le pacha à l'aide d'échalotes.

Bénédicte

Chat

A la salle Chateaubriand, le chat est à l’honneur et il est le personnage principal d’un conte fantastique. Chat ne va pas être simple d’inventer une telle histoire et baragouiner avec tout ce charabia. Même la princesse Shakira n’arrive pas à sortir un son de son shamisen !

Il fait une chaleur monstre et mon cerveau est aussi mou qu’un chamallow, aussi mélasse qu’une béchamel ratée !

Il aurait mieux valu, que j’aille danser le tcha tcha tcha avec ce Pacha à tête de chat !

MarieC

 

Proposition 2 

Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n’écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.

 

Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l’habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement

celui qui évite la passion et son tourbillon d’émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux et réparent les cœurs blessés

 

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu’il est malheureux au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n’a fui les conseils sensés.

 

Vis maintenant !

Risque-toi aujourd’hui !

Agis tout de suite !

Ne te laisse pas mourir lentement !

Ne te prive pas d’être heureux !

 

Pablo Néruda

 

En s’inspirant du poème de Pablo Neruda, traduit en français « Il meurt lentement », compléter le poème suivant : « il/elle vit passionnément, celui/celle qui … » « Ne te laisse pas mourir » à suivre de 4 vers, 4 conseils à l’impératif

Les textes

 

Il vit passionnément

Il vit passionnément

Celui qui surfe sa vie,

Celui qui vit selon ses envies,

Celui qui rêve sa destinée,

 

Il vit passionnément

Celui qui connait la délivrance,

Celui qui n’est pas dans l’errance,

 

Il vit passionnément

Celui qui remplit sa vie,

Celui qui entreprend avec énergie,

Celui qui ose,

 

Il vit passionnément

Celui qui bouscule son existence,

Celui qui vit ses rêves,

 

Ne te laisse pas mourir

Suis le chemin que tu t’es tracé,

N’écoute pas les bilieux,

Ecoute tes ressentis,

Continue de vivre libre !

MarieC

 

Il vit passionnément

 

Il vit passionnément

Celui qui sort de son cocon

Celui qui sait dire non

Celui qui se rit de la raison

Il vit passionnément

Celui qui fuit les sentiers battus

Celui qui regarde les nues

 

Il vit passionnément

Celui qui considère autrui

Celui qui sait que l’autre l’enrichit

Celui qui s’ouvre à la vie

Il vit passionnément

Celui qui goûte aux plaisirs

Celui qui sait qu’il va mourir

 

Ne te laisse pas mourir lentement

Résiste à l’ennui

Oublie tes soucis

Choisis tes amis

Vis pour tous  ceux qui trop tôt sont partis

 

 

Elle vit passionément

Elle vit passionnément

Celle qui n’écoute que son cœur,

Celle qui rêve d’ailleurs,

Celle qui oublie ses peurs,

 

Elle vit passionnément

Celle qui aime à en mourir,

Celle qui donne sans limite,

 

Elle vit passionnément

Celle qui s’oublie dans l’autre,

Celle qui fuit l’ennui,

Celle qui redoute la solitude,

 

Elle vit passionnément

Celle qui joue avec l’enfer,

Celle qui s’éprend d’un pervers,

 

Ne te laisse pas mourir

Cesse de vouloir être autre,

Aime toi telle que tu es,

Arrête d’espérer leur amour,

Coupe les liens toxiques

MarieC

Elle vit passionnément

 

Elle vit passionnément

Celle qui n’est pas obsédée par son âge

Celle qui donne tout en partage

Celle qui avec joie fait son ménage

Elle vit passionnément

Celle qui ne dort que très peu

Celle qui sait changer un pneu

 

Elle vit passionnément

Celle qui ne compte pas les heures

Celle qui sait battre son beurre

Celle qui du loup n’a pas peur

Il vit passionnément

Celle qui néglige les débiles écrans

Celle qui refuse les embrigadements

 

Ne te laisse pas mourir lentement

Fuis les querelles

Vise le ciel de ta marelle

Ne saute pas de la margelle

Profite : la vie est belle

Choisis tes amis

Vis pour tous  ceux qui trop tôt sont partis

 

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Publié le 21 Juin 2026

Proposition 

PROLEGOMENES ET COLOPHON

Nous sommes deux humains dont l’un est un philosophe un peu con et l’autre un con un peu philosophe. En somme, deux conosophes !

Nous avons écrit ce livre pour jouer et jouir avec notre propre connerie et corroborer l’affirmation de Georges Pompidou, qui, à une question sur l’affaiblissement culturel général avait répondu : « voici venu le temps des conosophes ».

Genre littéraire : Essai

Bernard ne devrait plus tarder à me communiquer le textes de la proposition ! Bernard, si tu me lis !

En attendant voici les définitions

Prolégomènes : subst. masc. pluriel. – Longue introduction placée en tête d’un ouvrage, contenant les notions préliminaires nécessaires à sa compréhension.
− P. anal. [Dans un exposé oral] Préambule, explication préliminaire, entrée en matière.

Le mot « colophon » vient du grec ancien : un achèvement ou un couronnement. Popularisé par les humanistes de la Renaissance, il désigne la note finale d'un manuscrit, puis d'un livre imprimé, l'ours étant la déclinaison du colophon dans les revues.

Les Textes

 

PROLEGOMENES

 

Avant ma naissance,

La vie était ou n’était pas un long fleuve tranquille !

Mon père était un coureur de jupons, macho et collectionneur de jolis cœurs qu’il brisait sans regret. Engagé dans la marine, il fit chavirer plus d’un.

Né d’un père très catho, pratiquant l’abstinence jusqu’au mariage, mon père sera le second et dernier fils.

Sa mère, bonne vivante, belle et plantureuse, travailleuse et peu maternelle, mettra un terme au 3ème qui ne vu pas le jour grâce à une paire d’aiguilles à tricoter !

Ma mère, la dixième d’une fratrie de 11, a nourri jalousie et rivalité toute sa vie.

Entre un père coco et légèrement alcoolo, parti trop tôt et une mère invalide et diabétique. De ce côté-là, nous sommes plus à l’image de la famille Groseille qu’à la famille Duquesnois représentée elle, par celle de mon père.

Décembre 1965, ma mère accompagne une de ses sœurs à un bal de fin d’année, entourée de deux de ses frères. Mon père nous dira son évidence et son coup de foudre. Ma grand-mère, sa mère m’avouera qu’il avait bien hésité avec une autre... Mais c’est un secret !

31 mai 1966, les noces sont célébrées. Pépé est enchanté et si persuadé que le sexe prénuptial n’a pas été consommé ! La fornication est un péché, c’est pépé qui le croit … Il croit tellement pépé !

Automne 1967, Saint Mandé appartient encore à la ville de Paris, chaussée de l’Etang, ma mère donne naissance à un fils, son fils.

1968, une année de révolution où mai aura marqué son temps puis août fécondé maman ! A la pilule autorisée depuis 1967, mes géniteurs ont été joueurs et en préférant la bonne vieille méthode des températures « Ogino » couplée du « sauter en marche ». Ce qui donna lieu à une conception impromptue ! Un véritable échec … la preuve nous sommes beaucoup à en être la preuve vivante !

Printemps 69, les cloches sonnent et mes premiers cris se font entendre, chaussé de l’Etang, cette clinique de Saint Mandé qui depuis a été cédée au Val de Marne.

Avant ma naissance, il y a aussi cette femme, mon arrière-grand-mère paternelle, Agnès, au visage flétri des femmes de la terre et aux mains robustes et lestes, qui avait pour moi tendresse et égards. Elle fut ma référence et mon ancrage.

A ma naissance et pendant longtemps, ma mère m’a souvent dit qu’on m’avait échangée à la clinique … Tiens, ça me rappelle un film ! 😉

COLOPHON

Le Colophon de ma  naissance

D’une naissance non souhaitée,

De mauvaises rencontres attirées,

De ces épreuves de vie,

Se relever grandi,

Quelques souvenirs s’effacent,

D’autres refont surface,

le temps passe,

Et de vous, plus de trace.

MarieC

 

PROLEGOMENES

Cela se faisait beaucoup, il n’y a pas si longtemps.

Le premier fils était confié aux grands-parents pour leur servir de bâton de vieillesse.

À dix ans, aîné d’une famille déjà forte de cinq frères et sœurs, il avait été installé dans une petite chambre juste au-dessus du poêle à charbon, afin que la chaleur montante lui évite les frissonnements de l’hiver. C’était le seul luxe qu’on lui avait offert : une couette en plumes et un pot de chambre, pour qu’il n’ait pas à descendre la nuit quand lui prenait l’envie de pisser.

Quelques heures à l’école du village, avec au loin la perspective du certificat d’études — dont son grand-père disait que c’était « bon pour les fils de riches ».

Puis le jardin.

Parce qu’à dix ans, on peut déjà être utile : glaner les patates, ramasser les haricots verts, et tout le reste.

Bon sang que la terre est basse.

De temps à autre, la ducasse. Les pommes d’amour qui rendent les lèvres rouges comme celles des filles. Les mâts de cocagne enduits de savon noir. Et les parties de foot où les fils de riches avaient un avantage : eux avaient des chaussures à crampons.

À quinze ans, le travail à la fonderie. D’abord arpète, pousseur de brouette, payé à la tâche. Puis, avec les muscles naissants, démouleur dans le rougeoiement des fourneaux, les brûlures, les fumées et les collègues de travail.

Et puis, très vite, les enterrements.

D’abord mémère, emportée par une grippe mal placée. Puis pépère, vaincu par une douleur de poitrine et un paquet de gris par jour.

C’est la vie.

Débrouille-toi, tu en as l’habitude.

L’émancipation à seize ans.

Et les auto-tamponneuses des Radiocars, un jour de décembre, juste avant Noël. Il pleuvait.

Lui était dans la rouge.

Elle, dans la blanche.

Il l’a tamponnée.

Elle a souri.

C’était un soleil en jupe plissée et socquettes tricotées.

Il avait seize ans.

Elle, dix-sept.

Depuis mon nuage, j’étais aux anges.

Alors j’ai contacté la cigogne.

Par chance, elle était libre le 7 octobre exactement.

L’annonce aux parents.

La colère du père.

Le mariage discret — pas en blanc, bien sûr.

Le lit et le berceau fabriqués dans le garage.

Et la petite chambre du fond, celle qui servait de débarras, repeinte en blanc.

La ville s’appelait Chauny.

Ça ne s’invente pas.

Quand même…

À quoi ça tient, soixante-six ans plus tard, d’écrire les prolégomènes d’une histoire de vie, tout en se préparant, si possible, à colophoner encore un peu ?

Je vous le dis sincèrement :

Vivent les auto-tamponneuses.

 

COLOPHON

Mesdames et Messieurs,

Nous voici réunis pour rendre un dernier hommage à Alain Bertin, mort dans sa cent vingt-deuxième année d’une crise d’acné foudroyante.

Au terme de cette cérémonie — et conformément à la volonté du défunt — un apéritif sera servi dans le hall du crématorium.

Je vous en prie… restez assis.

Ce n’est pas encore maintenant.

Nous allons tout d’abord écouter un texte écrit par le défunt lui-même.

Je demanderai à Madame Monique de bien vouloir s’approcher.

Monique, encore vaillante, s’avance.

Enfin…

Elle ne va pas tarder à s’avancer.

Encore quelques pas.

Voilà.

Ah non.

Elle a fait demi-tour.

L’appariteur intervient :

— Veuillez la réorienter, s’il vous plaît.

Voilà, cette fois, elle y est.

— C’est à vous, Madame.

— Oui, oui… le texte…

Monique sort lentement ses lunettes de son sac.

L’animateur s’impatiente un peu :

— Allez-y, Madame, il y a d’autres morts qui attendent.

Monique se racle la gorge.

— Excusez-moi… un reste de bronchite.

Puis elle commence :

— Je suis né nu phare un jour sous une belle étoile…

Elle s’interrompt.

— Excusez-moi… quelqu’un a un stylo ? Il n’a même pas mis d’accent au « e » d’étoile.

Déjà à la fabrikulture, il écrivait comme un cochon. C’était plein de fautes.

Ah, les jeunes d’aujourd’hui…

Et ce style !

« Né nu phare »…

N’importe quoi.

À l’époque, on acceptait vraiment tout le monde à l’atelier d’écriture.

Monique replie le texte avec application.

Relève la tête.

Regarde l’assemblée.

Puis demande :

— Bon… ça suffit comme ça, la littérature.

Quelqu’un a parlé d’apéro ?

AlainB

 

PROLEGOMENES

Montauban, une ville rose comme Albi et Toulouse. Un fleuve qui roule ses bosses entre le pont vieux et le pont neuf à l’ombre du musée Ingres. Deux familles parmi tant d’autres qui habitent au Treil, un quartier dans le bas de la ville, non loin des rives du fleuve. Des maisons basses, des petits jardins. Les Lacoste y vivent modestement. René, mon grand-père paternel quitte le foyer familial dès qu’il est embauché au Gaz. Pépé René se marie avec Anne et achète une maison rue des doreurs, dans le haut de la ville. Ils ont trois enfants : Guy, Raymond, mon futur papa et Simone. A la mort d’Annette, pépé épousa Suzanne sa jeune belle-sœur qui  deviendra la marâtre. Les Élisca restent au Treil. Pépé Jojo et mémé Hélène, qui suite à un cancer sera amputée d’une jambe, élèvent leurs 4 filles : Madeleine, ma future maman, Jeanine, Marie-Thérèse et Bernadette et le petit garçon tant de fois espéré : Germain.

Comme le bouquet d’un feu d’artifice, chacun gicle des cocons pour construire sa vie à Montauban mais aussi en Gironde, en Algérie, en Allemagne...

Raymond, e zazou brun aux yeux bleus épousera Madeleine dans la sacristie de la cathédrale : elle est catholique, il est protestant, ils n’ont pas droit aux fastes du chœur gothique.

Raymond est boulanger. Mado est destinée à être maman, un point c’est tout.

Raymond va vouloir assurer des revenus plus importants et surtout plus sûrs : il entre dans la 7ème Compagnie de Sécurité, installée à Montauban, en tant que cuistot. Beaucoup de déplacements cependant mais des retours qui se concluent souvent par des naissances : Michèle en 45, moi en 48...

 

COLOPHON

Et pour moi, la vie a commencé, avec des petits nouveaux et tout le reste.

Claude en 52 et Daniel en 56.

La guerre d’Algérie passe par là et menace de nous priver un jour ou l’autre de notre papa qui postule pour entrer dans la police nationale. Sa mutation nous conduit en 1960 à Beauvais.  etc.

Au moment de boucler cet ouvrage, j’espère avant tout ne pas avoir « pesé aux écoutants » ! Vous venez de vous farcir 348 pages sur mes 77 ans de vie sans jamais rencontrer de Légion d’Honneur, de prix Nobel de la Paix ni de prix Goncourt, alors je dis chapeau ! Je salue ici votre constance. Je sais que certains d’entre vous, lecteurs chéris, ont maintes fois piqué du nez en lisant ces mornes lignes, certains ont dû même abandonner, d’autres ont même pensé : Quand est-ce qu’elle va crever, la vioque ? Tout ça, je l’entends et je ne jette la pierre à personne, soyez-en certains.

Je tiens aussi à remercier mes parents pour la belle vie qu’ils m’ont donnée. A m’excuser auprès de mon père qui aurait tant voulu que je signe Lacoste le mémoire, intitulé Le Pays mauriacien, rédigé à la fac des lettres de Montpellier. Je tiens aussi à féliciter André, mon unique mari qui a eu la patience de supporter mes manies et mes enfants et petits-enfants pour leur humour et leur droiture.

Je ne veux pas oublier dans ce colophon le rôle de la lecture et de l’écriture qui m’ont conduite à rencontrer tout le monde, des gens brillants, des Caunes, j’en passe et des meilleurs.

 

PROLEGOMENES

Mardi, nom de Zeus on remonte le temps pour Bernard Mathey allez zou !

Avant ma naissance, mon papa, agent SNCF vendait des billets de train au guichet de la gare de Réhon (54) et il poinçonnait les billets aussi comme celui de maman qui elle tous les matins prenait le train à Réhon pour aller à Longwy travailler chez un chapelier de Longwy bas chez un chapelier de Longwy-bas…et voilà  

Papa a invité ma future maman au cinéma à Longwy bas il lui a payé le train, le cinéma et une menthe à l’eau au buffet de la gare et un certain temps après le mariage des parents mon frère ainé est né, ; puis voulant une fille, ils ont remis çà et ce fut moi en janvier 1954 le 2° de la fratrie. Évidement je suis né à Longwy haut dans la maison familiale située dans la cité SNCF avec l’aide de la sage-femme attitrée à la famille Mme Nickels ‘une dame belge il me semble.

 

COLOPHON

Livret de famille, photos faites par papa avec souvent un mauvais cadrage trop à droite, trop à gauche, papa coupe parfois les têtes, et parfois les jambes sur les photos…le plus fino ce sont les récits de ma grand-mère qu’on appelait mémère et les histoires de famille racontées par mon papa quand je fus ado.

Mémère chez qui j’allais tous les mercredis pour midi et je déjeunais avec elle …elle me faisait du lapin aux champignons avec des pommes de terre rôties ou encore une blanquette de poule avec du riz pilaf et elle me racontait la famille, les aventures de mon père, de mes oncles et de mes tantes

Car nous n' étions que tous les deux, mon grand-père était soit à l’usine, soit au jardin pour la journée, mon pépère ne déjeunait pas avec nous car disait-il : « Je n’aime pas les ragots* ! » …

*Les ragots tels que celui-ci : Mon oncle Gérard, gardien de but dans l’équipe de foot locale, courrait les filles et se débrouillait plutôt bien ! Résultats : une fiancée différente chaque mois….

Ou encore celui-là : Mon oncle Clio qu’on appelait le rital travaillait dur pour son entreprise le jour et il allait pointer à l’usine la nuit et au lieu de bosser, il allait dormir sur un paillasse, couvert pour le contremaitre, par ses frères qui se relayaient à la pointeuse.

Ce sont des vrais ragots, vous aviez bien compris.

Rab34

 

PROLEGOMENES

Petits ou grands. Soyons reconnaissants,  chaque prolégomènes rencontre un jour  son colophon.

Du fond de l'existence la vie mène sa  danse, la mienne étant dedans déjà.

Crèvecoeur n'est pas un village, mais dans la Normandie pas trop profonde. Les routes de l'été sont belles en cette année non loin de l'après-guerre en 1947.

Les horribles choses des après combats sont partis là -bas, plus loin,

Bien plus loin que l'horizon des arbres qui bordent la route qui mène à Crèvecœur.

D'où venait ce nom bordé de roses et d'épines?

D'où venait cette absence de tiret,  Entre crève et cœur?

Un autre combat a-t-il eut lieu bien après la route, là- bas près de l'église?

Et derrière le tournant qu'y avait-t-il qui aurait pu échapper au futur?

Mais rien que des cheminées saluaient la route qui serpente.

Rien que du normal, tranquille et salutaire.

Tout était  sous un ciel bleu dégagé des orages et des soucis de l’époque.

Une époque, c'est une manière de se retrouver dedans: on la nomme, on l'examine, elle nous ressemble.

Moi je ne ressemble à rien, mais tout de même! Cette route m'a fait quelque chose, je dirais plus, elle a fondé ma propre vie.

C'est égal.

Il faut tout raconter de cette route pour comprendre, et savoir

Ce qu'elle a fait à mes parents. Jeunes et beaux, héritiers de 1936 : la France en shorts et paletots. La France en galoches et chaussettes, tricotées mains. Leurs cheveux crantés dans l'odeur de brillantine et l'absence de ces choses crasseuses et malséantes qui courent les talus de maintenant, transforment les anguilles sous  roches et oublient la courtoisie brulée par  les moteurs.

C'est égal les oiseaux chantent, et les vélos s'avancent à vitesses presque égales.

Soudain s'avance un désir cruel de rustine: la jeune femme a crevé son pneu avant !

Ne sommes-nous pas à Crève - cœur ?

Navrée, elle descend du vélo et contrôle le désastre, puis  s'assoit sur le talus a côté de son vélo couché.

Il est quatre heures.

L'ombre garde encore les troupeaux mais pas les hommes.

Elle le sait. Elle a dix-neuf ans, et ne sait pas grand-chose de la vie des hommes là-bas qui ont dû aller sur le front.

Elle brûlait il y a peu son énergie en pédalant de toutes ses forces  vers Crèvecoeur et l'endroit frais de la maison n'est pas  tout proche, mais elle voit encore  le clocher en contrebas sur la route.

Une ombre mobile soudain s'avance.

Et cette ombre lui parle souriante.

Il est avenant cet instant. Il est tentant ce moment à l'aplomb et l'ombre  qui faisait du vélo aussi s'est arrêtée brusquement.

Et cette ombre parle. Jeune et fraîche,

" Vous voulez de l'aide mademoiselle?"

La route avait ce qu'elle voulait. Qu'ils deviennent mes parents !

L'ombre était belle et brune comme un beau jeune homme!

Il l'a trouvait belle, elle aussi.

La maison fut vendue. Le clocher a disparu, Paris a remplacé le décor.

Pour eux s'aimer n'est pas difficile.

Et se marier était l'air du temps.

Il décida de partir avec elle à Tanger, y firent leur première enfant. Et moi la deuxième , je garde le souvenir des haltes à Sète, au passage des allers et retours. La ville de mon premier orage dans le ciel. Et plus tard. Lorsque Tanger s'éloigna de leur vie. Remplacée par d'autres désirs, Sète resta  comme un phare dans ma vie.

Crèvecoeur et Sète, ont un point commun : la route des voyages.

Le midi au cœur de chaque voyageur n'est pas qu'une halte, le midi est partout dans les couleurs de ma vie. Même dans le nord plus austère et noir  parfois, je garde la nostalgie des rigueurs du soleil, à la place de mes parents je marie la Normandie avec l'autre versant du sud, et au beau milieu a grandi ma vie, l'existence,  la retraite des soleils.

Le futur enveloppé dans une bouteille peut -être jetée loin sur  la mer.

 

COLOPHON

On ne termine pas son existence comme on la  finit : AAH !...

On m'a peut-être crevé le cœur mais je me suis faite à cette planète!

La vie est comme une montagne à gravir: monter au sommet puis en re-descendre.

C'est un ascenseur émotionnel dont il s'agit. Celui des jours marqués par les désirs, les vœux, les absences. Toutes choses humaines  certes bien comprises...

On ne  se fait pas en un seul jour. Et l'on nait plusieurs fois. Ah ?

Oui, naître à soi-même vient sur le tard. Et ce tard vient comme une récompense que l'on n'attend pas dans un paysage paradoxal, car nouveau. Aah !

Tout le temps voir naître et mourir. Tout le temps tapisser la chambre des métiers et refaire des parcours, puis s'adonner à ses passions!

Écrire le pied au plancher sans volant Aah!

Ou bien se promener sans aucune pensée car cela ne fait aucun mal à personne. Aah !

La prudence est un colophon ; je dirais plutôt un siphon spécialisé:  le fond de l'évier où tout disparaît. D'une fausse évidence nait l'erreur. Et la vie le sait bien. Elle. Ooh !

On ne rate pas le plaisir on l'appelle. On ne rate pas le bonheur on le convoque. On ne rate pas sa mort, on l'attend. Eh bien !

Convoquée par la vie de mes prédécesseurs. Ouh !

Avec l'eau à la bouche. L'eau des croyances têtues  et hasardeuses. L'eau croupie dans les oublis volontaires... tristement...

Et puis le reste, tout le reste. Salutaire. Car nouveau et inventif, chassé des Hespérides?

Venu de tous les pays que je ne connais pas. Enfin Pas encore.

Programme:

A rajouter  dans une autre vie. Pour espérer renaître, prendre le véhicule unique de tous les enseignements de la vie. Une vie ? Oui.

Dangereuse, excitante. Paradoxale. Et mystérieuse de ne pas mourir.

J'espère  bien vivre jusqu'à cent ans,

et sourire  vraiment devant mon gâteau d'anniversaire.

Chiche !

Solange

Prolégomènes

Un matin faisait-il beau à 08h ? Zéro zéro. Il fallait embrayer la sonnerie de l'usine chacun à son poste, ouvrir les livres comptables dire bonjour au chef tâter son humeur z son regard serait-ce aujourd'hui le bon jour pour demander la permission de sortie, un bon de justification qu'il faudrait transmettre au service du personnel "bon accordé ", ou pas, il faudrait rester positif regard droit comme à l'armée, mon adjudant faire les bons de cantine, reporter les prix les quantités, diviser par le nombre de soldats, les carottes sont cuites, je pense mon adjudant qu'il serait plus intéressant de prendre des carottes crues d'autant que nous avons des trouffions de corvées pour les éplucher oui mais aurons-nous des carottes toute l'année à un prix intéressant  je vous le demande. En allant porter le bon de sortie je rencontre une petite brune qui me sourit, elle est très souriante était-ce vraiment à moi ? Je suis grand gauche soldat de deuxième classe bientôt 2ème adjoint responsable du bureau qu'est-ce je raconte tout va trop vite dans ma tête je rougis déjà une petite brune devant moi à la sortie à 17h30 elle était là, nous étions 300 à l'usine et... elle là devant moi, la sonnerie nous invitait à sortir pour revenir le lendemain comment était-ce possible il devait y avoir maldonne elle avait choisi, elle raconterait plus tard qu'elle l'avait vu dans le bus dans la rue, à ce moment-là le quartier était normal c'est à dire  que Paris ce Paris n'était pas grand entre le Rex et la porte St Martin c'était un village les marchands des 4 saisons criant leurs prix le rémouleur le vitrier, le carreaux du temple où les femmes espérant quelques... la vie ... allaient danser.

Publication anonyme

Colophon

Je dois, Il faut, remercier en premier le Club des cinq puis Marcel Pagnol puis un peu Anatole France, Guitry, en 1996, je crois, Sollers à partir des années 2000, j'ai toujours eu un livre d'Annie Ernaux puis de Angot et puis d'Edouard Louis et l'an dernier un livre de Philippe Vilain voilà tous les gens en dehors de mon père qu'il faut remercier. Il a été tiré 200 exemplaires sur papier vélin et tous les droits de reproductions doivent être demandés à Mô qui saura défendre mes intérêts pécuniers. 

Le même

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Publié le 20 Juin 2026

Nuit et jour

La Salle Izzo de Frontignan expose et nous propose de venir écrire à propos - La Fabrikultue remercie le service culturel de la ville pour ses propositions qui nous permettent de toucher à tout ou presque !

Nuit et jour, autopsie d’un groupe de presse sensationnaliste dans l’après-guerre

Conçue et réalisée par deux enseignantes-chercheuses, Marie-Eve Thérenty et Amélie Chabrier, et des étudiant.es du Master MLE de Montpellier et du Master Fiction de Nîmes, cette exposition augmentée proposait, dans le cadre du Festival International du Roman Noir, une plongée dans la société des années 50 à travers trois magazines : Détective (faits divers), Radar (images chocs) et Rêves (romans-photos sentimentaux).

 

 

 

 

Proposition 1

Partir sur les traces du crime pour en faire surgir peut-être un futur thriller.  Le fait divers retenu : Avignon de nos envoyés spéciaux – Regards vers le passé. Lecture de l’article.

Faire apparaître dans le texte les éléments trouvés sur la scène du crime : Un foulard, un ticket de tramway, un tatouage (une image vaut 1000 mots), une médaille protestante, un morceau de câble électrique, une ceinture rustique.

Les textes

 

Merci pour l’idée !

 

Ce mardi, à l’atelier d’écriture y avait pas un chat, juste Alain, Bernard B, Éric, Krikri et moi.

Un individu a passé la porte du local de Châteaubriand. Il était blanc comme un Picpoul de Pinet, vieux comme un dinosaure. Il a jeté un regard circulaire et a dit : Ils sont où, les autres ? J’ai répondu à la pêche. L’homme a souri.  Je l’ai invité à s’asseoir, loin de moi, à cause de l’odeur.

C’est Alain qui lui a posé la question :

- ,Vous cherchez quelqu’un ?

- Quelqu’un pas vraiment, je sais où il est, c’est pas ça, le problème. Je cherche surtout un nom.

Pour rigoler j’ai voulu rendosser mon habit de prof de français et j’ai plaisanté :

- Un nom propre ou un nom commun ? Nous des noms on en a plein, vous voulez faire un logo rallye ?

- Je sais pas ce que c’est votre logo machin. Moi, ce que je cherche après 69 ans, c’est le nom d’un gars.

- Un habitué de cet  atelier ?

- Non pas du tout.

- Quelqu’un de votre famille, un ami ?

Krikri s’était levée pour aller chercher l’apéro dans la salle d’à côté et a proposé un verre à notre visiteur.

- Vous êtes bien aimable, mademoiselle. Je sens que je peux vous faire confiance. Je vais vous dire une chose que je garde sur le cœur depuis trop longtemps. Le nom que je cherche c’est celui du gars, au visage tatoué d’une croix huguenote,  que j’ai eu le malheur de croiser le 14 décembre 1957 alors que je pêchais la truite à Avignon. Ça piquait, j’avais déjà remonté 5 belles pièces quand il est arrivé. Il a commencé à me poser des questions, à me casser les bonbons. Moi, je suis un taciturne, un solitaire et quand je pêche je supporte pas qu’on m’emmerde. Il arrêtait pas, impossible de me concentrer sur mon bouchon. J’ai senti la colère me gagner. Il fallait que je le fasse taire. Alors j’ai hésité entre le foulard, le pétard et le fil électrique. J’ai toujours ce qu’il faut dans ma musette. Je me suis approché de lui, je l’ai chopé par son bandana , je lui ai donné une chance de se taire en lui serrant le Kiki, mais il continuer à me demander quel était l’appât que j’utilisais. Comme si j’avais envie de lui livrer mes petits secrets. J’ai senti que la strangulation allait me prendre trop de temps, d’autant plus que sur mes 3 lignes, deux bouchons étaient en train de plonger. J’ai mis la main dans ma musette et j’ai sorti le flingue. J’y ai tiré deux balles dans la tronche. Il s’est planqué dans les rochers. Je suis allé récupérer mes deux truites qui s’impatientaient

Après je lui ai fait les poches, au macchabée : aucun papier sur lui. J’ai pensé que j’en apprendrais plus sur lui le lendemain dans le canard ! Que dalle ! Depuis je cherche à savoir.

Il but cul-sec le verre de muscat que lui avait servi krikri, il se leva, se dirigea vers la porte et se retourna :

- Et vous, vous le connaissiez, le gars ?

Nous on ne le connaissait pas mais on avait un bon sujet d’écriture pour la soirée.

 

Fait d'hiver

Jean Tique descendit de l’omnibus. Le voyage n’avait pas été long depuis le centre d’Avignon. Il remonta le col de son pardessus et rajusta son écharpe. L’hiver s’était installé depuis déjà quelques semaines dans cette partie du Vaucluse, et la proximité du Rhône accentuait encore la sensation d’un froid glacial.

Jean souffla dans ses doigts pour tenter de les réchauffer un peu. Puis il se dirigea d’un pas vif vers le fleuve tout proche. Depuis qu’il avait reçu, l’avant-veille, le message de sa sœur Catherine, il ne parvenait à penser à rien d’autre.

En marchant, il ressortit pour la centième fois le bout de papier gris de son portefeuille et le relut rapidement. L’écriture était fine et soignée :

« Cher Jean, à force de fouiller la maison, j’ai enfin trouvé ce que nous cherchions. Maman avait pris toutes les précautions pour que personne d’autre que toi et moi ne puisse découvrir l’objet. Tu ne vas pas me croire, mais c’est grâce à ton tatouage que j’ai réussi. Je t’expliquerai cela.

Retrouvons-nous où tu sais ; nous déciderons ensemble de la suite.

Je t’aime, mon frérot. »

C’était signé Catherine.

Jean remit le message dans sa poche et accéléra encore le pas. Son mètre soixante pour cinquante kilos ne l’empêchait nullement d’avancer d’un rythme soutenu. D’un geste machinal, il effleura la croix huguenote suspendue à son cou. Ses prières avaient peut-être enfin été entendues. Si tout se passait comme prévu, ils pourraient bientôt profiter pleinement de la vie.

Déjà, son imagination s’emballait : il se voyait donnant des ordres à ses employés, au milieu de voitures rutilantes et d’un luxe auquel il n’avait jusque-là jamais osé rêver.

Jean rejoignit les berges du fleuve. Le Rhône roulait une eau lourde et grise. Un brouillard bas effaçait presque les contours de la rive opposée. Il croisa quelques pêcheurs qui, malgré le froid mordant, avaient installé leurs lignes le long de l’eau sombre. Encore une centaine de mètres, et il reconnut le renfoncement ainsi que la petite patte d’oie où, enfants, lui et Catherine avaient appris à nager.

L’endroit était désert.

Il s’installa sur l’un des rebords de ciment de l’ouvrage et sortit un paquet de tabac à rouler. Il n’eut pas longtemps à attendre.

AlainB

Il a passé et même plus

En 1957 il n'y avait pas encore l’ADN, si seulement si...  nous aurions pu analyser sa main, était-il comme on dit maintenant défavorablement connu de la police ou était-ce une mauvaise rencontre, il aurait suivi quelqu'un ou quelqu'une,  d'aucuns prétendent qu’il aurait s’agit d’un dérèglement politique,  car voyez-vous monsieur,  rappelez-moi votre nom,  dites : oui Monsieur le commissaire à la fin de vos phrases ou plus simplement oui monsieur le commissaire.

- J'ai compris.

- Écoutez-moi. Voyez-vous Monsieur à notre époque tout est politique,  la position de son corps tendait, elle, vers un futur désormais disparu. Le ticket indiquait qu'il avait pris le retour désormais perdu, un achat pour rien, peut-être que je pourrais récupérer le ticket : Avignon cité des papes des ponts. Nous ici, dans l’intramuros, on ne prend pas de ticket donc c'était un étranger, qu'avait donc cet étranger comme étrange idée de venir se faire tuer ici chez nous,  peut-être qu'il trouvait cela drôle,  ce drôle qui était venu se faire descendre sur le Rhône, on avait déjà assez de travail avec nos crimes pour en rajouter.

- Il ressemble à un gardien de but dit le préposé,  et bien ces balles-là il n’aura pas su  les arrêter.

- Vous trouvez ça...où ?

Son foulard était peut-être un indice, peut-être qu'il était descendu,  on peut voir un tatouage, ici un début de rébus,  je me  rappelle un roman où l'auteur prétendait que ce qu'on voit avant de partir reste gravé sur la rétine. Il faudra que je m'exerce. Derniers instants de vie, derniers soupirs. Il n'aura pas eu les sacrements de sa médaille.

C'est quoi, Monsieur le commissaire, cette médaille ? On dirait une broche...  je sors d'une rêverie...  une broche  de femme... Peut-être que quelqu'un viendra réclamer le corps : mon amour mon mari mon frère mon chéri... Que sais-je ?

Maintenant tout est possible.  Il a fini de passer. Ben oui, il a trépassé.

Éric

Proposition 2

 

Envisager autrement le fait divers

Le fait divers est un fait insolite ou dramatique qui échappe aux autres catégories de la presse ou des médias et n’est pas considéré comme possédant une valeur littéraire, politique ou économique. Souvent le fait divers est présenté de façon sensationnelle dans une rhétorique racoleuse, afin de nous mettre dans une empathie de surface, qui nous permet d’aligner la lecture de faits monstrueux qu’on ne se représente pas vraiment. Comprendre comment se positionner face au fait traumatisant ou non.

Les unes de Radar :  Les illustrations (gouache ou lavis), préférées aux photographies, car le photographe arrive souvent trop tard, sont remarquable par leur sujet comme par leur rendu : usage (presque) exclusif du noir et blanc, cadrage serré et raccourci audacieux doivent permettre d'illustrer au mieux l'instant même d'un drame. Avec beaucoup d'astuce, l'image unique semble souvent raconter une histoire complète. Ce cahier des charges trop contraignant contrarie la volonté réaliste et dramatique en produisant une image aussi grotesque qu'humoristique. C'est d'ailleurs une spécificité de ce genre de journaux, d'osciller entre premier et second degrés, sans qu'on sache très bien où se situent les journalistes et les illustrateurs.

En se basant sur une Unes à sensation de Radar, se poser la question : Que peut la poésie ? Est-elle une écriture qui permet de s’approcher autrement du fait divers, autrement que le roman ? Permet-elle de se positionner autrement par rapport au réel, de développer d’autres images, d’autres sons, d’autres points de vue et de mettre en lumière des bribes de réels qui passent, sinon, inaperçues ou bien au contraire de maintenir l’opacité autour du fait sans prétendre le raconter ?

Traiter le fait divers en poète, en s’ inspirant du poème de Baudelaire : A une passante. En un sonnet, en ayant soin d’opposer l’ambiance des quatrains (objectivité de l’épisode) à celle des tercets (subjectivité du fait traumatisant)

A une passante - Charles Baudelaire

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d’une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

 

Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

 

Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté

Dont le regard m’a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

 

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!

Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

Les textes

 

Suicide

Chute silencieuse dans la caresse du vent.

La Dame de fer, plantée au cœur de Paris.

Juste quelques secondes suspendues où l’on rit,

Dans l’inconscience de tous, la ville vigilante.

Plus rien ne la retient ;

Ne respire que l’attente du choc sur le pavé sale.

Peut-être l’a-t-on aimée, caressée — bien ou mal.

Un sursaut inutile ; pourtant, je tends la main.

Accouchement sanglant,

Fleur du désespoir gravée sur le béton.

Quel destin partagé ? Quel gémissement ignoré ?

Sourire retenu jusqu’à cette heure fatale.

La vie tient au rebord,

D’un côté ou de l’autre,

À un souffle distrait,

À une main, peut-être...

Aurais-je pu gommer cette horreur florale ?

Alain

 

A Joe

 

Sur un lac écossais, Joe le cheval s’égare

Il  glisse sur la glace qui sous son poids se brise

Il ne peut remonter, la fraîcheur de la bise

Referme autour de lui le piège barbare.

 

On ne peut pas l’aider, on ne peut le sauver.

Il va mourir de froid. On charge le fusil

« Abrégez ses souffrances il est tout engourdi. »

Voilà la décision de son propriétaire.

 

Une vieille s’approche, brandissant un whisky.

On la traite de folle, mais ce n’est qu’une fée

Qui ranime la bête avec une gorgée.

 

Elle s’ébroue, elle rue, elle se cabre aussi

Libère de la gangue ses pattes ankylosées

Echappée de la mort, retourne à l’écurie.

 

Krikri s'est inspirée d'une Une affichée sur le mur, juste devant elle. Et elle a laissé son imagination emporter son stylo...

 

Elle est amoureuse comme elle ne l'avait jamais été.

 

Ils étaient deux adultes à occuper ce nouvel immeuble fraîchement terminé. Lui, un grand gaillard aux épaules larges. Un visage émacié comme taillé dans la pierre.

Il ne lui adressait jamais la parole.

Elle, un picotement lui traversait les  omoplates dès qu'elle l'apercevait ...

Elle venait de se faire larguer par son fiancé à quelques jours du mariage...  Elle ne comprenait cette attirance vis à vis de cet individu. Elle était furieuse.

Au fond d'elle cela la rassurait. Car d'être toujours mal dans sa peau  ce n'était pas une vie...Si on lui avait donné une vie c'était pour la vivre... Elle chassa ses souvenirs morbides et  pensa à cette promotion inattendue.

Elle bouscula son voisin dans l'escalier.

 Il lui lança un regard glacial.

Confuse, voulant se racheter, elle l'invita, pour le soir même s'il était libre, à un apéro dînatoire.

Il hésita, la scrutant de la tête aux pieds,  ce qui la mit mal a l'aise. 

A  19H  la  sonnette retentit.  Un dernier regard dans la glace.  Elle ouvrit grand la porte. Il lui tendit une bouteille de champagne et un bouquet de fleurs avachies par le manque d'eau.  Il s'en excusa mais elle le rassura. Le bouquet reprit vigueur dans une chope à bière. Il sentait les pulsions venir. Elle retira le foulard  noué à son cou. La bouteille tanguait dans le seau.  Elle fut prise de vertiges lorsqu'elle sentit une pression autour de son cou. Il la regardait comme s'il découvrait une pierre précieuse. Elle suffoquait le foulard glissa. Les lèvres se  collaient telles deux aimants attirés l'un vers l'autre...

 Krikri.

 

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Publié le 14 Juin 2026

Proposition

Le morse

D'accord, rien à voir avec la proposition mais reconnaissez quand même qu'il est mignon !

Le morse qui nous intéresse ici est  un code universel permettant de transmettre un texte à l’aide de séries d’impulsions courtes et longues, qu’elles soient produites par des signes, une lumière, un son ou un geste.

Un moyen mnémotechnique pour l'alphabet morse. Il suffit de décomposer les mots en syllabes, si elle finit par O (ou ON), c'est une barre (long) sinon c'est un point (court).

Chaque mot commence par la lettre en question (sauf pour le X).

A . - Allo 
B - . . . Bonaparte
C - . - . Coca-cola 
D - . . Document 
E . Eh! 
F . . - . Farandole 
G - - . Gondole 
H . . . . Hilarité 
I . . Ici 
J . - - - Jablonovo
K - . - Koridor 
L . - . . Limonade 
M - - Moto 
N - . Noah 
O - - - Ostrogoth
P . - - . Philosophie 
Q - - . - Quoquoriquo 
R . - . Ramoneur 
S . . . Salade 
T - Thon 
U . . - Ultrason
V . . . - Végétation 
W . - - Wagons-lits 
X - . . - oXydation 
Y - . - - Yoshimoto 
- . . Z -Zorro est là

 

  1. Ecrire un message codé en morse
  2. Ecrire une fiction en utilisant un maximum de mots. Le thème : En perdition

 

 

Les textes

 

Anachronismes

- Allo Napoléon ? Allo Bonaparte ? Allo ! Allo ? Répondez mon Empereur, ici, on pédale dans la limonade ! Allo ! Allo ?

Le radio gros comme un thon s’époumone. Le radio est époumoné. Dégoûté, il balance l’appareil dans la flaque de végétation qui a résisté aux obus. Et il se couche dans la boue comme sur la banquette d’un wagon-lit, pas en haut, en bas.

- Jablonovo, gronde son adjudant-chef :

- Ressaisissez-vous ! On n’abandonne pas. Un Français n’abandonne jamais ! Eh ! Vous m’entendez, Jablonovo ?

L’adjudant-chef Yoshimoto encourage Jablonovo à se lever d’un violent coup de pied dans le flanc gauche.

- Mais c’est qu’il dort cet ostrogoth ! Quoquoriquo ! Quoquoriquo !

Jablonovo dort. Il dort et il rêve. Il rêve qu’il est chez son papé qui n’exerçait que des métiers saisonniers : ramoneur pendant l’avent, fleuriste le premier mai et à la toussaint, poissonnier au premier avril… Il rêve qu’il est chez sa mémé qui élevait des poules et un coq et lui donnait des biberons de coca-cola à tire larigot…

Un deuxième coup de tatane de Yoshimoto finit par le réveiller, Jablonovo.

- Debout caporal Jablonovo, reprenez-moi cet appareil et rappelez-moi Bonap. Il y va de notre survie.

Jablonovo se lève douloureusement, le cheveu en bataille à la Yannick Noah. Autour de lui les trouffions inconscients du danger se gondolent. C’est l’hilarité générale dans les rangs et pourtant les obus continuent de pleuvoir.

Jablonovo réitère son appel :

- Allo Napoléon ? Allo Bonaparte ? Allo ! Allo ? Répondez mon Empereur, ici, on pédale dans la limonade ! Allo ! Al…

Il n’a pas le temps de terminer sa phrase qu’on entend gronder dans le lointain la moto de l’empereur. Une Harley Davidson qu’il conduit d’une seule main. Suivi de ses grognards motorisés en farandole, il trace un koridor au milieu des troupes ennemies qui, avec philosophie, battent en retraite.

La section 248 est sauvée. Le caporal Jablonovo est porté en triomphe.

 

Cochise, Khéops et moi

Il était une fois deux entrechats qui s’appelaient Khéops et Cochise.

Des entrechats me direz-vous, qu’est-ce donc ?

Eh bien, ce sont des entrechats et autre chose, on ne sait trop quoi.

La base est du chat, pour le reste, ça ne ressemble à rien.

Si l’on prend Khéops, il a un côté hiératique égyptien, ne présente que son profil si jamais il en a un, d’où son nom.

Cochise en revanche tiendrait plus des tribus amérindiennes, toujours prêt à scalper voisins voisines avec les griffes (véritables sabres) de ses monstrueuses pattes, d’où les tonnes de mercuro-chrome dans la pharmacie.

Convenons-en et vous en conviendrez avec moi allant même jusqu’à abonder dans mon sens : les gens sont méchants. Oui, très méchants « Hou les vilains ! » Ils ont la haine de la différence. Quand les objets de leur courroux sont ces petits êtres sensibles, presque sans défense, on ne peut que les condamner vivement.

Il y en a même que je ne nommerai pas qui ont essayé de les trucider soit avec un tournevis, soit par strangulation ou les deux en même temps tout en leur faisant des sourires.

Je disais que je ne les nommerai pas, ce ne sont pas les habitudes de la maison. Mais vous les reconnaîtrez dans les alentours car les entrechats n’en font pas (d’entrechats) et, comme un seul homme, ils se jetèrent sur ces assassins démoniaques, les mordant, griffant, éborgnant. Ils l’avaient bien mérité, mais je m’égare, la charité chrétienne demande le pardon des offenses.

Donc, ces deux petits choux, que d’aucunes mauvaises langues qualifieraient ‘d’à la crème rance’, véritables piles électriques s’en donnent à cœur joie dans leur domaine.

Outre le garage, je leur ai aménagé le jardin avec une jolie fontaine où ils peuvent s’abreuver, se laver et de temps en temps  cueillir délicatement un oiselet dont le gazouillis mélodieux leur signale que c’est l’heure du goûter.

Une petite remarque en passant, il me semble qu’il y a de moins en moins d’oiseaux qui s’ébattent dans la fontaine. Chardonnerets, moineaux ont disparu, perruches redevenues sauvages, tourterelles et pigeons ont a priori déserté les lieux. Pourquoi, je m’interroge encore.

Une gravière (également ma création) leur permet  de sécher leurs belles papattes. Petit coup d’oeil irsur l'horizon et direction les couvertures en mohair où ils peuvent faire une sieste bienvenue tout en observant la girouette plantée haut sur le toit qui leur indique d’où vient le vent et si le temps change.

Khéops a tendance à creuser le sol comme s’il voulait une concession minière. Je lui ai expliqué doucement que la loi l’interdit, que le sous-sol appartient à l’Etat. J’ai cru comprendre dans son langage qu’il n’en avait rien à cirer, que s’ils étaient des entrechats au minimal, bientôt ils perdraient leur taille mini mini et que je verrai.

Je verrai… J’ai vu…

Il faut que je l’avoue. Je suis le propriétaire des lieux, belle maison entourée d’un véritable parc.

Un jour, ces deux monstres, pardon, ces deux petits êtres ont débarqué de je ne sais où.

La solitude peut-être ? Je les ai adoptés, gardés, choyés, câlinés. J’aurais mieux fait de les noyer et de les enterrer au plus profond du jardin.

Quand je raconte que je leur ai aménagé le garage etc... etc. que nenni : ils s’en sont emparé !

Il n’a pas fallu longtemps pour qu’ils me fassent comprendre que c’étaient eux les patrons. Ils ont également précisé : « continue comme ça et tu feras office de girouette sur le toit »

J’ai compris, probablement trop tardivement à leur goût, car ils ont eu ma peau. Au propre comme au figuré.

Depuis je hante les lieux. Je sais qu’ils me voient, quand je passe devant eux, ils se jettent sur moi pour m’étriper. Trop tard, c’est déjà fait. Je ne suis qu’une ombre, un revenant qui traîne son ennui dans la maison.

Dépités ils retournent se coucher rêvant aux mauvais tours qu’ils pourraient jouer et à qui.

Esmaiaqui

 

PRESQU’UN SCENARIO

Les mots abondaient sur le post-it. Presqu’un scénario.

Venant de la cuisine un fumet de chou alourdissait l’atmosphère chargée de milliards de particules dansant sous le rai de la verrière, pixellisant l’ombre de Cochise, félin fantomatique au regard bleu électrique. Pour l’heure,  ses yeux étaient clos.

Un violent courant d’air, soudain, secoua la liane d’une hiératique misère envoyant ses stolons dans des entrechats désordonnés autour de la fontaine zen. Le jet fit un écart sensible, arrosant la paire de chaussures japonaises.

Plus tard, on trouverait le corps dans le garage.

Plus tard, la girouette serait à nouveau empannée au sud sud-est.

En bas du chemin se devinait la poussière émanant de la gravière en contrebas. Seules deux traces de pneus étaient imprimées à cette heure, là-bas.

L’horizon était lourd, partiellement masqué par les trois cèdres du jardin. 15 heures… Khéops était étalé sur le seuil de sa niche. Une tâche de mercurochrome salissait son pelage de loup. Tâches que l’on retrouvait sur quelques dalles minières du pas chinois minimal.

Le pseudo-inspecteur NICKS, impeccable dans son costume en lin et mohair, crut voir un revenant débouchant du garage. Surpris il sursauta avant de se fendre d’un gigantesque sourire à l’attention de Mrs ENYMORE . Certes, il la préférait debout et gracile.

Sa main laissa glisser dans son dos le tournevis ensanglanté.

Laissant approcher l’hôtesse, il n’eut plus qu’à happer, toujours souriant, et accompagner son corps qui convulsait à peine sous l’effet de sa strangulation.

La pendule avait remonté le temps…. Il n’était alors que 14h45.

Nic

 

ET UN DE MOINS

    Je vous parle un peu de ma vie d’infirmière et de celle de mon village.

    J'abonde dans le sens que mon petit chou Cochise est un chien robotisé, donc  électrique. Je suis obligée de le mettre en charge régulièrement, comme mon portable. Il sait tout faire même des entrechats. Quand nous passons devant la fontaine extérieure du garage, il ne boit pas. Il a peur des courts-circuits. Au-dessus de sa niche, j'ai installé une girouette, mais elle est figée pour toujours en direction de la gravière, au nord.

    L'horizon est coupé, par la haute et longue clôture du jardin de Khéops. Khéops c'est le surnom du doyen du village, quatre-vingt-seize ans.
    Hier, il est tombé de son figuier. il avait envie de figues. En tant qu'infirmière, j'ai dû le badigeonner de mercurochrome. Il était égratigné de partout mais il se consolait avec ses figues bien mûres.

    Notre petite bourgade, était une petite ville minière. Maintenant, tous les puits sont fermés, ainsi que beaucoup de maisons et de commerces, beaucoup d'habitants sont partis trouver du travail au loin.
    Elle survit au minimal. Il ne reste qu'une petite filature de mohair.

    Aujourd'hui, revenant comme tous les jours chez Khéops, pour ses soins, je le trouve à nouveau, sous son figuier. Il est encore tombé de l'échelle et râle comme un moribond. Le voyant comme ainsi j'ai eu envie de lui appliquer une bonne strangulation. Pour l'achever... Je me suis retenue à temps. Ouf !

    Il me fatigue ce vieux, têtu comme une vieille mule. Il me tue.
 
    En tentant de le relever, sous son corps presque inerte, un vieux tournevis tout rouillé est apparu.  

     Là... J'ai craqué. C'est très pratique les gants d'infirmière. Je lui ai planté le tournevis dans le cou.

    De toute façon, il enquiquinait tout le village, ce vieux avec son Alzheimer.
    
    Je suis rentrée tranquillement chez nous, Cochise a remué la queue. Je lui ai souri.

LYNDA

 

Pas de choux pour l’abbé Pierre

Je l’avais entendu dire. On m’avait dit « Tu vas voir la différence dès la première année ! N’hésite pas à en mettre beaucoup et tes légumes vont tellement abonder que tu seras obligée de les donner à l’abbé Pierre. » 

Moi, donner mes choux à l’abbé Pierre plutôt mourir !

Je remerciais Cochise, mon voisin de potager et me mis au boulot. D’abord construire au fond du jardin un bûcher. Quand il m’a vu Cochise, il m’a conseillé :

- Pour faire cuire deux côtes de porc et trois merguez, tu ferais mieux d’acheter un grill électrique ! 

- Mais de quoi je me mêle, j’y ai dit.

J’ai senti que je l’avais quelque peu vexé. Il a fait deux entrechats et a filé sans me demander le reste. Ni se laver les mains à la fontaine adossée au garage. Pourtant il est du genre maniaque l’indien ! Il est aussi très susceptible. Il ne vient plus au potager quand j’y suis. Et c’est pas pour me déplaire. Je n’ai pas besoin d’une girouette qui me tournerait autour pendant que je fabriquerais mon engrais.

C’est du boulot de faire soi-même des cendres bio en quantité quand on n’a pas de cheminée chez soi ! Aussi je me suis organisée. Deux fois par semaine je vais à l’ancienne gravière. C’est un endroit calme, pas foule à l’horizon mais régulièrement un pékin qui vient clandestinement récupérer gratos du gravier. Je sors mon flingue, celui que j’ai jamais rendu à la brigade quand j’ai pris ma retraite et je tire. Je suis un peu dans mon jardin quand je dois manier une arme. Un seul coup suffit. J’ai plus qu’à le mettre dans le coffre, emballé dans un linge comme Kheops. Sûr que parfois le drap se tache ; on dirait du mercurochrome. Mais je le passe à l’eau de javel en rentrant à la maison et ni vu ni connu.

Mais d’abord, au bûcher ! Je choisis pas mes partenaires, y a des gros, ya des minces, alors je dois approcher la voiture au plus près, allumer le feu et sortir l’individu du coffre pour le balancer sur le bûcher qui l’attend toutes braises dehors. J’ai toujours peur que le corps étouffe les flammes, ça fume noir. Quand l’affaire est faite je ressemble à une minière, je dois me débarbouiller au minimal à la fontaine, laver ma tignasse mohair. Je veux être nickel en revenant, pouvoir sourire à mes voisines.

Je pourrais utiliser la strangulation pour ma production de cadavres, je suis encore bien costaud pour mon âge mais je me suis planté un tournevis dans la paume de la main gauche. C’est pour ça qu’on s’est remis au tir.

Les cendres, je les épands sur le terrain. Aux beaux jours des choux, j’en aurais par milliers et pas un seul pour l’abbé Pierre !

 

 

 

 

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Publié le 14 Juin 2026

Proposition

Hélène couturier - Nationalité : France - Né(e) le : 29/07/1962

Hélène Couturier est un écrivain français, documentariste et scénariste.

En 1996, son premier roman, "Fils de femme", est publié par les Editions Rivages/Noir. Suivent "Sarah" (1997) chez le même éditeur puis "L’homme à la peau foncée" (2004) chez Joëlle Losfeld.

Hélène Couturier est une artiste dans l’âme, comme en témoigne l’œuvre de plasticienne qu’elle poursuit aujourd’hui, tant sur toile que sur céramique. Une œuvre où elle cherche par tous les moyens et supports à sa disposition à interpeller le monde. Elle est trop lucide et a trop d’humour pour s’imaginer le changer, mais telles les vaches aux faux airs de taureaux qu’elle représente sur ses toiles, elle part à l’assaut de la bêtise, de la violence, des idées reçues, de l’injustice. Dans un monde où le mantra est de « réussir sa vie » à tout prix, elle s’intéresse aux ratages, à la marginalité, aux faiblesses humaines, tellement plus féconds sur le plan artistique, tellement plus nécessaires aussi car sinon, ils resteraient hors champ. Les « success stories » racontent la surface. Les histoires d’Hélène creusent des sillons en profondeur.

D’après Babelio

 

En espérant que personne n’ait encore lu Un homme raisonnable, je vous propose d’aider Blandine Bianco à résoudre l’énigme qui s’affiche au premier chapitre du roman  d’Hélène Couturier :

«  Il y avait une chose qui échappait encore plus que les autres à la capitaine Blandine Blanco, pourquoi un homme était plus attristé que sa femme de la mort de l'amant de sa femme ? »

 

Les textes

 

Mort d’un amant

Comme dans la chanson de Renaud, Bastien était tranquille, était peinard, accoudé au flipper quand, l’amant de Sophie, son épouse bien-aimée, fut retrouvé les bras en croix, un trou au milieu du front. Jimmy, puisque c’était son nom, était étendu raide mort dans les vignes. Voilà ce que la capitaine Blandine Bianco venait de lui annoncer.

Terminée la petite vie de bohême que Bastien s’était organisé depuis que Sophie avait rencontré Jimmy, son nouvel amant. Les week-ends en Sologne, les balades avec le chien, les soirées foot avec les potes sans culpabiliser. Il venait de perdre son confort, son indépendance retrouvée. Enfin, avec Sophie, c’était compliqué. Ils se connaissaient par cœur, il avait du mal à la surprendre. Alors, il s’était satisfait à l’idée, qu’après ce passage, cette passade entre les bras d’un autre, elle lui reviendrait.

Bastien flippait à mort, la liaison de Sophie et Jimmy était de notoriété publique, il faisait office de coupable idéal. Ils s’étaient croisés l’après-midi du drame, Jimmy allait tailler les ceps et lui allait rejoindre ses copains pour les accompagner à une partie de chasse. Ils avaient la tenue réglementaire, le fusil cassé sur l’épaule. Quand la compagnie de perdreaux s’est envolée au-dessus des bruyères, ils avaient tous tirés. Quelques oiseaux avaient été touchés mais, apparemment, il y avait un effet secondaire indésirable. Des plombs s’étaient probablement perdus dans la caboche de Jimmy. Lui, Bastien ne tirait pas, il allait à la chasse pour marcher. Il n’avait pas de fusil, la capitaine Bianco pourra vérifier, pas de fusil !

Sophie était furieuse, dévastée et furibarde. Jimmy lui avait redonné confiance en elle, elle était redevenue belle et désirable et il avait fallu qu’il tue aussi celui-là. Pour les autres il avait utilisé le poison, mort aux rats dans un p’tit verre de vin et c’était réglé. Pourquoi tu l’as buté à la carabine ? Non, Bastien tu as vu sa tête, il y a plein de cervelle partout, c’est dégoutant !

Mais Sophie chérie, celui-là, ce n’est pas moi, je t’assure.

Josiane

Des millions

Le mari et l'amant ne s'étaient croisés qu'une ou deux fois. Le courant était bien passé. Accoudés au bar PMU du quartier, ils avaient d'abord échangé des banalités sur les bagnoles, la politique et les impôts, avant que les mojitos ne les poussent aux confidences. Le mari confessa son goût pour les jeux de hasard. L'amant surenchérit : lui aussi était accro au Bingo, au Millionnaire et à l'Euro Millions.

« Moi, je n'ai jamais rien gagné, soupira le mari.

— Moi, non plus, je… larmoya l'amant. Et pourtant, je joue toutes les semaines. Pour le plaisir, sans doute.

— Moi, c’est pour l’adrénaline », répliqua le mari.

Après un énième verre, une idée surgit : « Et si on remplissait une grille ensemble ?

— Chiche ! »

L'association fut scellée sur un coin de table. Ils se séparèrent grisés d'espoir, l’un déjà au volant de sa future Ferrari, l’autre plongeant dans la piscine de sa villa de rêve. Le soir du tirage, des dizaines de millions étaient en jeu. À la télévision, les numéros sortirent dans un silence à couper au couteau. Le suspense devint insoutenable avant le dernier numéro. Puis, ô miracle : le compte était bon. L'amant et le cocu s'effondrèrent dans les bras l'un de l'autre, se lançant dans une danse débridée jusqu'à perdre le souffle. La victoire fut fêtée à grands flots de champagne, offerts en tournées générales à tout le bistrot.

Mais un problème apparut : où cacher le précieux ticket tout le week-end ? Le quartier était au courant et le mari, déjà cambriolé par le passé, refusait de le garder chez lui. L'amant trouva LA solution : « J'ai un coffre à ma banque. Courons-y avant la fermeture ! »

L'affaire fut rondement menée. Chacun regagna ses pénates, l'esprit tranquille et la tête pleine de projets pharaoniques.

Quelques jours plus tard, l'amant mourut subitement. Le mari, déjà cocu, le fut une seconde fois : sa veuve, unique héritière, fit ouvrir le coffre et empocha seule les millions, au grand désespoir du survivant.

Alors comment ne pas penser à la morale de la fable de La Fontaine Le Chat, la Belette et le petit Lapin :

« C'est le sort de bien des projets :

Deux s'associent, triment et s'enivrent de succès,

Et vient un tiers qui, sans effort et d'un seul coup,

Met les plaideurs d'accord en empochant le tout. »

Jean-Paul Morro

 

Toi au paradis, moi en enfer

Ce matin –  la nécro du Midi-Libre – des décès à la pelle – un mort – Jules – je vacille. La salope ne m’en avait rien dit ! J’aurais dû m’en douter. Samedi après-midi j’ai senti le vent tourner. Je m’étais installé devant le match Toulouse / UBB – cannettes  dans la glacière à côté de mon fauteuil  – ventilo  dans la tronche – pieds sur la table. J’étais bien – même très bien – peinard – seul. Pas 10mn après le coup d’envoi, voilà la Peggy qui se pointe de retour du Lidl. Habituellement, ça lui prenait l’après-midi et une bonne partie de la nuit. Là – en 45mn – elle avait rempli le caddy – le coffre de la voiture – la table de la salle à manger – les plans de travail de la cuisine.

Elle ne m’a pas demandé de l’aider à vider la bagnole mais d’un ton sec, elle m’a fait comprendre en joignant le geste d’éteindre la télé à la parole qu’elle n’avait pas l’intention de dispatcher les courses aux quatre coins de la maison. Bon je me suis dit elle  me couve quelque chose, elle doit avoir de la fièvre et elle a annulé son rendez-vous avec Jules. Au fait, je vous ai pas dit : Jules c’est l’amant de Peggy. Non je reprends : Jules c’était l’amant de Peggy. Une histoire d’à peu près trois ans. Je sais. Elle ne sait pas que je sais. Pas besoin d’être détective pour découvrir qu’elle se faisait troncher ailleurs. Pour ma part ça m’allait plutôt bien. En 21 ans de mariage, j’avais fait le tour de la femme qui partageait ma vie. A part pour faire son tour de hanche, chez Peggy on ne risque pas de se perdre : Sous-tif 80 bonnets B, circonvolutions du cerveau pas plus grosses que celles des noix de Grenoble.

Donc Jules m’en débarrassait. Je lui en serai éternellement reconnaissant.

Mais qu’est-ce qui t’a pris, Jules ? Pourquoi m’as-tu abandonné ? Comme disait l’autre. Tu me laisses désemparé. C’est comme si j’avais perdu mon meilleur ami.

De là où tu es, tu l’as vu samedi ? Pendant que je rangeais les affaires, elle avait pris ma place – dans mon fauteuil – les pieds sur ma table  - sirotant mes bières elle regardait Drucker sur ma télé.

Tu es monté au paradis, Jules – pour moi, c’est la descente en enfer.

J'ai perdu un ami

J'ai perdu un ami,  mon meilleur ami,  c'est toujours comme ça, les femmes partent avec le meilleur ami,  il était bien un brave gars, je le connaissais depuis le lycée, la terminale  ou notre premier boulot, peut être que c'est sa sœur qui nous avait présentés dans une boum, comme on disait à l'époque, un chouette gars pas toujours souriant mais toujours présent pour donner un coup de main. Ah oui, je sais donner un coup de main. L'expression est mal choisie,  mais moi je n'avais aucun intérêt, voyez Capitaine, je ne sais pas exactement quand ils sont devenus amants mais j'ai compris à de  légères connivences des yeux qui parfois brillaient ensemble ou parfois se fuyaient. Capitaine, que vais-je devenir ?  Je suis un veuf en amitié, en amour. Au moins je la savais heureuse et de plus je savais où elle était,  j'aurais pu faire comme Cheval : Monsieur passez-moi ma femme ou simplement Passe-moi ma femme. Mais non, chérie, tu oublieras pas de … Nous étions heureux, moi au rugby, elle au pieu, moi au rugby, elle et lui faisant les magasins.

Au pieu, je pouvais ronfler à tuer les mouches à tue-tête. Ah non ! Tu ronfles trop fort, va dormir en bas. C’est moi qui le plaquais parfois, il courrait pas assez vite, nos corps sous la douche. Il ne faisait pas assez de sport mais je comprenais ma femme,  pourtant je ne posais pas de question. Une question, elle aurait compris que je savais, c'est des choses qui arrivent même dans les meilleures familles  et puis si chacun est heureux il y a quand même des choses plus graves, on dit ma femme mais la femme est libre. Donc elle savait que je savais. Les femmes, Capitaine, elles savent tout. Par exemple ma mère, il était impossible de lui mentir. Elle était pire que le mentaliste, un vrai Colombo,  peut-être comme vous, Capitaine, vous ment-on ?  Et maintenant que vais-je faire ? Il va falloir que je trouve un remplaçant… au rugby bien entendu.

Eric

 

L'AMANT

         Mais, pourquoi êtes-vous si triste à l'annonce de la mort de l'amant de votre femme? Vous devriez plutôt vous réjouir. Demanda l'inspectrice Blandine Blanco, à l'homme complètement effondré en face d'elle.

         Mon Dieu! Vous ne pouvez pas comprendre, madame l’inspectrice. Maintenant comment vais-je faire, sans Pierre Detaille, mon meilleur ami.

         Il est... il était l'amant de ma femme Lison, depuis belle lurette. Je crois même qu'il était déjà avant même notre mariage. Nous formions un trouple comme on dit maintenant. Très heureux de la situation.

         Grâce à lui, je suis père de trois magnifiques enfants.  Je suis stérile. Le seul inconvénient, c'est qu'ils sont tous métissés, alors que moi et  ma femme nous sommes plutôt pâles de peau. Je les aime comme si étaient de moi. Ils sont tellement  adorables mes trois petits bouts.

         Pour ma femme, je me fais pas de soucis. Belle comme elle est, elle se trouvera rapidement un remplaçant. Vous savez , moi, le sexe, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Certes, c'est agréable, mais pas trop souvent, pour mieux savourer.

         Pour Lison c'est plutôt le contraire. Elle aime ça, et beaucoup même. C'est une gourmande.

         Maintenant, je suis seul, tout seul. Vous pensez que le prochain amant de ma femme, acceptera de jouer à la bataille, au Monopoli, qu'il m'aidera à faire mes puzzles, ou mes coloriages pendant des heures.

         Personnellement,  j'en doute beaucoup. Même mes enfants refusent de jouer avec moi depuis qu'ils ont dépassés l'âge de cinq ans. Ils préfèrent leurs téléphones.

         Mon Dieu que vais-je devenir. Pourquoi on l'a tué ce con de Pierre. Vous connaissait la réponse, vous? Que mes soirées vont être longues... longues… Quelle MERDE cette mort !

LYNDA

 

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