Publié le 21 Juin 2026

Proposition 

PROLEGOMENES ET COLOPHON

Nous sommes deux humains dont l’un est un philosophe un peu con et l’autre un con un peu philosophe. En somme, deux conosophes !

Nous avons écrit ce livre pour jouer et jouir avec notre propre connerie et corroborer l’affirmation de Georges Pompidou, qui, à une question sur l’affaiblissement culturel général avait répondu : « voici venu le temps des conosophes ».

Genre littéraire : Essai

Bernard ne devrait plus tarder à me communiquer le textes de la proposition ! Bernard, si tu me lis !

En attendant voici les définitions

Prolégomènes : subst. masc. pluriel. – Longue introduction placée en tête d’un ouvrage, contenant les notions préliminaires nécessaires à sa compréhension.
− P. anal. [Dans un exposé oral] Préambule, explication préliminaire, entrée en matière.

Le mot « colophon » vient du grec ancien : un achèvement ou un couronnement. Popularisé par les humanistes de la Renaissance, il désigne la note finale d'un manuscrit, puis d'un livre imprimé, l'ours étant la déclinaison du colophon dans les revues.

Les Textes

 

PROLEGOMENES

 

Avant ma naissance,

La vie était ou n’était pas un long fleuve tranquille !

Mon père était un coureur de jupons, macho et collectionneur de jolis cœurs qu’il brisait sans regret. Engagé dans la marine, il fit chavirer plus d’un.

Né d’un père très catho, pratiquant l’abstinence jusqu’au mariage, mon père sera le second et dernier fils.

Sa mère, bonne vivante, belle et plantureuse, travailleuse et peu maternelle, mettra un terme au 3ème qui ne vu pas le jour grâce à une paire d’aiguilles à tricoter !

Ma mère, la dixième d’une fratrie de 11, a nourri jalousie et rivalité toute sa vie.

Entre un père coco et légèrement alcoolo, parti trop tôt et une mère invalide et diabétique. De ce côté-là, nous sommes plus à l’image de la famille Groseille qu’à la famille Duquesnois représentée elle, par celle de mon père.

Décembre 1965, ma mère accompagne une de ses sœurs à un bal de fin d’année, entourée de deux de ses frères. Mon père nous dira son évidence et son coup de foudre. Ma grand-mère, sa mère m’avouera qu’il avait bien hésité avec une autre... Mais c’est un secret !

31 mai 1966, les noces sont célébrées. Pépé est enchanté et si persuadé que le sexe prénuptial n’a pas été consommé ! La fornication est un péché, c’est pépé qui le croit … Il croit tellement pépé !

Automne 1967, Saint Mandé appartient encore à la ville de Paris, chaussée de l’Etang, ma mère donne naissance à un fils, son fils.

1968, une année de révolution où mai aura marqué son temps puis août fécondé maman ! A la pilule autorisée depuis 1967, mes géniteurs ont été joueurs et en préférant la bonne vieille méthode des températures « Ogino » couplée du « sauter en marche ». Ce qui donna lieu à une conception impromptue ! Un véritable échec … la preuve nous sommes beaucoup à en être la preuve vivante !

Printemps 69, les cloches sonnent et mes premiers cris se font entendre, chaussé de l’Etang, cette clinique de Saint Mandé qui depuis a été cédée au Val de Marne.

Avant ma naissance, il y a aussi cette femme, mon arrière-grand-mère paternelle, Agnès, au visage flétri des femmes de la terre et aux mains robustes et lestes, qui avait pour moi tendresse et égards. Elle fut ma référence et mon ancrage.

A ma naissance et pendant longtemps, ma mère m’a souvent dit qu’on m’avait échangée à la clinique … Tiens, ça me rappelle un film ! 😉

COLOPHON

Le Colophon de ma  naissance

D’une naissance non souhaitée,

De mauvaises rencontres attirées,

De ces épreuves de vie,

Se relever grandi,

Quelques souvenirs s’effacent,

D’autres refont surface,

le temps passe,

Et de vous, plus de trace.

MarieC

 

PROLEGOMENES

Cela se faisait beaucoup, il n’y a pas si longtemps.

Le premier fils était confié aux grands-parents pour leur servir de bâton de vieillesse.

À dix ans, aîné d’une famille déjà forte de cinq frères et sœurs, il avait été installé dans une petite chambre juste au-dessus du poêle à charbon, afin que la chaleur montante lui évite les frissonnements de l’hiver. C’était le seul luxe qu’on lui avait offert : une couette en plumes et un pot de chambre, pour qu’il n’ait pas à descendre la nuit quand lui prenait l’envie de pisser.

Quelques heures à l’école du village, avec au loin la perspective du certificat d’études — dont son grand-père disait que c’était « bon pour les fils de riches ».

Puis le jardin.

Parce qu’à dix ans, on peut déjà être utile : glaner les patates, ramasser les haricots verts, et tout le reste.

Bon sang que la terre est basse.

De temps à autre, la ducasse. Les pommes d’amour qui rendent les lèvres rouges comme celles des filles. Les mâts de cocagne enduits de savon noir. Et les parties de foot où les fils de riches avaient un avantage : eux avaient des chaussures à crampons.

À quinze ans, le travail à la fonderie. D’abord arpète, pousseur de brouette, payé à la tâche. Puis, avec les muscles naissants, démouleur dans le rougeoiement des fourneaux, les brûlures, les fumées et les collègues de travail.

Et puis, très vite, les enterrements.

D’abord mémère, emportée par une grippe mal placée. Puis pépère, vaincu par une douleur de poitrine et un paquet de gris par jour.

C’est la vie.

Débrouille-toi, tu en as l’habitude.

L’émancipation à seize ans.

Et les auto-tamponneuses des Radiocars, un jour de décembre, juste avant Noël. Il pleuvait.

Lui était dans la rouge.

Elle, dans la blanche.

Il l’a tamponnée.

Elle a souri.

C’était un soleil en jupe plissée et socquettes tricotées.

Il avait seize ans.

Elle, dix-sept.

Depuis mon nuage, j’étais aux anges.

Alors j’ai contacté la cigogne.

Par chance, elle était libre le 7 octobre exactement.

L’annonce aux parents.

La colère du père.

Le mariage discret — pas en blanc, bien sûr.

Le lit et le berceau fabriqués dans le garage.

Et la petite chambre du fond, celle qui servait de débarras, repeinte en blanc.

La ville s’appelait Chauny.

Ça ne s’invente pas.

Quand même…

À quoi ça tient, soixante-six ans plus tard, d’écrire les prolégomènes d’une histoire de vie, tout en se préparant, si possible, à colophoner encore un peu ?

Je vous le dis sincèrement :

Vivent les auto-tamponneuses.

 

COLOPHON

Mesdames et Messieurs,

Nous voici réunis pour rendre un dernier hommage à Alain Bertin, mort dans sa cent vingt-deuxième année d’une crise d’acné foudroyante.

Au terme de cette cérémonie — et conformément à la volonté du défunt — un apéritif sera servi dans le hall du crématorium.

Je vous en prie… restez assis.

Ce n’est pas encore maintenant.

Nous allons tout d’abord écouter un texte écrit par le défunt lui-même.

Je demanderai à Madame Monique de bien vouloir s’approcher.

Monique, encore vaillante, s’avance.

Enfin…

Elle ne va pas tarder à s’avancer.

Encore quelques pas.

Voilà.

Ah non.

Elle a fait demi-tour.

L’appariteur intervient :

— Veuillez la réorienter, s’il vous plaît.

Voilà, cette fois, elle y est.

— C’est à vous, Madame.

— Oui, oui… le texte…

Monique sort lentement ses lunettes de son sac.

L’animateur s’impatiente un peu :

— Allez-y, Madame, il y a d’autres morts qui attendent.

Monique se racle la gorge.

— Excusez-moi… un reste de bronchite.

Puis elle commence :

— Je suis né nu phare un jour sous une belle étoile…

Elle s’interrompt.

— Excusez-moi… quelqu’un a un stylo ? Il n’a même pas mis d’accent au « e » d’étoile.

Déjà à la fabrikulture, il écrivait comme un cochon. C’était plein de fautes.

Ah, les jeunes d’aujourd’hui…

Et ce style !

« Né nu phare »…

N’importe quoi.

À l’époque, on acceptait vraiment tout le monde à l’atelier d’écriture.

Monique replie le texte avec application.

Relève la tête.

Regarde l’assemblée.

Puis demande :

— Bon… ça suffit comme ça, la littérature.

Quelqu’un a parlé d’apéro ?

AlainB

 

PROLEGOMENES

Montauban, une ville rose comme Albi et Toulouse. Un fleuve qui roule ses bosses entre le pont vieux et le pont neuf à l’ombre du musée Ingres. Deux familles parmi tant d’autres qui habitent au Treil, un quartier dans le bas de la ville, non loin des rives du fleuve. Des maisons basses, des petits jardins. Les Lacoste y vivent modestement. René, mon grand-père paternel quitte le foyer familial dès qu’il est embauché au Gaz. Pépé René se marie avec Anne et achète une maison rue des doreurs, dans le haut de la ville. Ils ont trois enfants : Guy, Raymond, mon futur papa et Simone. A la mort d’Annette, pépé épousa Suzanne sa jeune belle-sœur qui  deviendra la marâtre. Les Élisca restent au Treil. Pépé Jojo et mémé Hélène, qui suite à un cancer sera amputée d’une jambe, élèvent leurs 4 filles : Madeleine, ma future maman, Jeanine, Marie-Thérèse et Bernadette et le petit garçon tant de fois espéré : Germain.

Comme le bouquet d’un feu d’artifice, chacun gicle des cocons pour construire sa vie à Montauban mais aussi en Gironde, en Algérie, en Allemagne...

Raymond, e zazou brun aux yeux bleus épousera Madeleine dans la sacristie de la cathédrale : elle est catholique, il est protestant, ils n’ont pas droit aux fastes du chœur gothique.

Raymond est boulanger. Mado est destinée à être maman, un point c’est tout.

Raymond va vouloir assurer des revenus plus importants et surtout plus sûrs : il entre dans la 7ème Compagnie de Sécurité, installée à Montauban, en tant que cuistot. Beaucoup de déplacements cependant mais des retours qui se concluent souvent par des naissances : Michèle en 45, moi en 48...

 

COLOPHON

Et pour moi, la vie a commencé, avec des petits nouveaux et tout le reste.

Claude en 52 et Daniel en 56.

La guerre d’Algérie passe par là et menace de nous priver un jour ou l’autre de notre papa qui postule pour entrer dans la police nationale. Sa mutation nous conduit en 1960 à Beauvais.  etc.

Au moment de boucler cet ouvrage, j’espère avant tout ne pas avoir « pesé aux écoutants » ! Vous venez de vous farcir 348 pages sur mes 77 ans de vie sans jamais rencontrer de Légion d’Honneur, de prix Nobel de la Paix ni de prix Goncourt, alors je dis chapeau ! Je salue ici votre constance. Je sais que certains d’entre vous, lecteurs chéris, ont maintes fois piqué du nez en lisant ces mornes lignes, certains ont dû même abandonner, d’autres ont même pensé : Quand est-ce qu’elle va crever, la vioque ? Tout ça, je l’entends et je ne jette la pierre à personne, soyez-en certains.

Je tiens aussi à remercier mes parents pour la belle vie qu’ils m’ont donnée. A m’excuser auprès de mon père qui aurait tant voulu que je signe Lacoste le mémoire, intitulé Le Pays mauriacien, rédigé à la fac des lettres de Montpellier. Je tiens aussi à féliciter André, mon unique mari qui a eu la patience de supporter mes manies et mes enfants et petits-enfants pour leur humour et leur droiture.

Je ne veux pas oublier dans ce colophon le rôle de la lecture et de l’écriture qui m’ont conduite à rencontrer tout le monde, des gens brillants, des Caunes, j’en passe et des meilleurs.

 

PROLEGOMENES

Mardi, nom de Zeus on remonte le temps pour Bernard Mathey allez zou !

Avant ma naissance, mon papa, agent SNCF vendait des billets de train au guichet de la gare de Réhon (54) et il poinçonnait les billets aussi comme celui de maman qui elle tous les matins prenait le train à Réhon pour aller à Longwy travailler chez un chapelier de Longwy bas chez un chapelier de Longwy-bas…et voilà  

Papa a invité ma future maman au cinéma à Longwy bas il lui a payé le train, le cinéma et une menthe à l’eau au buffet de la gare et un certain temps après le mariage des parents mon frère ainé est né, ; puis voulant une fille, ils ont remis çà et ce fut moi en janvier 1954 le 2° de la fratrie. Évidement je suis né à Longwy haut dans la maison familiale située dans la cité SNCF avec l’aide de la sage-femme attitrée à la famille Mme Nickels ‘une dame belge il me semble.

 

COLOPHON

Livret de famille, photos faites par papa avec souvent un mauvais cadrage trop à droite, trop à gauche, papa coupe parfois les têtes, et parfois les jambes sur les photos…le plus fino ce sont les récits de ma grand-mère qu’on appelait mémère et les histoires de famille racontées par mon papa quand je fus ado.

Mémère chez qui j’allais tous les mercredis pour midi et je déjeunais avec elle …elle me faisait du lapin aux champignons avec des pommes de terre rôties ou encore une blanquette de poule avec du riz pilaf et elle me racontait la famille, les aventures de mon père, de mes oncles et de mes tantes

Car nous n' étions que tous les deux, mon grand-père était soit à l’usine, soit au jardin pour la journée, mon pépère ne déjeunait pas avec nous car disait-il : « Je n’aime pas les ragots* ! » …

*Les ragots tels que celui-ci : Mon oncle Gérard, gardien de but dans l’équipe de foot locale, courrait les filles et se débrouillait plutôt bien ! Résultats : une fiancée différente chaque mois….

Ou encore celui-là : Mon oncle Clio qu’on appelait le rital travaillait dur pour son entreprise le jour et il allait pointer à l’usine la nuit et au lieu de bosser, il allait dormir sur un paillasse, couvert pour le contremaitre, par ses frères qui se relayaient à la pointeuse.

Ce sont des vrais ragots, vous aviez bien compris.

Rab34

 

PROLEGOMENES

Petits ou grands. Soyons reconnaissants,  chaque prolégomènes rencontre un jour  son colophon.

Du fond de l'existence la vie mène sa  danse, la mienne étant dedans déjà.

Crèvecoeur n'est pas un village, mais dans la Normandie pas trop profonde. Les routes de l'été sont belles en cette année non loin de l'après-guerre en 1947.

Les horribles choses des après combats sont partis là -bas, plus loin,

Bien plus loin que l'horizon des arbres qui bordent la route qui mène à Crèvecœur.

D'où venait ce nom bordé de roses et d'épines?

D'où venait cette absence de tiret,  Entre crève et cœur?

Un autre combat a-t-il eut lieu bien après la route, là- bas près de l'église?

Et derrière le tournant qu'y avait-t-il qui aurait pu échapper au futur?

Mais rien que des cheminées saluaient la route qui serpente.

Rien que du normal, tranquille et salutaire.

Tout était  sous un ciel bleu dégagé des orages et des soucis de l’époque.

Une époque, c'est une manière de se retrouver dedans: on la nomme, on l'examine, elle nous ressemble.

Moi je ne ressemble à rien, mais tout de même! Cette route m'a fait quelque chose, je dirais plus, elle a fondé ma propre vie.

C'est égal.

Il faut tout raconter de cette route pour comprendre, et savoir

Ce qu'elle a fait à mes parents. Jeunes et beaux, héritiers de 1936 : la France en shorts et paletots. La France en galoches et chaussettes, tricotées mains. Leurs cheveux crantés dans l'odeur de brillantine et l'absence de ces choses crasseuses et malséantes qui courent les talus de maintenant, transforment les anguilles sous  roches et oublient la courtoisie brulée par  les moteurs.

C'est égal les oiseaux chantent, et les vélos s'avancent à vitesses presque égales.

Soudain s'avance un désir cruel de rustine: la jeune femme a crevé son pneu avant !

Ne sommes-nous pas à Crève - cœur ?

Navrée, elle descend du vélo et contrôle le désastre, puis  s'assoit sur le talus a côté de son vélo couché.

Il est quatre heures.

L'ombre garde encore les troupeaux mais pas les hommes.

Elle le sait. Elle a dix-neuf ans, et ne sait pas grand-chose de la vie des hommes là-bas qui ont dû aller sur le front.

Elle brûlait il y a peu son énergie en pédalant de toutes ses forces  vers Crèvecoeur et l'endroit frais de la maison n'est pas  tout proche, mais elle voit encore  le clocher en contrebas sur la route.

Une ombre mobile soudain s'avance.

Et cette ombre lui parle souriante.

Il est avenant cet instant. Il est tentant ce moment à l'aplomb et l'ombre  qui faisait du vélo aussi s'est arrêtée brusquement.

Et cette ombre parle. Jeune et fraîche,

" Vous voulez de l'aide mademoiselle?"

La route avait ce qu'elle voulait. Qu'ils deviennent mes parents !

L'ombre était belle et brune comme un beau jeune homme!

Il l'a trouvait belle, elle aussi.

La maison fut vendue. Le clocher a disparu, Paris a remplacé le décor.

Pour eux s'aimer n'est pas difficile.

Et se marier était l'air du temps.

Il décida de partir avec elle à Tanger, y firent leur première enfant. Et moi la deuxième , je garde le souvenir des haltes à Sète, au passage des allers et retours. La ville de mon premier orage dans le ciel. Et plus tard. Lorsque Tanger s'éloigna de leur vie. Remplacée par d'autres désirs, Sète resta  comme un phare dans ma vie.

Crèvecoeur et Sète, ont un point commun : la route des voyages.

Le midi au cœur de chaque voyageur n'est pas qu'une halte, le midi est partout dans les couleurs de ma vie. Même dans le nord plus austère et noir  parfois, je garde la nostalgie des rigueurs du soleil, à la place de mes parents je marie la Normandie avec l'autre versant du sud, et au beau milieu a grandi ma vie, l'existence,  la retraite des soleils.

Le futur enveloppé dans une bouteille peut -être jetée loin sur  la mer.

 

COLOPHON

On ne termine pas son existence comme on la  finit : AAH !...

On m'a peut-être crevé le cœur mais je me suis faite à cette planète!

La vie est comme une montagne à gravir: monter au sommet puis en re-descendre.

C'est un ascenseur émotionnel dont il s'agit. Celui des jours marqués par les désirs, les vœux, les absences. Toutes choses humaines  certes bien comprises...

On ne  se fait pas en un seul jour. Et l'on nait plusieurs fois. Ah ?

Oui, naître à soi-même vient sur le tard. Et ce tard vient comme une récompense que l'on n'attend pas dans un paysage paradoxal, car nouveau. Aah !

Tout le temps voir naître et mourir. Tout le temps tapisser la chambre des métiers et refaire des parcours, puis s'adonner à ses passions!

Écrire le pied au plancher sans volant Aah!

Ou bien se promener sans aucune pensée car cela ne fait aucun mal à personne. Aah !

La prudence est un colophon ; je dirais plutôt un siphon spécialisé:  le fond de l'évier où tout disparaît. D'une fausse évidence nait l'erreur. Et la vie le sait bien. Elle. Ooh !

On ne rate pas le plaisir on l'appelle. On ne rate pas le bonheur on le convoque. On ne rate pas sa mort, on l'attend. Eh bien !

Convoquée par la vie de mes prédécesseurs. Ouh !

Avec l'eau à la bouche. L'eau des croyances têtues  et hasardeuses. L'eau croupie dans les oublis volontaires... tristement...

Et puis le reste, tout le reste. Salutaire. Car nouveau et inventif, chassé des Hespérides?

Venu de tous les pays que je ne connais pas. Enfin Pas encore.

Programme:

A rajouter  dans une autre vie. Pour espérer renaître, prendre le véhicule unique de tous les enseignements de la vie. Une vie ? Oui.

Dangereuse, excitante. Paradoxale. Et mystérieuse de ne pas mourir.

J'espère  bien vivre jusqu'à cent ans,

et sourire  vraiment devant mon gâteau d'anniversaire.

Chiche !

Solange

Prolégomènes

Un matin faisait-il beau à 08h ? Zéro zéro. Il fallait embrayer la sonnerie de l'usine chacun à son poste, ouvrir les livres comptables dire bonjour au chef tâter son humeur z son regard serait-ce aujourd'hui le bon jour pour demander la permission de sortie, un bon de justification qu'il faudrait transmettre au service du personnel "bon accordé ", ou pas, il faudrait rester positif regard droit comme à l'armée, mon adjudant faire les bons de cantine, reporter les prix les quantités, diviser par le nombre de soldats, les carottes sont cuites, je pense mon adjudant qu'il serait plus intéressant de prendre des carottes crues d'autant que nous avons des trouffions de corvées pour les éplucher oui mais aurons-nous des carottes toute l'année à un prix intéressant  je vous le demande. En allant porter le bon de sortie je rencontre une petite brune qui me sourit, elle est très souriante était-ce vraiment à moi ? Je suis grand gauche soldat de deuxième classe bientôt 2ème adjoint responsable du bureau qu'est-ce je raconte tout va trop vite dans ma tête je rougis déjà une petite brune devant moi à la sortie à 17h30 elle était là, nous étions 300 à l'usine et... elle là devant moi, la sonnerie nous invitait à sortir pour revenir le lendemain comment était-ce possible il devait y avoir maldonne elle avait choisi, elle raconterait plus tard qu'elle l'avait vu dans le bus dans la rue, à ce moment-là le quartier était normal c'est à dire  que Paris ce Paris n'était pas grand entre le Rex et la porte St Martin c'était un village les marchands des 4 saisons criant leurs prix le rémouleur le vitrier, le carreaux du temple où les femmes espérant quelques... la vie ... allaient danser.

Publication anonyme

Colophon

Je dois, Il faut, remercier en premier le Club des cinq puis Marcel Pagnol puis un peu Anatole France, Guitry, en 1996, je crois, Sollers à partir des années 2000, j'ai toujours eu un livre d'Annie Ernaux puis de Angot et puis d'Edouard Louis et l'an dernier un livre de Philippe Vilain voilà tous les gens en dehors de mon père qu'il faut remercier. Il a été tiré 200 exemplaires sur papier vélin et tous les droits de reproductions doivent être demandés à Mô qui saura défendre mes intérêts pécuniers. 

Le même

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Publié le 20 Juin 2026

Nuit et jour

La Salle Izzo de Frontignan expose et nous propose de venir écrire à propos - La Fabrikultue remercie le service culturel de la ville pour ses propositions qui nous permettent de toucher à tout ou presque !

Nuit et jour, autopsie d’un groupe de presse sensationnaliste dans l’après-guerre

Conçue et réalisée par deux enseignantes-chercheuses, Marie-Eve Thérenty et Amélie Chabrier, et des étudiant.es du Master MLE de Montpellier et du Master Fiction de Nîmes, cette exposition augmentée proposait, dans le cadre du Festival International du Roman Noir, une plongée dans la société des années 50 à travers trois magazines : Détective (faits divers), Radar (images chocs) et Rêves (romans-photos sentimentaux).

 

 

 

 

Proposition 1

Partir sur les traces du crime pour en faire surgir peut-être un futur thriller.  Le fait divers retenu : Avignon de nos envoyés spéciaux – Regards vers le passé. Lecture de l’article.

Faire apparaître dans le texte les éléments trouvés sur la scène du crime : Un foulard, un ticket de tramway, un tatouage (une image vaut 1000 mots), une médaille protestante, un morceau de câble électrique, une ceinture rustique.

Les textes

 

Merci pour l’idée !

 

Ce mardi, à l’atelier d’écriture y avait pas un chat, juste Alain, Bernard B, Éric, Krikri et moi.

Un individu a passé la porte du local de Châteaubriand. Il était blanc comme un Picpoul de Pinet, vieux comme un dinosaure. Il a jeté un regard circulaire et a dit : Ils sont où, les autres ? J’ai répondu à la pêche. L’homme a souri.  Je l’ai invité à s’asseoir, loin de moi, à cause de l’odeur.

C’est Alain qui lui a posé la question :

- ,Vous cherchez quelqu’un ?

- Quelqu’un pas vraiment, je sais où il est, c’est pas ça, le problème. Je cherche surtout un nom.

Pour rigoler j’ai voulu rendosser mon habit de prof de français et j’ai plaisanté :

- Un nom propre ou un nom commun ? Nous des noms on en a plein, vous voulez faire un logo rallye ?

- Je sais pas ce que c’est votre logo machin. Moi, ce que je cherche après 69 ans, c’est le nom d’un gars.

- Un habitué de cet  atelier ?

- Non pas du tout.

- Quelqu’un de votre famille, un ami ?

Krikri s’était levée pour aller chercher l’apéro dans la salle d’à côté et a proposé un verre à notre visiteur.

- Vous êtes bien aimable, mademoiselle. Je sens que je peux vous faire confiance. Je vais vous dire une chose que je garde sur le cœur depuis trop longtemps. Le nom que je cherche c’est celui du gars, au visage tatoué d’une croix huguenote,  que j’ai eu le malheur de croiser le 14 décembre 1957 alors que je pêchais la truite à Avignon. Ça piquait, j’avais déjà remonté 5 belles pièces quand il est arrivé. Il a commencé à me poser des questions, à me casser les bonbons. Moi, je suis un taciturne, un solitaire et quand je pêche je supporte pas qu’on m’emmerde. Il arrêtait pas, impossible de me concentrer sur mon bouchon. J’ai senti la colère me gagner. Il fallait que je le fasse taire. Alors j’ai hésité entre le foulard, le pétard et le fil électrique. J’ai toujours ce qu’il faut dans ma musette. Je me suis approché de lui, je l’ai chopé par son bandana , je lui ai donné une chance de se taire en lui serrant le Kiki, mais il continuer à me demander quel était l’appât que j’utilisais. Comme si j’avais envie de lui livrer mes petits secrets. J’ai senti que la strangulation allait me prendre trop de temps, d’autant plus que sur mes 3 lignes, deux bouchons étaient en train de plonger. J’ai mis la main dans ma musette et j’ai sorti le flingue. J’y ai tiré deux balles dans la tronche. Il s’est planqué dans les rochers. Je suis allé récupérer mes deux truites qui s’impatientaient

Après je lui ai fait les poches, au macchabée : aucun papier sur lui. J’ai pensé que j’en apprendrais plus sur lui le lendemain dans le canard ! Que dalle ! Depuis je cherche à savoir.

Il but cul-sec le verre de muscat que lui avait servi krikri, il se leva, se dirigea vers la porte et se retourna :

- Et vous, vous le connaissiez, le gars ?

Nous on ne le connaissait pas mais on avait un bon sujet d’écriture pour la soirée.

 

Fait d'hiver

Jean Tique descendit de l’omnibus. Le voyage n’avait pas été long depuis le centre d’Avignon. Il remonta le col de son pardessus et rajusta son écharpe. L’hiver s’était installé depuis déjà quelques semaines dans cette partie du Vaucluse, et la proximité du Rhône accentuait encore la sensation d’un froid glacial.

Jean souffla dans ses doigts pour tenter de les réchauffer un peu. Puis il se dirigea d’un pas vif vers le fleuve tout proche. Depuis qu’il avait reçu, l’avant-veille, le message de sa sœur Catherine, il ne parvenait à penser à rien d’autre.

En marchant, il ressortit pour la centième fois le bout de papier gris de son portefeuille et le relut rapidement. L’écriture était fine et soignée :

« Cher Jean, à force de fouiller la maison, j’ai enfin trouvé ce que nous cherchions. Maman avait pris toutes les précautions pour que personne d’autre que toi et moi ne puisse découvrir l’objet. Tu ne vas pas me croire, mais c’est grâce à ton tatouage que j’ai réussi. Je t’expliquerai cela.

Retrouvons-nous où tu sais ; nous déciderons ensemble de la suite.

Je t’aime, mon frérot. »

C’était signé Catherine.

Jean remit le message dans sa poche et accéléra encore le pas. Son mètre soixante pour cinquante kilos ne l’empêchait nullement d’avancer d’un rythme soutenu. D’un geste machinal, il effleura la croix huguenote suspendue à son cou. Ses prières avaient peut-être enfin été entendues. Si tout se passait comme prévu, ils pourraient bientôt profiter pleinement de la vie.

Déjà, son imagination s’emballait : il se voyait donnant des ordres à ses employés, au milieu de voitures rutilantes et d’un luxe auquel il n’avait jusque-là jamais osé rêver.

Jean rejoignit les berges du fleuve. Le Rhône roulait une eau lourde et grise. Un brouillard bas effaçait presque les contours de la rive opposée. Il croisa quelques pêcheurs qui, malgré le froid mordant, avaient installé leurs lignes le long de l’eau sombre. Encore une centaine de mètres, et il reconnut le renfoncement ainsi que la petite patte d’oie où, enfants, lui et Catherine avaient appris à nager.

L’endroit était désert.

Il s’installa sur l’un des rebords de ciment de l’ouvrage et sortit un paquet de tabac à rouler. Il n’eut pas longtemps à attendre.

AlainB

Il a passé et même plus

En 1957 il n'y avait pas encore l’ADN, si seulement si...  nous aurions pu analyser sa main, était-il comme on dit maintenant défavorablement connu de la police ou était-ce une mauvaise rencontre, il aurait suivi quelqu'un ou quelqu'une,  d'aucuns prétendent qu’il aurait s’agit d’un dérèglement politique,  car voyez-vous monsieur,  rappelez-moi votre nom,  dites : oui Monsieur le commissaire à la fin de vos phrases ou plus simplement oui monsieur le commissaire.

- J'ai compris.

- Écoutez-moi. Voyez-vous Monsieur à notre époque tout est politique,  la position de son corps tendait, elle, vers un futur désormais disparu. Le ticket indiquait qu'il avait pris le retour désormais perdu, un achat pour rien, peut-être que je pourrais récupérer le ticket : Avignon cité des papes des ponts. Nous ici, dans l’intramuros, on ne prend pas de ticket donc c'était un étranger, qu'avait donc cet étranger comme étrange idée de venir se faire tuer ici chez nous,  peut-être qu'il trouvait cela drôle,  ce drôle qui était venu se faire descendre sur le Rhône, on avait déjà assez de travail avec nos crimes pour en rajouter.

- Il ressemble à un gardien de but dit le préposé,  et bien ces balles-là il n’aura pas su  les arrêter.

- Vous trouvez ça...où ?

Son foulard était peut-être un indice, peut-être qu'il était descendu,  on peut voir un tatouage, ici un début de rébus,  je me  rappelle un roman où l'auteur prétendait que ce qu'on voit avant de partir reste gravé sur la rétine. Il faudra que je m'exerce. Derniers instants de vie, derniers soupirs. Il n'aura pas eu les sacrements de sa médaille.

C'est quoi, Monsieur le commissaire, cette médaille ? On dirait une broche...  je sors d'une rêverie...  une broche  de femme... Peut-être que quelqu'un viendra réclamer le corps : mon amour mon mari mon frère mon chéri... Que sais-je ?

Maintenant tout est possible.  Il a fini de passer. Ben oui, il a trépassé.

Éric

Proposition 2

 

Envisager autrement le fait divers

Le fait divers est un fait insolite ou dramatique qui échappe aux autres catégories de la presse ou des médias et n’est pas considéré comme possédant une valeur littéraire, politique ou économique. Souvent le fait divers est présenté de façon sensationnelle dans une rhétorique racoleuse, afin de nous mettre dans une empathie de surface, qui nous permet d’aligner la lecture de faits monstrueux qu’on ne se représente pas vraiment. Comprendre comment se positionner face au fait traumatisant ou non.

Les unes de Radar :  Les illustrations (gouache ou lavis), préférées aux photographies, car le photographe arrive souvent trop tard, sont remarquable par leur sujet comme par leur rendu : usage (presque) exclusif du noir et blanc, cadrage serré et raccourci audacieux doivent permettre d'illustrer au mieux l'instant même d'un drame. Avec beaucoup d'astuce, l'image unique semble souvent raconter une histoire complète. Ce cahier des charges trop contraignant contrarie la volonté réaliste et dramatique en produisant une image aussi grotesque qu'humoristique. C'est d'ailleurs une spécificité de ce genre de journaux, d'osciller entre premier et second degrés, sans qu'on sache très bien où se situent les journalistes et les illustrateurs.

En se basant sur une Unes à sensation de Radar, se poser la question : Que peut la poésie ? Est-elle une écriture qui permet de s’approcher autrement du fait divers, autrement que le roman ? Permet-elle de se positionner autrement par rapport au réel, de développer d’autres images, d’autres sons, d’autres points de vue et de mettre en lumière des bribes de réels qui passent, sinon, inaperçues ou bien au contraire de maintenir l’opacité autour du fait sans prétendre le raconter ?

Traiter le fait divers en poète, en s’ inspirant du poème de Baudelaire : A une passante. En un sonnet, en ayant soin d’opposer l’ambiance des quatrains (objectivité de l’épisode) à celle des tercets (subjectivité du fait traumatisant)

A une passante - Charles Baudelaire

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d’une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

 

Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

 

Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté

Dont le regard m’a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

 

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!

Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

Les textes

 

Suicide

Chute silencieuse dans la caresse du vent.

La Dame de fer, plantée au cœur de Paris.

Juste quelques secondes suspendues où l’on rit,

Dans l’inconscience de tous, la ville vigilante.

Plus rien ne la retient ;

Ne respire que l’attente du choc sur le pavé sale.

Peut-être l’a-t-on aimée, caressée — bien ou mal.

Un sursaut inutile ; pourtant, je tends la main.

Accouchement sanglant,

Fleur du désespoir gravée sur le béton.

Quel destin partagé ? Quel gémissement ignoré ?

Sourire retenu jusqu’à cette heure fatale.

La vie tient au rebord,

D’un côté ou de l’autre,

À un souffle distrait,

À une main, peut-être...

Aurais-je pu gommer cette horreur florale ?

Alain

 

A Joe

 

Sur un lac écossais, Joe le cheval s’égare

Il  glisse sur la glace qui sous son poids se brise

Il ne peut remonter, la fraîcheur de la bise

Referme autour de lui le piège barbare.

 

On ne peut pas l’aider, on ne peut le sauver.

Il va mourir de froid. On charge le fusil

« Abrégez ses souffrances il est tout engourdi. »

Voilà la décision de son propriétaire.

 

Une vieille s’approche, brandissant un whisky.

On la traite de folle, mais ce n’est qu’une fée

Qui ranime la bête avec une gorgée.

 

Elle s’ébroue, elle rue, elle se cabre aussi

Libère de la gangue ses pattes ankylosées

Echappée de la mort, retourne à l’écurie.

 

Krikri s'est inspirée d'une Une affichée sur le mur, juste devant elle. Et elle a laissé son imagination emporter son stylo...

 

Elle est amoureuse comme elle ne l'avait jamais été.

 

Ils étaient deux adultes à occuper ce nouvel immeuble fraîchement terminé. Lui, un grand gaillard aux épaules larges. Un visage émacié comme taillé dans la pierre.

Il ne lui adressait jamais la parole.

Elle, un picotement lui traversait les  omoplates dès qu'elle l'apercevait ...

Elle venait de se faire larguer par son fiancé à quelques jours du mariage...  Elle ne comprenait cette attirance vis à vis de cet individu. Elle était furieuse.

Au fond d'elle cela la rassurait. Car d'être toujours mal dans sa peau  ce n'était pas une vie...Si on lui avait donné une vie c'était pour la vivre... Elle chassa ses souvenirs morbides et  pensa à cette promotion inattendue.

Elle bouscula son voisin dans l'escalier.

 Il lui lança un regard glacial.

Confuse, voulant se racheter, elle l'invita, pour le soir même s'il était libre, à un apéro dînatoire.

Il hésita, la scrutant de la tête aux pieds,  ce qui la mit mal a l'aise. 

A  19H  la  sonnette retentit.  Un dernier regard dans la glace.  Elle ouvrit grand la porte. Il lui tendit une bouteille de champagne et un bouquet de fleurs avachies par le manque d'eau.  Il s'en excusa mais elle le rassura. Le bouquet reprit vigueur dans une chope à bière. Il sentait les pulsions venir. Elle retira le foulard  noué à son cou. La bouteille tanguait dans le seau.  Elle fut prise de vertiges lorsqu'elle sentit une pression autour de son cou. Il la regardait comme s'il découvrait une pierre précieuse. Elle suffoquait le foulard glissa. Les lèvres se  collaient telles deux aimants attirés l'un vers l'autre...

 Krikri.

 

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Publié le 14 Juin 2026

Proposition

Le morse

D'accord, rien à voir avec la proposition mais reconnaissez quand même qu'il est mignon !

Le morse qui nous intéresse ici est  un code universel permettant de transmettre un texte à l’aide de séries d’impulsions courtes et longues, qu’elles soient produites par des signes, une lumière, un son ou un geste.

Un moyen mnémotechnique pour l'alphabet morse. Il suffit de décomposer les mots en syllabes, si elle finit par O (ou ON), c'est une barre (long) sinon c'est un point (court).

Chaque mot commence par la lettre en question (sauf pour le X).

A . - Allo 
B - . . . Bonaparte
C - . - . Coca-cola 
D - . . Document 
E . Eh! 
F . . - . Farandole 
G - - . Gondole 
H . . . . Hilarité 
I . . Ici 
J . - - - Jablonovo
K - . - Koridor 
L . - . . Limonade 
M - - Moto 
N - . Noah 
O - - - Ostrogoth
P . - - . Philosophie 
Q - - . - Quoquoriquo 
R . - . Ramoneur 
S . . . Salade 
T - Thon 
U . . - Ultrason
V . . . - Végétation 
W . - - Wagons-lits 
X - . . - oXydation 
Y - . - - Yoshimoto 
- . . Z -Zorro est là

 

  1. Ecrire un message codé en morse
  2. Ecrire une fiction en utilisant un maximum de mots. Le thème : En perdition

 

 

Les textes

 

Anachronismes

- Allo Napoléon ? Allo Bonaparte ? Allo ! Allo ? Répondez mon Empereur, ici, on pédale dans la limonade ! Allo ! Allo ?

Le radio gros comme un thon s’époumone. Le radio est époumoné. Dégoûté, il balance l’appareil dans la flaque de végétation qui a résisté aux obus. Et il se couche dans la boue comme sur la banquette d’un wagon-lit, pas en haut, en bas.

- Jablonovo, gronde son adjudant-chef :

- Ressaisissez-vous ! On n’abandonne pas. Un Français n’abandonne jamais ! Eh ! Vous m’entendez, Jablonovo ?

L’adjudant-chef Yoshimoto encourage Jablonovo à se lever d’un violent coup de pied dans le flanc gauche.

- Mais c’est qu’il dort cet ostrogoth ! Quoquoriquo ! Quoquoriquo !

Jablonovo dort. Il dort et il rêve. Il rêve qu’il est chez son papé qui n’exerçait que des métiers saisonniers : ramoneur pendant l’avent, fleuriste le premier mai et à la toussaint, poissonnier au premier avril… Il rêve qu’il est chez sa mémé qui élevait des poules et un coq et lui donnait des biberons de coca-cola à tire larigot…

Un deuxième coup de tatane de Yoshimoto finit par le réveiller, Jablonovo.

- Debout caporal Jablonovo, reprenez-moi cet appareil et rappelez-moi Bonap. Il y va de notre survie.

Jablonovo se lève douloureusement, le cheveu en bataille à la Yannick Noah. Autour de lui les trouffions inconscients du danger se gondolent. C’est l’hilarité générale dans les rangs et pourtant les obus continuent de pleuvoir.

Jablonovo réitère son appel :

- Allo Napoléon ? Allo Bonaparte ? Allo ! Allo ? Répondez mon Empereur, ici, on pédale dans la limonade ! Allo ! Al…

Il n’a pas le temps de terminer sa phrase qu’on entend gronder dans le lointain la moto de l’empereur. Une Harley Davidson qu’il conduit d’une seule main. Suivi de ses grognards motorisés en farandole, il trace un koridor au milieu des troupes ennemies qui, avec philosophie, battent en retraite.

La section 248 est sauvée. Le caporal Jablonovo est porté en triomphe.

 

Cochise, Khéops et moi

Il était une fois deux entrechats qui s’appelaient Khéops et Cochise.

Des entrechats me direz-vous, qu’est-ce donc ?

Eh bien, ce sont des entrechats et autre chose, on ne sait trop quoi.

La base est du chat, pour le reste, ça ne ressemble à rien.

Si l’on prend Khéops, il a un côté hiératique égyptien, ne présente que son profil si jamais il en a un, d’où son nom.

Cochise en revanche tiendrait plus des tribus amérindiennes, toujours prêt à scalper voisins voisines avec les griffes (véritables sabres) de ses monstrueuses pattes, d’où les tonnes de mercuro-chrome dans la pharmacie.

Convenons-en et vous en conviendrez avec moi allant même jusqu’à abonder dans mon sens : les gens sont méchants. Oui, très méchants « Hou les vilains ! » Ils ont la haine de la différence. Quand les objets de leur courroux sont ces petits êtres sensibles, presque sans défense, on ne peut que les condamner vivement.

Il y en a même que je ne nommerai pas qui ont essayé de les trucider soit avec un tournevis, soit par strangulation ou les deux en même temps tout en leur faisant des sourires.

Je disais que je ne les nommerai pas, ce ne sont pas les habitudes de la maison. Mais vous les reconnaîtrez dans les alentours car les entrechats n’en font pas (d’entrechats) et, comme un seul homme, ils se jetèrent sur ces assassins démoniaques, les mordant, griffant, éborgnant. Ils l’avaient bien mérité, mais je m’égare, la charité chrétienne demande le pardon des offenses.

Donc, ces deux petits choux, que d’aucunes mauvaises langues qualifieraient ‘d’à la crème rance’, véritables piles électriques s’en donnent à cœur joie dans leur domaine.

Outre le garage, je leur ai aménagé le jardin avec une jolie fontaine où ils peuvent s’abreuver, se laver et de temps en temps  cueillir délicatement un oiselet dont le gazouillis mélodieux leur signale que c’est l’heure du goûter.

Une petite remarque en passant, il me semble qu’il y a de moins en moins d’oiseaux qui s’ébattent dans la fontaine. Chardonnerets, moineaux ont disparu, perruches redevenues sauvages, tourterelles et pigeons ont a priori déserté les lieux. Pourquoi, je m’interroge encore.

Une gravière (également ma création) leur permet  de sécher leurs belles papattes. Petit coup d’oeil irsur l'horizon et direction les couvertures en mohair où ils peuvent faire une sieste bienvenue tout en observant la girouette plantée haut sur le toit qui leur indique d’où vient le vent et si le temps change.

Khéops a tendance à creuser le sol comme s’il voulait une concession minière. Je lui ai expliqué doucement que la loi l’interdit, que le sous-sol appartient à l’Etat. J’ai cru comprendre dans son langage qu’il n’en avait rien à cirer, que s’ils étaient des entrechats au minimal, bientôt ils perdraient leur taille mini mini et que je verrai.

Je verrai… J’ai vu…

Il faut que je l’avoue. Je suis le propriétaire des lieux, belle maison entourée d’un véritable parc.

Un jour, ces deux monstres, pardon, ces deux petits êtres ont débarqué de je ne sais où.

La solitude peut-être ? Je les ai adoptés, gardés, choyés, câlinés. J’aurais mieux fait de les noyer et de les enterrer au plus profond du jardin.

Quand je raconte que je leur ai aménagé le garage etc... etc. que nenni : ils s’en sont emparé !

Il n’a pas fallu longtemps pour qu’ils me fassent comprendre que c’étaient eux les patrons. Ils ont également précisé : « continue comme ça et tu feras office de girouette sur le toit »

J’ai compris, probablement trop tardivement à leur goût, car ils ont eu ma peau. Au propre comme au figuré.

Depuis je hante les lieux. Je sais qu’ils me voient, quand je passe devant eux, ils se jettent sur moi pour m’étriper. Trop tard, c’est déjà fait. Je ne suis qu’une ombre, un revenant qui traîne son ennui dans la maison.

Dépités ils retournent se coucher rêvant aux mauvais tours qu’ils pourraient jouer et à qui.

Esmaiaqui

 

PRESQU’UN SCENARIO

Les mots abondaient sur le post-it. Presqu’un scénario.

Venant de la cuisine un fumet de chou alourdissait l’atmosphère chargée de milliards de particules dansant sous le rai de la verrière, pixellisant l’ombre de Cochise, félin fantomatique au regard bleu électrique. Pour l’heure,  ses yeux étaient clos.

Un violent courant d’air, soudain, secoua la liane d’une hiératique misère envoyant ses stolons dans des entrechats désordonnés autour de la fontaine zen. Le jet fit un écart sensible, arrosant la paire de chaussures japonaises.

Plus tard, on trouverait le corps dans le garage.

Plus tard, la girouette serait à nouveau empannée au sud sud-est.

En bas du chemin se devinait la poussière émanant de la gravière en contrebas. Seules deux traces de pneus étaient imprimées à cette heure, là-bas.

L’horizon était lourd, partiellement masqué par les trois cèdres du jardin. 15 heures… Khéops était étalé sur le seuil de sa niche. Une tâche de mercurochrome salissait son pelage de loup. Tâches que l’on retrouvait sur quelques dalles minières du pas chinois minimal.

Le pseudo-inspecteur NICKS, impeccable dans son costume en lin et mohair, crut voir un revenant débouchant du garage. Surpris il sursauta avant de se fendre d’un gigantesque sourire à l’attention de Mrs ENYMORE . Certes, il la préférait debout et gracile.

Sa main laissa glisser dans son dos le tournevis ensanglanté.

Laissant approcher l’hôtesse, il n’eut plus qu’à happer, toujours souriant, et accompagner son corps qui convulsait à peine sous l’effet de sa strangulation.

La pendule avait remonté le temps…. Il n’était alors que 14h45.

Nic

 

ET UN DE MOINS

    Je vous parle un peu de ma vie d’infirmière et de celle de mon village.

    J'abonde dans le sens que mon petit chou Cochise est un chien robotisé, donc  électrique. Je suis obligée de le mettre en charge régulièrement, comme mon portable. Il sait tout faire même des entrechats. Quand nous passons devant la fontaine extérieure du garage, il ne boit pas. Il a peur des courts-circuits. Au-dessus de sa niche, j'ai installé une girouette, mais elle est figée pour toujours en direction de la gravière, au nord.

    L'horizon est coupé, par la haute et longue clôture du jardin de Khéops. Khéops c'est le surnom du doyen du village, quatre-vingt-seize ans.
    Hier, il est tombé de son figuier. il avait envie de figues. En tant qu'infirmière, j'ai dû le badigeonner de mercurochrome. Il était égratigné de partout mais il se consolait avec ses figues bien mûres.

    Notre petite bourgade, était une petite ville minière. Maintenant, tous les puits sont fermés, ainsi que beaucoup de maisons et de commerces, beaucoup d'habitants sont partis trouver du travail au loin.
    Elle survit au minimal. Il ne reste qu'une petite filature de mohair.

    Aujourd'hui, revenant comme tous les jours chez Khéops, pour ses soins, je le trouve à nouveau, sous son figuier. Il est encore tombé de l'échelle et râle comme un moribond. Le voyant comme ainsi j'ai eu envie de lui appliquer une bonne strangulation. Pour l'achever... Je me suis retenue à temps. Ouf !

    Il me fatigue ce vieux, têtu comme une vieille mule. Il me tue.
 
    En tentant de le relever, sous son corps presque inerte, un vieux tournevis tout rouillé est apparu.  

     Là... J'ai craqué. C'est très pratique les gants d'infirmière. Je lui ai planté le tournevis dans le cou.

    De toute façon, il enquiquinait tout le village, ce vieux avec son Alzheimer.
    
    Je suis rentrée tranquillement chez nous, Cochise a remué la queue. Je lui ai souri.

LYNDA

 

Pas de choux pour l’abbé Pierre

Je l’avais entendu dire. On m’avait dit « Tu vas voir la différence dès la première année ! N’hésite pas à en mettre beaucoup et tes légumes vont tellement abonder que tu seras obligée de les donner à l’abbé Pierre. » 

Moi, donner mes choux à l’abbé Pierre plutôt mourir !

Je remerciais Cochise, mon voisin de potager et me mis au boulot. D’abord construire au fond du jardin un bûcher. Quand il m’a vu Cochise, il m’a conseillé :

- Pour faire cuire deux côtes de porc et trois merguez, tu ferais mieux d’acheter un grill électrique ! 

- Mais de quoi je me mêle, j’y ai dit.

J’ai senti que je l’avais quelque peu vexé. Il a fait deux entrechats et a filé sans me demander le reste. Ni se laver les mains à la fontaine adossée au garage. Pourtant il est du genre maniaque l’indien ! Il est aussi très susceptible. Il ne vient plus au potager quand j’y suis. Et c’est pas pour me déplaire. Je n’ai pas besoin d’une girouette qui me tournerait autour pendant que je fabriquerais mon engrais.

C’est du boulot de faire soi-même des cendres bio en quantité quand on n’a pas de cheminée chez soi ! Aussi je me suis organisée. Deux fois par semaine je vais à l’ancienne gravière. C’est un endroit calme, pas foule à l’horizon mais régulièrement un pékin qui vient clandestinement récupérer gratos du gravier. Je sors mon flingue, celui que j’ai jamais rendu à la brigade quand j’ai pris ma retraite et je tire. Je suis un peu dans mon jardin quand je dois manier une arme. Un seul coup suffit. J’ai plus qu’à le mettre dans le coffre, emballé dans un linge comme Kheops. Sûr que parfois le drap se tache ; on dirait du mercurochrome. Mais je le passe à l’eau de javel en rentrant à la maison et ni vu ni connu.

Mais d’abord, au bûcher ! Je choisis pas mes partenaires, y a des gros, ya des minces, alors je dois approcher la voiture au plus près, allumer le feu et sortir l’individu du coffre pour le balancer sur le bûcher qui l’attend toutes braises dehors. J’ai toujours peur que le corps étouffe les flammes, ça fume noir. Quand l’affaire est faite je ressemble à une minière, je dois me débarbouiller au minimal à la fontaine, laver ma tignasse mohair. Je veux être nickel en revenant, pouvoir sourire à mes voisines.

Je pourrais utiliser la strangulation pour ma production de cadavres, je suis encore bien costaud pour mon âge mais je me suis planté un tournevis dans la paume de la main gauche. C’est pour ça qu’on s’est remis au tir.

Les cendres, je les épands sur le terrain. Aux beaux jours des choux, j’en aurais par milliers et pas un seul pour l’abbé Pierre !

 

 

 

 

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Publié le 14 Juin 2026

Proposition

Hélène couturier - Nationalité : France - Né(e) le : 29/07/1962

Hélène Couturier est un écrivain français, documentariste et scénariste.

En 1996, son premier roman, "Fils de femme", est publié par les Editions Rivages/Noir. Suivent "Sarah" (1997) chez le même éditeur puis "L’homme à la peau foncée" (2004) chez Joëlle Losfeld.

Hélène Couturier est une artiste dans l’âme, comme en témoigne l’œuvre de plasticienne qu’elle poursuit aujourd’hui, tant sur toile que sur céramique. Une œuvre où elle cherche par tous les moyens et supports à sa disposition à interpeller le monde. Elle est trop lucide et a trop d’humour pour s’imaginer le changer, mais telles les vaches aux faux airs de taureaux qu’elle représente sur ses toiles, elle part à l’assaut de la bêtise, de la violence, des idées reçues, de l’injustice. Dans un monde où le mantra est de « réussir sa vie » à tout prix, elle s’intéresse aux ratages, à la marginalité, aux faiblesses humaines, tellement plus féconds sur le plan artistique, tellement plus nécessaires aussi car sinon, ils resteraient hors champ. Les « success stories » racontent la surface. Les histoires d’Hélène creusent des sillons en profondeur.

D’après Babelio

 

En espérant que personne n’ait encore lu Un homme raisonnable, je vous propose d’aider Blandine Bianco à résoudre l’énigme qui s’affiche au premier chapitre du roman  d’Hélène Couturier :

«  Il y avait une chose qui échappait encore plus que les autres à la capitaine Blandine Blanco, pourquoi un homme était plus attristé que sa femme de la mort de l'amant de sa femme ? »

 

Les textes

 

Mort d’un amant

Comme dans la chanson de Renaud, Bastien était tranquille, était peinard, accoudé au flipper quand, l’amant de Sophie, son épouse bien-aimée, fut retrouvé les bras en croix, un trou au milieu du front. Jimmy, puisque c’était son nom, était étendu raide mort dans les vignes. Voilà ce que la capitaine Blandine Bianco venait de lui annoncer.

Terminée la petite vie de bohême que Bastien s’était organisé depuis que Sophie avait rencontré Jimmy, son nouvel amant. Les week-ends en Sologne, les balades avec le chien, les soirées foot avec les potes sans culpabiliser. Il venait de perdre son confort, son indépendance retrouvée. Enfin, avec Sophie, c’était compliqué. Ils se connaissaient par cœur, il avait du mal à la surprendre. Alors, il s’était satisfait à l’idée, qu’après ce passage, cette passade entre les bras d’un autre, elle lui reviendrait.

Bastien flippait à mort, la liaison de Sophie et Jimmy était de notoriété publique, il faisait office de coupable idéal. Ils s’étaient croisés l’après-midi du drame, Jimmy allait tailler les ceps et lui allait rejoindre ses copains pour les accompagner à une partie de chasse. Ils avaient la tenue réglementaire, le fusil cassé sur l’épaule. Quand la compagnie de perdreaux s’est envolée au-dessus des bruyères, ils avaient tous tirés. Quelques oiseaux avaient été touchés mais, apparemment, il y avait un effet secondaire indésirable. Des plombs s’étaient probablement perdus dans la caboche de Jimmy. Lui, Bastien ne tirait pas, il allait à la chasse pour marcher. Il n’avait pas de fusil, la capitaine Bianco pourra vérifier, pas de fusil !

Sophie était furieuse, dévastée et furibarde. Jimmy lui avait redonné confiance en elle, elle était redevenue belle et désirable et il avait fallu qu’il tue aussi celui-là. Pour les autres il avait utilisé le poison, mort aux rats dans un p’tit verre de vin et c’était réglé. Pourquoi tu l’as buté à la carabine ? Non, Bastien tu as vu sa tête, il y a plein de cervelle partout, c’est dégoutant !

Mais Sophie chérie, celui-là, ce n’est pas moi, je t’assure.

Josiane

Des millions

Le mari et l'amant ne s'étaient croisés qu'une ou deux fois. Le courant était bien passé. Accoudés au bar PMU du quartier, ils avaient d'abord échangé des banalités sur les bagnoles, la politique et les impôts, avant que les mojitos ne les poussent aux confidences. Le mari confessa son goût pour les jeux de hasard. L'amant surenchérit : lui aussi était accro au Bingo, au Millionnaire et à l'Euro Millions.

« Moi, je n'ai jamais rien gagné, soupira le mari.

— Moi, non plus, je… larmoya l'amant. Et pourtant, je joue toutes les semaines. Pour le plaisir, sans doute.

— Moi, c’est pour l’adrénaline », répliqua le mari.

Après un énième verre, une idée surgit : « Et si on remplissait une grille ensemble ?

— Chiche ! »

L'association fut scellée sur un coin de table. Ils se séparèrent grisés d'espoir, l’un déjà au volant de sa future Ferrari, l’autre plongeant dans la piscine de sa villa de rêve. Le soir du tirage, des dizaines de millions étaient en jeu. À la télévision, les numéros sortirent dans un silence à couper au couteau. Le suspense devint insoutenable avant le dernier numéro. Puis, ô miracle : le compte était bon. L'amant et le cocu s'effondrèrent dans les bras l'un de l'autre, se lançant dans une danse débridée jusqu'à perdre le souffle. La victoire fut fêtée à grands flots de champagne, offerts en tournées générales à tout le bistrot.

Mais un problème apparut : où cacher le précieux ticket tout le week-end ? Le quartier était au courant et le mari, déjà cambriolé par le passé, refusait de le garder chez lui. L'amant trouva LA solution : « J'ai un coffre à ma banque. Courons-y avant la fermeture ! »

L'affaire fut rondement menée. Chacun regagna ses pénates, l'esprit tranquille et la tête pleine de projets pharaoniques.

Quelques jours plus tard, l'amant mourut subitement. Le mari, déjà cocu, le fut une seconde fois : sa veuve, unique héritière, fit ouvrir le coffre et empocha seule les millions, au grand désespoir du survivant.

Alors comment ne pas penser à la morale de la fable de La Fontaine Le Chat, la Belette et le petit Lapin :

« C'est le sort de bien des projets :

Deux s'associent, triment et s'enivrent de succès,

Et vient un tiers qui, sans effort et d'un seul coup,

Met les plaideurs d'accord en empochant le tout. »

Jean-Paul Morro

 

Toi au paradis, moi en enfer

Ce matin –  la nécro du Midi-Libre – des décès à la pelle – un mort – Jules – je vacille. La salope ne m’en avait rien dit ! J’aurais dû m’en douter. Samedi après-midi j’ai senti le vent tourner. Je m’étais installé devant le match Toulouse / UBB – cannettes  dans la glacière à côté de mon fauteuil  – ventilo  dans la tronche – pieds sur la table. J’étais bien – même très bien – peinard – seul. Pas 10mn après le coup d’envoi, voilà la Peggy qui se pointe de retour du Lidl. Habituellement, ça lui prenait l’après-midi et une bonne partie de la nuit. Là – en 45mn – elle avait rempli le caddy – le coffre de la voiture – la table de la salle à manger – les plans de travail de la cuisine.

Elle ne m’a pas demandé de l’aider à vider la bagnole mais d’un ton sec, elle m’a fait comprendre en joignant le geste d’éteindre la télé à la parole qu’elle n’avait pas l’intention de dispatcher les courses aux quatre coins de la maison. Bon je me suis dit elle  me couve quelque chose, elle doit avoir de la fièvre et elle a annulé son rendez-vous avec Jules. Au fait, je vous ai pas dit : Jules c’est l’amant de Peggy. Non je reprends : Jules c’était l’amant de Peggy. Une histoire d’à peu près trois ans. Je sais. Elle ne sait pas que je sais. Pas besoin d’être détective pour découvrir qu’elle se faisait troncher ailleurs. Pour ma part ça m’allait plutôt bien. En 21 ans de mariage, j’avais fait le tour de la femme qui partageait ma vie. A part pour faire son tour de hanche, chez Peggy on ne risque pas de se perdre : Sous-tif 80 bonnets B, circonvolutions du cerveau pas plus grosses que celles des noix de Grenoble.

Donc Jules m’en débarrassait. Je lui en serai éternellement reconnaissant.

Mais qu’est-ce qui t’a pris, Jules ? Pourquoi m’as-tu abandonné ? Comme disait l’autre. Tu me laisses désemparé. C’est comme si j’avais perdu mon meilleur ami.

De là où tu es, tu l’as vu samedi ? Pendant que je rangeais les affaires, elle avait pris ma place – dans mon fauteuil – les pieds sur ma table  - sirotant mes bières elle regardait Drucker sur ma télé.

Tu es monté au paradis, Jules – pour moi, c’est la descente en enfer.

J'ai perdu un ami

J'ai perdu un ami,  mon meilleur ami,  c'est toujours comme ça, les femmes partent avec le meilleur ami,  il était bien un brave gars, je le connaissais depuis le lycée, la terminale  ou notre premier boulot, peut être que c'est sa sœur qui nous avait présentés dans une boum, comme on disait à l'époque, un chouette gars pas toujours souriant mais toujours présent pour donner un coup de main. Ah oui, je sais donner un coup de main. L'expression est mal choisie,  mais moi je n'avais aucun intérêt, voyez Capitaine, je ne sais pas exactement quand ils sont devenus amants mais j'ai compris à de  légères connivences des yeux qui parfois brillaient ensemble ou parfois se fuyaient. Capitaine, que vais-je devenir ?  Je suis un veuf en amitié, en amour. Au moins je la savais heureuse et de plus je savais où elle était,  j'aurais pu faire comme Cheval : Monsieur passez-moi ma femme ou simplement Passe-moi ma femme. Mais non, chérie, tu oublieras pas de … Nous étions heureux, moi au rugby, elle au pieu, moi au rugby, elle et lui faisant les magasins.

Au pieu, je pouvais ronfler à tuer les mouches à tue-tête. Ah non ! Tu ronfles trop fort, va dormir en bas. C’est moi qui le plaquais parfois, il courrait pas assez vite, nos corps sous la douche. Il ne faisait pas assez de sport mais je comprenais ma femme,  pourtant je ne posais pas de question. Une question, elle aurait compris que je savais, c'est des choses qui arrivent même dans les meilleures familles  et puis si chacun est heureux il y a quand même des choses plus graves, on dit ma femme mais la femme est libre. Donc elle savait que je savais. Les femmes, Capitaine, elles savent tout. Par exemple ma mère, il était impossible de lui mentir. Elle était pire que le mentaliste, un vrai Colombo,  peut-être comme vous, Capitaine, vous ment-on ?  Et maintenant que vais-je faire ? Il va falloir que je trouve un remplaçant… au rugby bien entendu.

Eric

 

L'AMANT

         Mais, pourquoi êtes-vous si triste à l'annonce de la mort de l'amant de votre femme? Vous devriez plutôt vous réjouir. Demanda l'inspectrice Blandine Blanco, à l'homme complètement effondré en face d'elle.

         Mon Dieu! Vous ne pouvez pas comprendre, madame l’inspectrice. Maintenant comment vais-je faire, sans Pierre Detaille, mon meilleur ami.

         Il est... il était l'amant de ma femme Lison, depuis belle lurette. Je crois même qu'il était déjà avant même notre mariage. Nous formions un trouple comme on dit maintenant. Très heureux de la situation.

         Grâce à lui, je suis père de trois magnifiques enfants.  Je suis stérile. Le seul inconvénient, c'est qu'ils sont tous métissés, alors que moi et  ma femme nous sommes plutôt pâles de peau. Je les aime comme si étaient de moi. Ils sont tellement  adorables mes trois petits bouts.

         Pour ma femme, je me fais pas de soucis. Belle comme elle est, elle se trouvera rapidement un remplaçant. Vous savez , moi, le sexe, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Certes, c'est agréable, mais pas trop souvent, pour mieux savourer.

         Pour Lison c'est plutôt le contraire. Elle aime ça, et beaucoup même. C'est une gourmande.

         Maintenant, je suis seul, tout seul. Vous pensez que le prochain amant de ma femme, acceptera de jouer à la bataille, au Monopoli, qu'il m'aidera à faire mes puzzles, ou mes coloriages pendant des heures.

         Personnellement,  j'en doute beaucoup. Même mes enfants refusent de jouer avec moi depuis qu'ils ont dépassés l'âge de cinq ans. Ils préfèrent leurs téléphones.

         Mon Dieu que vais-je devenir. Pourquoi on l'a tué ce con de Pierre. Vous connaissait la réponse, vous? Que mes soirées vont être longues... longues… Quelle MERDE cette mort !

LYNDA

 

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Publié le 14 Juin 2026

Proposition 1

Le type

Le type (ou Pages arrachées au carnet intime de Philippe Barbeau) de Philippe barbeau Illustré par Fabienne Cinquin   (Atelier du poisson soluble)

Philippe barbeau, né à Blois , le 16/06/1952

Instituteur spécialisé, rééducateur en psychomotricité, Philippe Barbeau essaie maintenant de vivre de l'écriture et de son autre activité : conteur. Depuis une vingtaine d'année, il écrit des ouvrages pour les enfants.

Fabienne Cinquin est née à Aubusson en 1970

Diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts, de Lyon, elle est depuis 1995 professeur d’arts plastiques ?

Un jeune garçon se promène léger, heureux et insouciant jusqu'à ce qu'il croise un type qui ne sait pas sourire. La vision de cet homme si triste l'énerve tant qu'il lui jette un caillou au visage. Pas de chance pour notre héros, le type ne sait pas non plus rêver...

Après la lecture, par Joséphine, des deux premiers jours : lundi et mercredi , imaginer ce qui va se passer le vendredi !

https://www.youtube.com/watch?v=_60TijQupog

Les textes

Vendredi

Et puis tout à coup, une jeune fille est apparue et il l’a aimée.

Joséphine (7 ans, sa toute première participation à un atelier d’écriture.)

 

Vendredi

Cet après-midi, je me promenais. j'étais bien, la tête dans les étoiles. J’étais bien. Enfin…  sans plus.

Des étoiles, il y en avait plein le ciel bleu marine. La lune s'économisait, juste un fin croissant, comme si le pâtissier qui l’avait fabriquée avait oublié la levure.

Aussi quand j'ai vu approcher, là-bas, sur le trottoir, une silhouette, j'ai eu du mal à reconnaître le type. Déjà, sa démarche n'était pas la même. il allait, d’un pas alerte, presque dansant.

Je me suis dit : Il est vraiment bizarre pour un type qui lundi ne savait pas sourire, mercredi ne savait ni sourire ni rêver. Je l'ai trouvé bien ragaillardi.

Il a traversé la rue, a choisi un banc dans le parc, il a levé les yeux vers le firmament en souriant bêtement.

Je l’ai rejoint et sans ambages, je l'ai interrogé : Il y a quelque chose qui cloche chez vous ?

Il m'a reconnu et a passé les bras devant sa tête pour se protéger de l'arrivée soudaine d'un projectile avant même que je lui aie demandé si seulement il savait aimer

Je lui ai posé la question. Fallait absolument que je sache. Vous savez ce qu'il a répondu ? Il m'a dit en souriant que, cette nuit, il avait fait le rêve d'une jeune femme douce et charmante comme une fée et qu'elle lui avait donné rendez-vous à 18h précise dans ce parc.

La cloche de l'église se mit justement à égrainer ses18 coups. A l'entrée du parc, au bout de la Grande Allée, on vit courir vers nous une magnifique jeune femme. Elle me négligea et alla se jeter amoureusement sur le type qui, avec gourmandise, l'embrassa.

Moi, rien ne m’énerve plus qu’un gars qui file le parfait amour quand moi, je suis célibataire depuis des mois ! Je ne leur ai rien jeté à la figure. Je me suis dit que ça allait faire des histoires. 

Je suis allé m’arsouiller au bistrot.

 

Le type bizarre s’est arrêté à 10m de moi, il ne savait ni sourire, ni rêver, ni dire quoi que ce soit enfin un mufle quoi, il méritait un coup de boule que je lui ai donné, il tomba à terre, le nez en sang, il gémissait en criant : »il m’a pété le nez cet idiot, il m’a pété le nez, donnez-moi vite un mouchoir, donnez-moi vite des glaçons. Alors je lui rétorque : tiens vous parlez maintenant, pour demander quelque chose, mais il ne vous vient pas à l’esprit d’être sympa, de dire bonjour, et seulement après éventuellement de me demander de l’aide.

Tiens malotru, mon mouchoir et pour les glaçons tu repasseras demain, et on boira peut-être l’apéro, penses à amener un grignotage comme des olives ou des pringels

Et le samedi à 11h45 le type bizarre est passé devant la terrasse du bistrot « les copains d’abord » et il me vit et me salua, s’installa à ma table après mon invitation, on a bu, on a bu et on est devenu des copains, puid inséparables, puis des amis d’apéro du samedi (jour de marché).

Il avait amen é une pissaladière un peu trop salée, elle venait de collioure, et donc on a bu 2 ou 3 verres en plus.

En se quittant je lui ai dit : samedi prochain amènes plutôt une tielle des halles de chez Giani tu sais lui dis-je car depuis samedi on se tutoyait. Fin ou faim.

Rab34

 

Je n’avais rien d'autre à faire que de flâner pour savourer la douceur de la nuit. Je tentai de compter les étoiles, mais je me perdis vite face à leur immensité : elles n'auraient jamais tenu dans ma tête. Alors je me tournai vers les noix de mon jardin, imaginant la tâche bien plus facile. Erreur monumentale : elles se révélèrent tout aussi innombrables que les astres.

Pour un samedi, c'était réussi. Deux échecs, deux découragements d'affilée. Cela ne me ressemblait pas. D'ordinaire, je me montrais plus efficace.

Ma promenade me mena bientôt devant un vieil oranger, à peine éclairé par la lueur d'un réverbère moribond. L’arbre, sec et rabougri, ne portait ni feuilles ni fruits. Un cadavre végétal, noir comme le goudron collé à mes semelles. Saisi d'élan et d'empathie pour ce pauvre arbre qui avait dû offrir des milliers de fruits gorgés de soleil au cours de sa longue vie, je me mis à les compter mentalement, les yeux clos. J'imaginais toutes les belles oranges qu'il ne donnerait plus jamais. Elles étaient si nombreuses, et je les visualisais avec tant de force, que la saveur de leur pulpe envahit ma bouche tandis que leur parfum merveilleux s'emparait de mes narines.

Quand je rouvris les yeux, le jour s’était levé et, miracle ! Le vieillard desséché et sans vie était à nouveau paré de feuilles bien vertes et chargé d’appétissants fruits lumineux. Incrédule, je levai les yeux au-dessus de ce spectacle magique pour lire, sur la plaque de rue : « Allée du Paradis ».

Jean-Paul Morro

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Proposition 2

L'écriture pleure de la peinture, blanche immaculée.

Twombly fait de l'écriture un matériau pictural.

https://perezartsplastiques.com/wp-content/uploads/2022/09/b712e-lecc81criture-dans-lart-2.pdf

Ecrire comme on peint

Danielle Collobert est une écrivaine française, née à Rostrenen (France) le 23 juillet 1940 et morte à Paris le 24 juillet 1978.

Danielle Collobert, Il Donc, extrait

"Il - coule - il se cogne - heurté aux murs - il se ramasse - piétine - il ne va pas loin - quatre pas vers la gauche - nouveau mur - il tend les bras - s’appuie - appuie fort - frotte sa tête - encore - plus fort - le front - là - le front - fait mal - frotte plus fort - s’irrite - pas le front - de l’intérieur - pleure

un corps là - qui s’exerce à la douleur - comme s’il n’en avait pas assez de cette souffrance - - à chaque instant - par flots - par vague immense - s’essayant au dérisoire de l’exercer "

Entre deux rochers (Meurtre)…
  "Entre deux rochers, un peu de sable, un peu de boue. Il porte un pantalon et une veste de grosse toile bleue, blanchie par l'eau de mer, des bottes de caoutchouc et un grand béret noir sur la tête. Il est courbé, plié en deux, et il fouille le sable avec ses mains. Le sable noircit dès qu'il apparaît à la lumière. Le trou s'approfondit. Ses mains atteignent la couche de boue humide, visqueuse. On sent qu'il se noie dans ce travail. Il s'imprègne peu à peu d'humidité. Il se concentre. Il pénètre dans la masse de vase, s'enlise jusqu'aux épaules.
  Mais peu à peu, il se détend, il trouve le corps ouvert, dans la vase. Un mélange de chair et de vase. Il plonge avec avidité, mais aussi comme avec un certain rite, un cérémonial familier. Il prend à pleine main le cœur, l'arrache et se relève. Il va vers la mer, l'y baigne, le nettoie doucement de ses vieilles mains tannées. Il le presse légèrement, il en sort un liquide gris, un peu rougi. Il le regarde, le retourne, le fait rouler dans ses mains. Il choisit une pierre plate au soleil, pose le cœur dessus, délicatement, et retourne vers le corps. Il le recouvre de vase, de boue, de sable, tasse bien avec ses bottes, cette terre, efface les traces de ses pas, s'assied sur un rocher et regarde la mer."

Danielle Collobert nous introduit à un principe d’Aplat, comme en peinture, avec une segmentation non hiérarchisée des phrases.

A notre tour d’écrire en utilisant des aplats, du pointillisme ou de grandes envolées en faisant gicler les mots, en brossant nos phrases avec de grands mouvements. La manière doit servir le sujet : Scène de la vie quotidienne

 

Les textes

Le taureau rêveur

(Écrire comme on peint en utilisant le pointillisme)

Un taureau rêveur

Un enfant perdu

Une mater dolorosa

Un personnage blessé

Les bras au ciel

Injustice, cruauté

Guerre sans nom

Pourquoi existes-tu ?

Guerre sans pitié

Tu détruis, tortures et martyrises

Tout mon peuple

Jadis souriant et actif

Aujourd'hui écrasé, épuisé, humilié

Gris anthracite, noir de fumée, blanc de zinc

Nuit et brouillard

Même l'espoir, qui dit-on fait vivre,

A déserté la scène

Aucun regard humain

Pour survivre à ce malheur

Seule une mémoire ensanglantée

Rouge écarlate

Continuera à tacher les livres d'histoire

Et les documentaires en noir et blanc

Une misérable ampoule, une épée brisée, une tête éclatée

Le lendemain quand le soleil se leva

Quand les survivants comptèrent les morts

Quand le massacre fut connu du monde entier

Quand les coupables furent décorés

Quand l'odeur de sang et de poudre se dissipa

Le lendemain, un silence de mort

Commença à peser pour toujours

Sur la ville de Guernica.

Jean-Paul Morro

BELLA CORRIDA ( SUEÑO)

" Arène - Costume - Comme une danseuse - Banderilles - Cris - Pleurs -L'habit du matador rouge sang - L'estocade ratée - Sous la cape l'épée - L'œil vif - Il tombe - S'écroule - Le front en sueur - Sur la terre souillée - Le souffle chaud - Le taureau vainqueur - Un morceau d'étoffe rouge sur la corne - La puissance de la bête- Ses cornes comme un diamant tranchant

MarieC

Accident dans la cour

Là-bas.

Sous un marronnier.

Figées.

Les maîtresses bavardent.

Leurs bouches s'ouvrent.

Se ferment de concert.

À qui donnera le plus de détails sur leur incroyable weekend loin du ronron quotidien du boulot et des criailleries des marmots,  on veut tout dire, on veut épater, on dit qu'on est bien à deux, je comprends pas pourquoi y en a qui veulent à tout prix avoir des gosses, ça te prend tout ton temps,. ça mange à heure fixe, ça fait dans ses couches, ça attrape toutes les maladies qui passent la coqueluche, la varicelle, les oreillons, ça braille

Tè qu'est-ce que je te disais

On tape dans les mains 

Moins de bruit les enfants.

Courses stoppées.

Rires refoulés.

Rondes émiettées.

Dans la jungle des jambes nues à socquettes, une racine.

Un pied trébuche.

Une chute.

Un cri.

Sous le marronnier.

On souffle.

Rattrapées par le présent.

Se relèvera ?

Se relèvera pas ?

Se relève pas.

Un cercle se forme comme avec un compas dans la pointe serait fichée dans le dos du blessé.

Ecartez-vous.

Ça saigne.

Poussez-vous.

On voit l'os.

Restez pas là.

Y va mourir Ju ? 

On fait le 15.

Du fond de l'interminable boulevard Saint-Michel la sirène s'égosille. On laisse passer l'ambulance.

On se gare.

Laissez passer.

Les hommes en blanc portent un brancard.

On se rue dans la cour.

Là-bas, sous un marronnier, Julien pleure, la tête sur les genoux de sa maîtresse, depuis l'accident, Julien grimace, réclame à sa maman

Menu de printemps

J’ai décidé de faire un menu de printemps avec le jeune chef étoilé Mory Sacko : carpaccio de daurade aux agrumes de menton.

Noix de st jacques aux épinards et petits pois nouveaux

Le chef lève les filets de dorade, il tranche, il escalope le filet de daurade, il fait confire le citron bio, il presse, il fait réduire, le jus de citron va devenir un sirop acide. Chef zeste le citron bio, et le passe au four pour faire des chips de citron.

Chef et moi on passe au dressage : assiette rectangle, blanche, liserés bleus Argeles. Porcelaine fine. Le Chef couche les escalopes de daurade, arrose copieusement, de jus, de jus de citron bio, on dispose, délicatement  avec une pince, les lamelles de citron confit, sur le poisson citronné, on dépose des feuilles de persil, des pétales de coquelicot, des chips de ciron de menton, parfumé , mais alors parfumé à souhait parfumé et le plat est fini…

Le 2° plat la semaine prochaine lors d’une autre émission. Faim.

Rab34

 

Allez les bleus !

Un tapis vert – Maillots Bleus – Maillots Verts – Derrière maillot Jaune : La poste –Un ballon ovale – des poteaux, un au nord, un au sud – Du public – Du soleil dans les yeux, pour les uns, à l’ombre pour les autres.

Un sifflet stride - coup d’envoi. Le ballon s’élève – les bleus, les verts ont faim de combat. Des passes, des courses, des en-avant. L’homme en jaune siffle, pénalise. Dans les gradins des applaudissements, des huées, des insultes – « L’arbitre au Tescou ! » 

Un bleu saisit la balle, feinte, multiplie les cadrages-débordement, navigue sur toute la largeur du terrain, se faufile entre deux adversaires, pendant 60m il court, échappe à deux placages, la ligne d’embut est là, jaune sur vert. L’homme plonge. Le ballon s’écrase sur le sol. Essai ! 0 /5.

Dans la tribune des supporteurs de Montpellier, des corps se dressent, bras levés, les mains frétillent. La vague progresse de siège en siège, de rangée en rangée accompagnée de cris de joie qui résonnent sous la coupole de Sapiac. 

On se calme. Le 10 – le tee – le ballon – concentration – regard sur les poteaux - regard sur le ballon - regard sur les poteaux - deux pas d’élan – en arc de cercle – frappe – le ballon part – silence.  Il passe entre les poteaux. L’arbitre lève la main. 0 / 7. Liesse chez les bleus. Doute chez les Montalbanais. Reste 75mn de jeu.

Ballon au centre du terrain...

Les tourterelles

Ranger où, escabeau posé dans un coin de terrasse ombragée, deux tourterelles roucoulent, m’ennuient, ébats trop bruyants, volets fermés, retrouver la pénombre et la fraicheur de cette fin d’après-midi. Matin nouveau, matin désespoir, elles ont niché en haut de l’escabeau, va et vient de brindilles, couvade, je couve tu me nourris, graines de poubelles, graines de jardin, miettes de mémés jetées à la volée.

Je déteste ce bruit de tourterelles répétitif, mélodie mélancolique et monotone qui vrille mes tympans usés par des décennies d’acouphènes. Deux têtes et deux queues vaguement emplumées de beige et de gris, deux espèces de dinosaures serrés dans la logette jaune des outils perchée en haut de l’escabeau. Bruyants et salissants, ça bouge dans le nid, croupion dehors lâche une fiente sur le mur blanc. Insensible à l’esthétique de cette chiasse arrivée sur le mur puis tombée sur le sol.

Prise de pouvoir par une famille de tourterelles, squatteuses indésirables, turques tourterelles dehors ! Je ne veux plus de vous chez moi. Le monde est à feu et à sang, les pires maboules sont au pouvoir de pays gigantesques armés jusqu’aux dents mais moi, je râle après une famille d’oiseaux, cela tourne à l’obsession. Pourtant, j’aime observer les nuées d’étourneaux qui dessinent des arabesques improbables dans le ciel vers 18 heures. Je garde un souvenir ému d’un vol de flamants roses qui tournaient  pour attraper un courant d’air chaud ascendant.

Objection, on n’expulse pas une famille installée chez nous…C’est entendu, alors attendre, guetter, surprendre le premier battement d’ailes, enfin le premier envol. Aux aguets, sitôt l’escabeau libéré, s’emparer du jet d’eau et brosser, brosser, brosser. En réalité, je suis une sotte, j’aurai dû les attraper et les manger, rôties avec des petits pois, en sauce avec des châtaignes. Je regarde désormais les tourterelles avec un sourire narquois et machiavélique, les prochaines, si prochaines il y a, je les boufferais.

Josiane

Dans un wagon SNCF par temps de canicule

35 degrés : Retour de week-end. Un wagon bondé. Le haut-parleur diffuse un message : « La SNCF informe son aimable clientèle… » Ça commence mal. La clim a dû beuguer. Les oreilles sont tendues. Inquiétude générale. La voix reprend, sèche, limite désagréable.

36 degrés : La locutrice se lance : « Mesdames, messieurs… » Un long silence. « Elle va nous dire ce que nous savons déjà », râlent à haute voix quelques passagers. « La SNCF est au regret… »  Un concert de grognements prend son essor. Cette fois, c'est un chœur de protestations.

37 degrés : « La SNCF est au regret… » Encore un silence, plus long, plus long cette fois… « …de vous informer que nous faisons tout pour réparer la climatisation. » Déchaînement général : pleurs de bébé, aboiements de chiens, mots qu'on ne répète pas, insultes à la SNCF… Chaleur et hurlements.

38 degrés : À nouveau la locutrice — on sent qu'elle ne sait plus où se mettre —, sans doute collée au micro. Les fronts dégoulinent de sueur. L'air devient irrespirable. Des passagers se lèvent, d’autres font d’inutiles efforts pour ouvrir des fenêtres.

39 degrés : Un éventail passe de main en main. « On veut des bouteilles d'eau ! » hurle à présent une clientèle à bout de nerfs. Un solo de passager retentit : « C'est toujours pareil ! »

La révolte gronde entre les fauteuils. Les visages écarlates se tournent vers le plafond. Quelque part un sandwich  fond tout seul dans son emballage.

40 degrés : Le train ralentit, il finit par s'arrêter complètement. La pauvre locutrice, de sa voix de plus en plus chevrotante : « Chère clientèle… » Elle puise dans le peu de souffle qui lui reste,  mais plus aucun son ne sort de sa bouche.

41 degrés : C'est l'enfer sur les rails !

Jean-Paul Morro

 

ARABICA

         Matin - soleil - chaleur - chant du coq - draps poisseux - ouvrir les yeux - la bouche - bâillement - mettre un pied - mettre deux pieds - dallage froid - se soulever - être debout - marcher -  odeur de café - nez en l'air -  jusqu'à la tasse - la vider  - se réveiller enfin.

                                                                                     LYNDA

 

 

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Publié le 9 Juin 2026

Proposition 1

La petite cachoterie qui se termine en devinettes.

Racontez, décrivez un monument célèbre en écrivant à la 1ère personne, sans jamais le nommer et terminez votre texte par « qui suis-je ? »

Les textes

Je suis bien vieille. Evidemment, au début j’étais toute petite, à peine aussi haute qu’une chapelle. Par contre j’avais quand même l’impression d’être bien grande car j’habitais sur un rocher de haut de cent cinquante mètres. Au fil des siècle j’ai donc grandi et je me suis épaissie ; j’ai même pris beaucoup de poids.

Pendant la guerre de 1870, alors que notre peuple était dans les privations, on m’a même beaucoup fêtée et consacrée. C’est à cette époque qu’on a eu l’idée d’ériger une statue sur ma tête. Au début, j’ai eu un peu peur puis j’ai finalement éprouvé une grande fierté quand j’ai vu que tout le monde m’admirait, m’adorait. Il faut dire que la statue de douze mètres de hauteur que je porte courageusement a été recouverte de vingt mille à trente mille feuilles d’or.

A la fin de la seconde guerre mondiale, j’ai essuyé quelques balles et rafales d’armes automatiques mais les habitants m’aimaient tellement qu’ils ont su me protéger et me réembellir après la victoire. Qui suis-je ?

Lionel Pottiez

 

Je suis un monument national,

J’abrite en mon cœur, le symbole du devoir de mémoire,

Je suis un lieu de recueillements,

Je suis à l’intersection de grand axe,

Je surplombe de belles avenues,                      

Je ravis mes visiteurs,

Je leur offre de magnifiques points de vue,

Je remporte un certain succès dont mon nom en est synonyme,

Qui suis-je ?

Marie Calamy

 

Je domine la mer . Les navigateurs me voient quand ils viennent aux abords du port de Sète. Mon emplacement exceptionnel me vaut le séjour de bien des célébrités. J’ai inspiré un grand poète qui a souhaité venir se reposer chez moi. On vient me visiter pour voir George Brassens mais il n’est pas là.
 
Sylvie H
 
 
Je suis habillé par un grand couturier. Je me trouve enveloppé  et embelli par des escaliers roulants éclairés  par le ciel.
J'imite l'allure  des paquebots qui, hélas !, ne fument pas dans un ciel souvent gris.
Je suis le spécialiste des curieux , des esthètes. Des  curieux de tous poils venus de France comme de Navarre, (et même de l'au-delà), on y parle anglais. Espagnol. Allemand , mais ce n'est pas un jardin extraordinaire comme dirait Charles Trenet !
J'aimerais bien rouler ma bosse et  faire comme certains : m'en aller à Metz ou bien à Abou-  Dhabi. Cela pour une petite cure de jouvence gratis et de bon esprit.
Alors. Qui suis je ?
Aimeriez vous venir me voir, et me dire que vous m'aimez ?
 
Solange B
 
 

Des solutions aux énigmes en vrac :

Le Centre Georges Pompidou

L'arc de triumphe

Le cimetière marin

« La Bonne Mère » ou encore Notre-Dame de la Garde à Marseille 

Proposition 2

 

L’échange impossible ; et pourtant…

Imaginez un dialogue entre deux entités inattendues : objets, phénomènes, symboles… Rendez le dialogue crédible et (au choix) émouvant, ou drôle, ou tendu mais toujours surprenant.

Si vous peinez à trouver vos interlocuteurs, vous pouvez choisir parmi ceux-là : une bicyclette et une soupière, un dictionnaire et un ballon de foot, notre Marianne et un lave-linge.

Les textes

A la médiathèque

Les Misérables, ce merveilleux roman de Victor Hugo tombe soudainement de son étagère et s’affaisse bruyamment sur un smartphone.

Le smartphone :

- Hein ? Quoi ? Comment ? Mais qui ose me réveiller si violemment alors que j’étais en veille ? Eh gros balourd, descends de mon écran et plus vite que ça ! Tu vas voir, je vais dire à mon maître de te pourrir sur les réseaux si tu bouges pas plus vite que ça ta grosse couverture de vieux cuir qui pue !

Le livre :

- Dites mon cher, je comprends votre surprise suite à ma chute inopinée mais je ne suis nullement responsable de cet incident. C’est un jeune adolescent visiblement pressé qui m’a mal repositionné dans le rayonnement lorsqu’il a vpasser une petite virago même pas enjupée jusqu’aux genoux ! Vous m’avez parlé de réseau, vous pensiez au réseau des égouts de Paris ?

Le smartphone :

- Mais qu’est-ce qu’il a à délirer comme ça le catalogue ? Même pas foutu de se décorer avec des photos couleurs ! Pourquoi tu me parles des égouts de Paris ? Dis le vieux, c’est parce que tu sens la merde ?

Le livre :

- Mais il m’insulte le misérable !... Euh non, les misérables c’est moi, c’est vrai. Ne me provoquez pas plus avant vaurien ! Sinon je vous propose le choix des armes pour demain dès l’aube et c’est vous qui partirez rejoindre Lucifer !

Le smartphone :

Mais je ne comprends rien à ce qu’elle raconte la relique ! Il me faut convoquer wikipédia rapido parce que « misérable, le choix des armes demain dès l’aube » c’est pas très fun ni très clair tout ça. ah ! voilà mon maître il va vite me sortir de ce harcèlement, c’est sûr Arthur !...

Lionel Pottiez

 

 

Le sauvetage

Le vernissage avait lieu dans quelques heures,

Au fond de la remise, une querelle éclata entre un tableau et un vieux marteau.

Le marteau rumination : Pourquoi diable m’a-t-on confié cette mission ? A quelques jours de ma retraite ?

Le tableau : Excusez-moi ? Pouvez-vous me dire quand je vais rejoindre le reste des toiles ?

Le marteau : Mon pauvre, j’ai bien peur que cela n’arrive jamais !

Le tableau : Comment cela ? Qu’en savez-vous ?

Le marteau : C’est bien cela mon drame !

Le tableau : Mais de quoi parlez-vous bon sang ? Vous comptez me laisser encore longtemps patauger dans ces débris ?

Le marteau : Si j’exécute mon contrat, vous allez les rejoindre en moins de temps qu’il ne faut… ces débris ! 

Le tableau : Ne dites pas de sottises ! ? Vous ne pouvez pas détruire l’œuvre que je suis !!!

Le marteau : J’ai pourtant été payé pour cela !

Le tableau : Je vous en offre le double !

Le marteau : ça se discute …

19 mai 2026, la salle s’éclaire et en son centre, sur un pupitre improvisé, un tableau très coloré est exposé, reposant sur un vieux marteau rouillé.
Les invités s’agglutinent devant cette œuvre originale. Même l’artiste exposé en est surpris d’autant qu’un généreux collectionneur lui en offrira 3 fois le prix de son marteau-tueur à gage !!

Marie Calamy

 

SHOW MUST GO HOME 
 
Haletante, une femme d’âge mûr pousse la porte du commerce. 
« De l’eau ! donnez moi de l’eau dit - elle avant de s’écrouler. 
 
Le son mat que fit le corps en s’effondrant attira l’attention de la danseuse qui se trouvait au fond du magasin sur une scène rouge écarlate. Interrompant ses exercices, elle se précipita au chevet de la malheureuse. Elle tata le pouls qui battait faiblement. Le rythme précipité de la respiration faisant osciller la ceinture du pantalon de la femme toujours inconsciente incita la danseuse à la desserrer. 
 
 « - Je me permets » murmura t’elle avant de lui ôter ses lunettes de soleil. 
 
Elle poussa un cri de surprise : 
 
- « Ciel ! ma belle mère ! »
 
Un grand rire s’éleva du fond du magasin :
 
- « - A voir ta réaction Stella, je parie qu’elle ne sait pas que tu travailles dans un sex-shop ! 
 
L’homme rougeau et ventripotent qui avait prononcé ces paroles émergea de l’obscurité pour se rapprocher de la scène. 
 
- « Adieu l’héritage, le grand amour sans nuage, l’argent qui tombe gratis tous les jours que fait le calendrier…. » 
 
- Occupe toi de tes oignons Paulo lui répondit Stella. Prends ta  bouteille et disparait de ma vue. Evidemment, pas besoin de tenir le crachoir avec n’importe qui : tu n’as rien vu ok ? 
 
- Evidement, dit l’homme en sortant 
 
La femme couchée sur le sol commençait à s’agiter, reprenant ses esprits. Elle n’eut pas le temps de voir la planche s’abattre sur son crâne. Elle mourut sur le coup. 
 
Stella se pencha  au-dessus du cadavre en se tenant les reins : 
 
- « Tu m’auras filé un bon lumbago saleté ! Show must go on ! 
 
 Elle esquissa un gracieux pas de danse avant de balancer un grand coup de pied dans le corps inerte.
 Sylvie H

Proposition 3

Une histoire à contrainte ou vous écrivez ce que vous voulez… MAIS :

  • Trouvez un titre à votre histoire.
  • Votre histoire doit faire apparaître au moins deux de ces personnages : un guérisseur, une danseuse, une infirmière, un cordonnier, un plombier, une boulangère, un diplomate, un notaire, une opticienne, une belle-mère, un plongeur, un matelot, une informaticienne, un clochard.
  • Votre histoire doit se dérouler dans l’un des lieux suivants :

Une école de danse, un cabinet médical, un bar, un refuge de montagne, un club de vacances, un sex-shop, une librairie, une forêt, une rue.

  • Les dix mots suivants devront tous être utilisés une fois :

Pantalon, planche, nuage, amour, calendrier, bouteille, héritage, lunettes, lumbago, crachoir.

 

 

Les textes

Les urgentistes

 Le « club des jambes en l’air » se trouve juste en face du sex-shop dans le centre-ville. C’est très inapproprié car notre club de danse ne propose que des danses de salon, ce qui fait qu’on ne voit que très rarement un danseur ou une danseuse avec les jambes en l’air. Ça évite les lumbagos, les pantalons craqués et toute méprise avec la boutique d’en face. Ici on se tourne autour, on se frôle, on se regarde mais en toute honnêteté et sans arrière-pensée. Remarquez, l’amour peut parfois surgir entre un cavalier et une cavalière mais c’est alors un sentiment noble qui va ouvrir un beau et long chemin sans nuage. Ce fut d’ailleurs le cas entre Daphnée, infirmière urgentiste et Aloys, plombier SOS. C’est comme cela qu’il se définit, Aloys car il n’intervient que sur des situations de crise et d’urgence : fuites, inondations…

C’est justement sur la gestion d’un sinistre qu’il a rencontré Daphnée. Elle réanimait un enfant qui avait failli se noyer suite à une importante fuite du circuit de chauffage d’un immeuble où Aloys était en train de s’affairer. Finissant chacun leur mission, ils s’apprêtaient à quitter les planches de cette horrible bâtisse en bois quand la sonnerie du téléphone de Daphnée retentit au son d’un langoureux tango « Adios Pampa mia ». aloys quitta ses lunettes, scruta Daphnée avec attention et lui dit « vous aimez le tango ? ». Ce à quoi elle répondit « non seulement je l’adore, mais je le danse deux fois par semaine ». A ces mots, Aloys se lança dans un très long monologue élogieux ; il lui tenait le crachoir sur les danses de salon depuis plus d’un quart d’heure quand Daphnée, conquise par la passion du plombier, lui proposa de venir boire une bouteille chez elle afin de lui évoquer son club de danse. Il accepta bien évidemment et une heure plus tard ils regardaient tous les deux le calendrier pour fixer la date d’entrée d’Aloys au « club des jambes en l’air ».

Cela fait maintenant dix-huit ans que cette rencontre a eu lieu et leurs enfants ont bénéficié largement de l’héritage artistique de leurs parents. La grande fille tangote, le premier garçon valse et le petit dernier, le mouton noir sans doute s’éclate dans le hip hop.

Lionel Pottiez

 

Infidélité en héritage

La tête dans les nuages, elle se mit à rêver d’amour, une bouteille à la main, un crachoir dans l’autre.

Pour la première fois, qu’elle s’y aventurait…  Le visage camouflé derrière de grosses lunettes noires, elle parcourait avec curiosité et amusements tous ces objets disposés sur des planches. Quand Marcel la reconnut !!

Angela, ma belle-mère ne dormait plus depuis qu’elle avait croisé le plombier dans un sex-shop et qu’ils s’étaient donné rendez-vous !

A cette date, Umberto était au salon de l’agriculture. C’était noté dans son calendrier.

Marcel arriva à l’heure prévue et se hâta de rejoindre le salon, où Angela l’attendait en compagnie de quelques jouets récemment acquis !

La journée fut vite passée, et, Angela sursauta en entendant les clés dans la serrure. Marcel se releva dans un sursaut et n’eut pas le temps d’enfiler son pantalon que son lumbago se réveilla et fit face au mari cocu !

Marie Calamy

 

 

 

 

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Publié le 4 Juin 2026

Proposition 1

 

Ecriture théâtrale dans l’univers de Nadine Vergues* - Pièce en un acte.

Choisir le message central et élaborer un conflit, garder à l'esprit que tout se déroulera en direct sur scène.

Parmi les personnages, identifier le protagoniste principal et détailler ses motivations, ses objectifs, ses traits de caractère et son histoire. De même, identifier l'antagoniste, source de conflit pour votre personnage principal ou vos personnages secondaires.

Pour comprendre leurs motivations et les relations qu'ils entretiennent les uns avec les autres, se poser des questions : Que désire ardemment votre personnage ? Qu’est-ce qui, ou qui, empêche votre personnage d’obtenir ce qu’il veut ? Qu’est-ce qui, ou qui, se dresse sur leur chemin ? Sur qui comptent-ils ? Dans quel genre de famille ont-ils grandi ? Quelle est leur plus grande peur ? Qu'est-ce qui les agace le plus ?

Une structure en deux parties : « action montante » et « action descendante », menant respectivement au point culminant et au dénouement.

Des répliques et des didascalies (notations scéniques, entrées et sorties des personnages, ainsi que toutes les actions physiques nécessaires à l'intrigue ou à l'évolution des personnages.

*Expo Capitainerie de la Grande-Motte - 8 mai 2026 – 27 mai 2026

NadineVergues dessine et crée dès son plus jeune âge. En 1974, elle entre aux Beaux-arts de Sète (même promotion que le peintre Robert Combas), poursuit sa formation aux Beaux-arts de Toulouse de 1975 à 1978. Elle exerce plusieurs métiers. Elle s’occupe aujourd’hui d’enfants en difficulté avec son mari. Cette activité lui laisse le temps nécessaire pour se consacrer à sa passion. Attirée par les matières textiles, elle met au point une technique personnelle à partir de feutre dont elle apprécie le toucher brut et sa plasticité. Elle l’exploite sous diverses formes, à plat ou en volume. Elle réalise des portraits à base de différents éléments fusionnés au feutre par la chaleur. Puis, elle modèle la surface pour faire naître la matière. Le visage comme théâtre des émotions la fascine. Sourire, ride, cerne, indices qui trahissent un sentiment ou révèlent une expression. Elle apprécie l’art brut et l’art minimaliste pour leur pureté. Ses portraits stylisés éveillent l’imagination du spectateur en le transportant vers un monde onirique.

Les textes

BOULETTE


Auteur: LYNDA
de l’académie FAFRIKULTURE
Pièce en un acte et une scène.

PERSONNAGES: L'oiseau, Le mage

Le rideau s'ouvre.


Les murs sont recouverts de tentures rouges. De grands candélabres un peu
partout sont allumés. Au centre, un bureau massif, sur lequel trône une énorme boule de cristal. Un homme habillé comme un mage d'une immense robe noire, coiffé d'un chapeau pointu à large bord, se teint assis derrière. En face de lui, perché sur une chaise, un gros oiseau jaune sans queue mais avec une tête presque humaine.


L'OISEAU : Mais vous êtes fou. Qu'est-ce-que vous m'avait fait ?

LE MAGE: Ben... j'ai fait de vous un pinson. Vous vouliez être gai comme un
pinson. Et voilà... vous êtes un pinson.

L'OISEAU : Mais... je ne voulais pas être un gros oiseau jaune et moche en plus. Je voulais juste, un petit sortilège pour me sortir de la poise que je traîne depuis des lustres.
Je n'ai plus de boulot, ma femme m'a quittée, mes enfants me font la gueule, mon banquier me court après. Je viens de recevoir le résultat de mes analyses médicales, j'ai un cancer au foie. Je peux plus picoler. Et maintenant je suis un oiseau moche de plus.

LE MAGE: Si vous avez un cancer, je peux vous transformer en crabe, Qu’en pensez-vous, c'est très facile... on essaie...

L'OISEAU : Non ! Non ! Ni crabe, ni chien, ni singe, ni oiseau. Changez-moi en moi ! C'est tout.

LE MAGE : Oui ! Oui ! Mais ce ne sera guère facile.

L'OISEAU : Pourquoi, pas facile.

LE MAGE: Ben... c'est la première fois, que j'arrive à ce très beau résultat d'oiseau.
Mais je ne suis pas très au point pour renverser le processus.

L'OISEAU : Je veux redevenir un homme... un HOMME... Je crois que je vais vous tuer... vous tuer. J'en peux plus... (il pleure)

LE MAGE: Me tuer, MOI, pas possible ! Pas avec vos plumes. Mais, je crois que je peux vous aider. Que diriez-vous d'un boulot. 

L'OISEAU : Un bouleau, vous me proposer un arbre. Qu’est-ce que vais faire d'un arbre.
LE MAGE: Non, pas un bouleau ! Du boulot, un job, un travail si vous préférez, quoi!
L'OISEAU : Vous avez déjà vu un oiseau travailler. Dans une rôtisserie, au bout d'une broche... Peut-être...

LE MAGE: NON ! Au zoo de Vincennes. Il y a une grande volière vide. je connais très bien le directeur. Vous y serez très bien: nourri, logé, chauffer. Plus de problèmes avec votre femme, vos enfants, votre banquier. Alors on deal ?

L'OISEAU: C'est vrai, que c'est tentant... plus de problèmes.... mais... mon cancer ?

LE MAGE: Pas de soucis ... les oiseaux n'ont pas de cancer. On tope là ?

L'OISEAU : Ok! mon pote, on tope. Vous vous occupez du transport?

Rideau

Quand ça fait trop mal

Le rideau s’ouvre

Scène 1

Une chambre. Au mur un poster représentant 4 comédiennes célèbres. Sur chaque visage des empreintes de baisers au rouge-à-lèvre.

Un lit. Un personnage est allongé. On entend des paroles entrecoupées de sanglots.

Alice : Jamais je n’aurais dû lui parler de ce casting... Papa disait toujours « Alice, elle ne sait pas se taire. Ça lui portera préjudice. » Mais voilà, je suis comme ça, ce que je pense je le dis. Pourtant je le voulais ce rôle. Je m’y étais préparée. Je connaissais le texte par cœur. La Dorothée, elle s’est pointée, comme une fleur, elle ne m’en avait même pas parlé de ses intentions, la garce. C’est pas Zoé qui m’aurait fait un coup pareil, ça c’est sûr ! Avant qu’elle arrive au studio avec son fauteuil, j’avais le temps d’avoir le rôle ! Ah si seulement ce jour-là, j’avais vu plus grand !

Alice se saisit de tout ce qui est sur la table de nuit : lampe, livres, téléphone et les jette au loin.

 

Scène 2

La porte du fond s’ouvre violemment

La mère suivie de ses deux filles dont l’une est en fauteuil roulant : C’est quoi se raffut, Alice ?

Alice : Demande à Dorothée. Elle va t’expliquer !

La mère : Calme-toi. Elle m’a raconté le casting. Je sais qu’elle a été prise, on revient du studio. J’ai dû signer des papiers. N’en fais pas un drame ! Tu n’as qu’à mieux te préparer la prochaine fois...

Alice : La prochaine fois ! Tu parles de quelle prochaine fois ? La prochaine fois que je pousserai une de tes filles sous les roues du bus ?

La mère : Qu’est-ce que tu dis ? Tu délires ? Tu parles de ce dramatique accident ? Tu n’es pas sur scène, Alice, tu es dans la vie réelle, tu ne peux pas travestir la réalité, tu ne peux pas rire avec ça !

Alice : Je n’ai pas envie de rire, maman. Faut que vous sachiez. Ce n’était pas un accident... Maintenant que papa est parti, je peux tout dire même si ça doit vous faire mal. Zoé, c’est moi qui l’ai poussée. Je n’en pouvais plus de ses moqueries, de ses brutalités et vous, vous... vous n’y voyiez rien, vous n’entendiez rien.

Rideau

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Publié le 13 Mai 2026

Atelier consacré aux poèmes en prose

D'Aloysius Bertrand à nous, en passant par Baudelaire

Louis Jacques Napoléon Bertrand, dit Aloysius Bertrand, est un poète, dramaturge et journaliste français. (1807 – 1841) À Paris, il mena une vie de bohème, mais sa santé fragile lui imposa bientôt de fréquents séjours à hôpital. L'ensemble de son œuvre ne fut édité, par un proche, qu'après sa mort. Considéré comme l'inventeur du poème en prose, il est surtout connu pour une œuvre posthume passée à la postérité, "Gaspard de la nuit" (1842).

Lecture 1 : Jean des tilles

Jean des Tilles

 « Ma bague, ma bague ! » — Et le cri de la lavandière effraya, dans la souche d’un saule, un rat qui filait sa quenouille.

Encore un tour de Jean des Tilles, l’ondin malicieux et espiègle qui ruisselle, se plaint et rit sous les coups redoublés du battoir !

Comme s’il ne lui suffisait pas de cueillir, aux épais massifs de la rive, les nèfles mûres qu’il noie dans le courant.

« Jean le voleur ! Jean qui pêche et qui sera pêché ! Petit Jean, friture que j’ensevelirai blanc d’un linceul de farine dans l’huile enflammée de la poêle ! »

Mais alors des corbeaux, qui se balançaient à la verte flèche des peupliers, croassèrent dans le ciel moite et pluvieux.

Et les lavandières, troussées comme des piqueurs d’ablettes, enjambèrent le gué jonché de cailloux d’écume, d’herbes et de glaïeuls.

Proposition 1

Ecrire un poème en prose qui fasse intervenir un personnage mythologique ou légendaire dans le quotidien.

Les textes

 

Le Grand Pan est mort !…

 

Rien à voir avec Panpan le lapin ou même Rantanplan

Le Grand Pan est mort ! La nature est en deuil.

Le son unique de sa flûte ne hantera plus monts et vallées forêts et pâturages

Pleurez Nymphes et Naïades, Centaures et Sylvains.

En avant le réchauffement climatique

En avant déforestation, bétonisation

En avant pillage des océans.

Tout est sans rime ni raison

Le Grand Pan est mort !…

On s’en fiche

Olé !!!

Esmaiaqui

 

Ulysse 2026

Aquarelle de Josiane

Comme chaque matin, Ulysse sort des bras de Morphée avec une amertume dans la bouche. Les baisers de Pénélope au gout de fleurs et de miel lui manquent tellement ! Il est vrai, que Circée n’est pas dépourvue d’attraits, ses formes pleines et douces qui emplissent les paumes et comblent ses désirs mais…Elle manque de la nervosité, du galbe et de la brune senteur de Pénélope. Sorcière, Circée l’a attrapé par un charme qui devait lui faire tout  oublier! C’est une conteuse hors pair et il adore passer ses soirées à l’écouter.

Qu’y aura-t-il au déjeuner ? Des figues, du lait de chèvre, des fruits juteux et sucrés qu’il a découverts au hasard de ses promenades sur ce bout d’ile Aeaea, dont il ne mémorise le nom qu’avec grande difficulté. Il ignore pourquoi mais …Ce ne sont pas les fruits d’Ithaque la belle, la colorée, bleue et verte. Ithaque la dissimulée dans les brumes du matin. Ithaque, l’ombreuse, la mystérieuse du soir.

Il prend son carquois et ses flèches. Il ira arpenter la montagne, chassera à l’occasion. Un cuissot bien rôti, pour diner avec l’équipage, cela ne se refuse pas…Une chèvre sauvage l’observe puis saute avec grâce d’un rocher rouge sur un rocher noir, un dernier signe de la tête, puis elle disparait.

Depuis que ses compagnons furent transformés en sangliers, Ulysse hésite à les chasser, craignant d’occire quelque voyageur imprudent métamorphosé par la magicienne maléfique Tant pis pour le diner…

Ulysse reprend son chemin, ses pas déclenchent des volutes de poussière, ses mains accrochent et froissent les feuilles séchées des myrtes, des cistes et des arbousiers. Il se remplit avec bonheur des senteurs parfumées du maquis.

Josiane

 

La dame à la Licorne

 



Dans les rouges des laines et des tapisseries, aux reflets des lents miroirs s'annonce la dame à  la Licorne.
Par suite d'images de fleurs et de fruits le  parterre s'ouvre, où se réfugie l'histoire profonde de la dame.


Contez, et récitez le serment de la dame en ses atours, parée de ses bijoux  et de ses six tapisseries!
Et saluez la Licorne plus qu'animale versant des larmes de pureté pour sa dame affranchie !
En visions multiples de laines et de lances, sur un tapis ourlé de fleurs, et de verts semés pour  l'esprit seul qui la réclame, s'approche de  la licorne haute de mât, le Henin en son coeur.
Et comme un navire sans voile, haute d'esprit et de teneur, lui monte, téméraire, la garde.

Le parterre fleuri tisse sa belle rencontre, et son Dais du  bleu abrite son coeur aux étoiles.
A son seul désir de rouge le lion s'avance à sa rencontre, et Licorne de désir, Licorne du bonheur, son cœur se met au service de la pureté idéale et  complice de  son esprit de laine - tapisserie.

Solange

La chèvre de Monsieur Seguin

« Blanquette ! Blanquette ! » Monsieur Seguin s’époumonait dans le ciel étoilé de sa verte vallée.

 

« Blanquette ! Ô ma Blanquette ! Se languissait encore le vieil homme à l’aurore nouvelle.

 

Alors que le vieillard se lamentait dans la rosée du matin,

Blanquette, la jeunette

Toute vitalité retrouvée

Gambadait et sautillait

Telle une gazelle

Tel un cabri sur les plus hautes cimes.

 

On eut pu dire : « Heureux qui comme Blanquette... » qui se baignait et s’ébrouait tel un jeune chiot écervelé dans le courant d’une onde pure.

 

Blanche et ingénue

Jeune et belle

Comme une demoiselle

Blanquette VIVAIT !

 

Elle vivait toute sa vie en une seule journée.

Sa vie, elle le savait, ne se comptait plus en années

Ni en mois

Ni même en semaines

Encore moins en jours

Elle le savait la Blanquette

Sa vie se décomptait en minutes !

 

Alors elle décida

Honorant son besoin de liberté

De vivre chaque minute, exaltée !

 

De vivre une minute quand d’autres survivent une année !

De respirer l’air pur des plus hautes cimes !

De laper l’eau claire des ruisseaux, savourant chaque gorgée comme s’il n’existait qu’elle dans l’univers.

 

Elle décida d’aimer chaque instant de sa courte destinée !

De sentir battre son cœur en sautillant dans les buissons d’ifs

D’écouter le son sourd de ses sabots sur la terre aride

De savourer à pleine bouche l’herbe fraîche parsemée d’ail des ours

Dans cette ultime journée de printemps.

 

Et tandis que le brave Seguin laissait couler les flots de chagrin sur ses joues creusées par sa profonde détresse, Belle Blanquette vivait en une journée les 1001 vies qu’elle avait imaginées, attachée par une grosse corde à son pieu, à l’arrière de la maison du vieil homme.

 

A la tombée du jour, Blanquette s’allongea dans l’herbe fraîche des hauteurs alpines.

 

Elle n’attendait rien

Ni le loup

Ni la mort

Elle ne les redoutait pas non plus.

 

Car elle avait vécu, Blanquette !

Une ultime et merveilleuse journée !

 

Florence

 

Le petit chaperon blanc

 

Victoire par Catherine

C’était le plein été. L’après-midi, chauffé à blanc, conduisait les promeneurs sous les platanes ombrageux.

L’oscillation de leurs feuillages semblait manifester une certaine irritation. Ils n’apprécient guère le dérangement, les centenaires aux écorces écaillées.

 

Un petit garçon s’était éloigné de ses parents. Dans ses mains, il tenait une grappe de raisin et levait le nez vers un rameau bas d’où dépassaient deux petits sabots de bois que prolongeaient des gambettes de soie blanche.

 

Assise sur la branche, la tête encapuchonnée de blanc, était campée une petite fille. Surprise d’avoir été découverte, elle laissa choir, au pied du garçon, un petit panier d’osier.

 

L’enfant le ramassa, en sortit une galette et un petit pot de beurre. Il prit avec plaisir la première, laissa le deuxième et, tout en remerciant le petit chaperon blanc, rejoignit ses parents.

 

Document

Lettre de Baudelaire à Arsène Houssaye

Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu'il n'a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue, alternativement et réciproquement.

Considérez, je vous prie, quelles admirables commodités cette combinaison nous offre à tous, à vous, à moi et au lecteur. Nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture; car je ne suspends pas la volonté rétive de celui-ci au fil interminable d'une intrigue superflue. Enlevez une vertèbre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. Hachez-la en nombreux fragments, et vous verrez que chacun peut exister à part. Dans l'espérance que quelques-uns de ces tronçons seront assez vivants pour vous plaire et vous amuser, j'ose vous dédier le serpent tout entier.

J'ai une petite confession à vous faire. C'est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la Nuit, d'Aloysius Bertrand (un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis, n'a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux?) que l'idée m'est venue de tenter quelque chose d'analogue, et d'appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d'une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu'il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque.

Quel est celui de nous qui n'a pas, dans ses jours d'ambition, rêvé le miracle d'une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ?

C’est surtout de la fréquentation des villes énormes, c'est du croisement de leurs innombrables rapports que naît cet idéal obsédant. Vous-même, mon cher ami, n'avez-vous pas tenté de traduire en une chanson le cri strident du Vitrier, et d'exprimer dans une prose lyrique toutes les désolantes suggestions que ce cri envoie jusqu'aux mansardes, à travers les plus hautes brumes de la rue ?

Mais, pour dire le vrai, je crains que ma jalousie ne m'ait pas porté bonheur. Sitôt que j'eus commencé le travail, je m'aperçus que non-seulement je restais bien loin de mon mystérieux et brillant modèle, mais encore que je faisais quelque chose (si cela peut s'appeler quelque chose) de singulièrement différent, accident dont tout autre que moi s'enorgueillirait sans doute, mais qui ne peut qu'humilier profondément un esprit qui regarde comme le plus grand honneur du poète d'accomplir juste ce qu'il a projeté de faire.

Votre bien affectionné,

C. B.

 

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Charles Baudelaire (1821 – 1867) - Lecture du poème de Baudelaire :  Le joujou du pauvre

Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.

Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.

A côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait:

De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l'œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.

 

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​​​​​​​Proposition 2

 

Et si on donnait un coup de main à Baudelaire ? (1821-1867)

Voici une liste considérable d’œuvres projetées que Baudelaire n’a pas pu écrire avant de mourir et dont les titres, souvent bizarres, ne devaient certainement pas être définitifs.

Ces titres sont les suivants : Le marquis invisible. Le portrait fatal. L'amour parricide. L'almanach. La fin du monde. Pile ou face. Le triomphe du jeune Boniface. La Licorne. La maîtresse de l'idiot. Une brebis galeuse. Une infâme adorée. L'automate. Les enseignements d'un monstre. Le crime au collège. Le catéchisme de la femme aimée. Le mari corrupteur. Les monstres. Les heureux de ce monde. Le monde sous-marin. Une ville dans une ville. Les mineurs. Le rêve prophète. Le prétendant malgache. Le fou raisonnable et la belle aventurière. Le déserteur. Le boa. Une rancune.

Choisir l’un de ces titres. A la manière de Baudelaire, écrire un poème en prose.

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Les textes

 

Le prétendant malgache

 

Madame la Baronne était toute en beauté et toute émoustillée ce soir. Monsieur le Baron, bien assis et calé derrière son ventre rebondi, tenait doctement les bras du fauteuil qui l’accueillait dans le salon VIP de l’hôtel-restaurant du Lion d’Or.

Ils y avaient réservé une table pour quatre ; en effet, leur fille Laure-Edmée, devait ce soir-là leur présenter son prétendant. Ils étaient arrivés une demi-heure avant l’heure convenue du rendez-vous avec les deux futurs époux car ils avaient décidé de prendre le temps d’une coupe de champagne pour rêver ensemble et tenter de deviner quel fils d’industriel ou de banquier leur progéniture allait leur présenter. 

Madame la Baronne articula la première les quelques souhaits qu’elle désirait formuler : « j’espère tout de même qu’il sera assez beau, assez grand, assez musclé et pas trop âgé, notre futur gendre ! »

Ce à quoi monsieur le Baron répondit : « l’essentiel est qu’il soit suffisamment amoureux et suffisamment fortuné pour ne pas chercher à convoiter nos biens et nos avoirs familiaux. De toute façon, je fais confiance à la clairvoyance de notre fille pour opérer un choix d’époux pertinent ! »

Laure-Edmée, élégamment vêtue d’un tailleur-pantalon blanc fit alors son entrée avec, à son bras, un garçon pas tout jeune, mi-chauve et aussi court que replet.  

« Père, mère, j’ai la joie de vous présenter mon amoureux, Émile-Placide Ravitalomanana ! »

Les jambes cisaillées par la surprise et la déception, aucun des deux parents ne parvint sur l’instant à se lever pour saluer le prétendant. Celui-ci, sentant un léger malaise appesantir l’atmosphère, prit alors la parole d’une voix à la fois rassurante et martiale :

« En effet, chers futurs et aimés beaux-parents ; je suis malgache et très amoureux de votre fille merveilleuse. A Tananarive, où je vous invite pour prochainement rencontrer mes parents, notre famille qui appartient à l’ethnie Mernhe, possède trois des cinq banques de la Grande Ile et le consortium national qui regroupe toutes les mines d’or et d’améthyste du pays.

Retrouvant soudainement leur habituelle courtoisie, la baronne et le baron s’empressèrent de saluer chaleureusement le nouveau venu dans la famille.

Lionel

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LA VILLA 31, UNE VILLE DANS UNE VILLE
 
Leonardo est né là.  Depuis sa plus tendre enfance il parcoure les ruelles étroites et crasseuses, connait chaque encoignure, chaque patio jonché de gravats, de bouteilles abandonnées,  de pneus crevés, detritus que plus personne ne voit
A la moindre averse, les ornières ne manquent pas de se remplir de boue et les ruelles sont totalement impraticables mais les habitants ne s'en formalisent pas.
 
Ils ont l'habitude de silloner, sauter, et même se déchausser  pour
éviter les immondices qui flottent  à la surface,   puisque le service des égouts n'arrivera jamais  jusqu'à eux.
 
Tout bidonville a ses règles.  Leonardo connaît  celles de la Villa 31. Comment y entrer, par où,  à quelle heure, et comment en sortir.
 
Il connaît tout aussi bien les règles de la Capitale qui se trouve à deux pas. 
 Il rêve parfois devant les boutiques chics où les filles de bonne famille s'arrêtent,  payent un Uber sans un regard pour le chauffeur,  l'esprit déjà absorbé par le shopping ou un rendez-vous dans  un restaurant climatisé. 
Il est laveur de vitres à l'hôtel Emperador et enchaîne des petits boulots dans les vieux bureaux de l'avenir Santa Fe
 
Le soir il devient cartonero comme la plupart des hommes et des femmes de la Villa , alors que les nantis de Buenos Aires prennent un whisky au Hilton.
 
Le dimanche,  ceux de la capitale abandonnent leurs demeures luxueuses pour rejoindre leurs amis au bord du fleuve Tigre et partager un asado.
 
Eux se contentent d'écouter du tango et Astor Piazzola sur le poste de radio tout en sirotant leur  infusion de mate brulante.
 
Leonardo aime le dimanche,  ce jour là,  les deux villes partagent le même soleil. 
Viviane H
 
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Le portrait fatal

Aquarelle de Josiane

C’était dans un salon, sur un mur accroché, 
De la lumière du jour protégé par un linge,
Linge blanc le matin, rougeoyant à midi,
Après 18 heures, passe au brun de pain saisi.

Il était d’usage de se hâter devant lui,
Certains préféraient ramper sur le tapis,
Plutôt que d’avoir à côtoyer ce machin,
Même effacé, son nom écartait les importuns.
Le maître des lieux toujours frais et dispo,
Recevait ses amis, ses amantes, même les sots,
Ils devisaient de tout, de rien, du sexe des anges
Se disputaient longtemps sans qu’il en sorte rien.

Lorsqu’une jeune impertinente trop curieuse
Souleva le lin jauni depuis des lustres
L’image d’un vieillard qu’elle reconnut, peureuse
Dévoilé par la diablesse qui vient chercher son du
Le vieux visage de l’hôte des lieux ne sourit plus !
Il meurt dans l’instant, le pacte fatal de Dorian Gray vient d’être rompu

Josiane

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Le marquis invisible

« Vous me voyez Monsieur ?

- Bien sûr, pourquoi donc ?

- Parce qu’ici chez moi, personne ne me voit plus. Même les domestiques ne répondent plus à mes appels et me marchent sur les pieds sans s’excuser. Quant à ma femme… ah… ma femme... Madame la marquise m’a invisibilisé.

Je vous explique : Au départ, mariage heureux, ciel serein. Je commandais ma compagnie de militaires ce qui ne me prenait pas beaucoup de temps.

Et puis, et puis je remarquais la marquise de plus en plus indisponible, elle avait migraines sur migraines, vapeurs sur vapeurs, elle m’envoyait promener en disant : « Va-t’en donc jouer avec tes petits soldats... »

Je comblais ce vide en faisant manœuvrer ma compagnie qui semblait rétrécir à vue d’œil bien qu’à l’appel tout le monde soit présent.

Jusqu’au jour ou je compris mon malheur. Une partie de la compagnie faisait l’exercice pour m’occuper, l’autre manœuvrait avec ma femme. Je n’existais plus. Ma honte, mon déshonneur furent rendus publics quand le poète clama « Dans le lit de la marquise, nous étions quatre-vingts chasseurs... »

Depuis je longe les murs qui eux aussi me trouvent rasant …

- Tout cela est bien triste, mais excusez-moi Monsieur le marquis, j’ai un rendez-vous urgent. »

 

Esmaiaqui

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Le boa

 

Comment était-il parvenu jusque-là ? Nul ne le sut. Et pourtant, il était là, lové sur la banquette toute vêtue de chintz sang et or, dans cette chambre de bonne perchée sous les toits. Son corps dessinait des arabesques de plumes bleues.

 

Des pas se firent entendre mais le boa ne bougea pas. On l’aurait cru endormi profondément quand la belle pencha vers lui sa longue silhouette gainée de paillettes d’argent.

 

Sans broncher, il se laissa saisir, par une main avide. La belle le souleva tel un fétu de paille, le laissa longuement trainer sur le plancher avant, d’un geste brusque, envoyer tout son corps dans les airs.

 

Le beau boa bleu s’enroula fortement, comme attendu, au cou de la belle. Trop fort, si fort, qu’elle en mourut.

 

 

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L’amour parricide

 

Il est certains foyers abritant comme un nid, de douillettes familles qui paraissent unies à tout regard pressé qui glisse en passant.

Et puis l’on voit parfois aux détours d’un logis, des chez soi bien plus âpres où les bons sentiments ne s’expriment plus guère et les câlineries sont absentes séant.

C’est dans ces maisons-là que les mots sont parfois plus aigus, assassins, qui empêchent l’amour de se dire jamais et qui ont, sur les corps des tout jeunes enfants, un effet délétère.

La chair devient contrite et le regard s’éteint. Le cœur se rétrécit, le teint accentue, dans les jaunes ou dans les blancs cireux, les cernes qui se creusent.

Le père n’enseigne pas à grandir au marmot, il ne sert pas d’exemple. Il s’énerve souvent, il est embarrassé de ces petites choses qui quémandent un câlin,  un baiser, un moment d’attention. De ses longs bras agiles et de ses grandes mains il n’hésitera pas à balayer l’espace visant un des minois, ne cherchant pas lequel.

La mère a sur le flanc le tout dernier blotti et elle reste au large. Elle connaît le monstre, qu’elle a aimé jadis, qui n’hésiterait pas à lui mettre une gifle ou à la faire choir.

C’est un de ces soirs-là que le plus grand des gars, le premier de couvée se montrera tendu et n’hésitera pas pour protéger les siens de la brute imbécile, à manier le couteau ou le tranche légumes pour arrêter les gestes dans leur élan brutal.

Il n’aura comme choix de destin, pour le reste de sa vie, que la fuite à jamais ou les forces de l’ordre. Ses proches, ceux qu’il aime, seront libres, éperdus.

Chacun est responsable d’un peu du bien des autres.

 

Nic

 

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La maîtresse de l’idiot

Il croisait souvent les bras sur son pupitre, y déposait son visage lunaire et malgré les questions de velours de la maîtresse, malgré les réponses bruyantes de ses condisciples, il sombrait aussitôt dans le sommeil. A quoi bon rester éveiller ? A quoi bon tenter de donner une réponse ? Il était l’idiot de la classe. C’était une affaire entendue.

Cependant, il aimait bien venir à l’école, goûter le sourire de miel de son institutrice, regarder les jeux musclés des récrés, le dos appuyé au marronnier d’où s’égouttaient des centaines de pétales jaunes. Parfois, la maîtresse, interrompait sa ronde pour discuter avec lui. Alors il lui livrait quelques petits secrets sur ses goûts,  sa famille, leurs occupations. Que des phrases faciles qui ne demandent pas à être analysées, à être justifiées.

Parfois Mademoiselle Doris lui posait des questions qui trop souvent le mettaient dans l’embarras mais elle savait y faire et n’économisait pas les indices pour obtenir en douceur la réponse attendue.

C’est ainsi que ce jour-là, durant le cours de géographie, elle demanda, en le désignant de son index : Toi, Clotaire, peux-tu me dire quel est le fleuve qui arrose Paris ? Après avoir fait la grimace rituelle, il se rappela de la dernière conversation sous le marronnier ; il avait raconté à Mademoiselle Doris la promenade en famille sur le bateau-mouche et la réponse jaillit de ses lèvres :

- La Seine !

Toute la classe applaudit.

 

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Le fou raisonnable et la belle aventurière

 

L’abbé Michel, curé de la paroisse de St jean de cucul recevait tout le village ou presque en confession tous les mois. Même la belle Esmeralda, une belle blonde, gironde, n’échappe à confesse. L’abbé un peu foufou qui est un peu poète à son propos fait rimer fesse à confesse sans craindre le blasphème !

Esméralda sut que l’abbé cherchait une âme charitable pour lui laver son linge et repasser ses soutanes. Esméralda, tombée sous le charme du jeune et séduisant curé, dès le lendemain, vint au presbytère avec une corbeille à linge vide pour rendre service. Esméralda était bavarde. Elle se confia sur ses aventures amoureuses et ses aventures en mer ; lui dit tout de ses exploits de navigatrice hors norme lors de la Route du rhum, de la transat Jacques Vabre, et de l’America’s cup en équipage uniquement féminin.

Quel beau palmarès conclut l’abbé Michel en la prenant dans ses bras et en l’embrassant  langoureusement. Notre curé conta fleurette à la belle blonde et ce qui devait arriver arriva : neuf mois plus tard un ange naquit, appelé Chérubin.

Esméralda partit avec l’angelot de quelques mois à Nîmes et devint la femme de ménage de l’évêque, pistonnée par l’abbé Michel bien sûr ! Chérubin devint prêtre à son tour. Le jour de ses 21 ans, il partit comme missionnaire, sur les traces de Mère Térésa en Inde, servir les pauvres et les déshérités. Il s’était donné pour mission capitale de sortir les jeunes filles des bordels de Calcutta en souvenir des aventures malencontreuses que sa mère lui avait contées jadis.

On peut dire à la suite de cela que l’on peut devenir curé de père en fils sans blasphémer.

Amen, pardon, ainsi soit-il !

Rab 34

 

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Pile ou face
 
Je dis : " Pile ou face "?
Je prends face, comme la face réjouie du jeune enfant, admiré par les siens.
La face cachée de la lune éclairée par le soleil.
La face cachée de l'origine du monde, petit bijou de féminité, peint par Gustave Moreau.
La face cachée de l'homme en noir, personnage mystérieux et dangereux.
Le squelette de la face, cache l'homme auquel il a appartenu.
Je dis à nouveau : " Pile ou face "?
Je prends pile, pile poil, qui arrive au bon moment.
Pile à l'heure, souligne une ponctualité parfaite.
Pile de livres, le bonheur de les dévorer.
Pile électrique, la lumière qui repousse la pénombre et rassure l'enfant.
"Pile ou face "?
Je ne prends plus rien.
 
Françoise

 

Proposition 3

 

Les bohémiens

Bohémiens en voyage - Eau forte de Jacques Callot  

 

Baudelaire nous aide. Il nous offre

- un titre : Bohémiens en voyage

- des rimes :  absent – appesantir – appétit – ardent – blotti – chanson – désert – futur – grillon – luisant – ouvert  –  pendant   – petit – verdure

- une forme poétique : Le sonnet

A propos de cette gravure écrire un poème en alexandrins (12 syllabes) de (2 strophes de 4 vers (quatrains) 2 strophes de 3 vers (tercets), en faisant rimer.

 

Il l'a déjà écrit ce sonnet,

vous pourrez le lire ci-après !

Le reconnaîtrez-vous ?

Les textes

 

Bohémiens en voyage

 

Une bande de fous toujours plein d’appétit,

Voyagent à cheval, plein d’enfants blottis.

Dans les yeux, sur les lèvres une chanson

Entrainante, stridulante rappelle le grillon.

 

Dans la boue, les cailloux mais aussi la verdure,

Ils avancent, espérance en un meilleur futur.

Cherchent l’inspiration avec l’esprit ouvert,

Poétisent haut et fort au milieu du désert.

 

Inventent rimes ou pondent prose ardente,

L’impertinence est là, méchanceté absente

La laideur du monde, ne pas s’appesantir.

 

Au bout du chemin, arrêté, un ver luisant

Leur hurle de faire la pause, le village est petit,

Les habitants attendent avec joie « ce pendant »

 

Josiane

 

BOHÉMIENS EN VOYAGE

 

Écoutez mon récit car rien n’en est absent

Certains étaient assis, sur le chariot, blottis,

D’autres marchaient, debout sous un soleil ardent,

Un garçonnet mangeait sans réel appétit.

 

Mais je dois avouer que je m’appesantis

Car dans mon histoire, dans ma triste chanson

Ce n’est pas un grand jour, il est même tout petit,

Pesant comme la nuit et le chant des grillons.

 

Cette grande famille traversait le désert

Avec cette charrette, carrosse à ciel ouvert.

Le soleil dardait sur eux et sur leurs fronts luisants.

 

Les pieds l’un devant l’autre et les deux bras pendants

Cherchant un coin charmant, petit trou de verdure,

Où pouvoir s’installer pour un heureux futur.

 

Florence

Bohémiens en voyage

 

Ils vont par les chemins, en songeant à l’absent

Qu’ils ont laissé là-bas, le front bien trop ardent,

Par la fièvre vaincu, sur le divan blotti,

Il s’étiole tout seul et n’a plus d’appétit.

 

Quand on est bohémiens, on va par les déserts,

Par les villes aussi, dans tous les lieux ouverts

Dire la bonne aventure, partager les chansons

Sans jamais de répit à l’instar des grillons.

 

Faut penser au présent, garantir le futur.

Le gel fatalement couvrira la verdure. 

Sans trêve, des gitans les pas appesantis

 

Rythmeront le sommeil des femmes et des petits,

Blottis sous le lampion de la lune luisant

Pour prendre le relais du soleil, son pendant.

 

 

 

Bohémiens en voyage 

 

La tribu prophétique aux prunelles ardentes

Hier s’est mise en route, emportant ses petits

Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits

Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

 

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes

Le long des chariots où les leurs sont blottis,

Promenant sur le ciel des yeux appesantis

Par le morne regret des chimères absentes.

 

Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,

Les regardant passer, redouble sa chanson;

Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

 

Fait couler le rocher et fleurir le désert

Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert

L’empire familier des ténèbres futures.

 

Pierre de Fayis

 

 

BOHÉMIENS EN VOYAGE

 

Mais où sont-ils passés leurs beaux rêves ardents ?

Les rêves qui montraient un bienheureux futur

De soleil bienveillant aux doux rayons pendants

D’un beau terrain fleuri dans un coin de verdure.

 

Sur la pauvre charrette les vieillards sont blottis,

Soudés les uns aux autres par un espoir absent,

Serrés contre leurs cœurs dorment les plus petits

qui ont les yeux fermés et les jeunes fronts luisants.

 

Ils marchent et marchent encore au doux chant des grillons

Leurs pensées sont taries, leurs pas appesantis,

Ils avancent sans rythme, sans refrain ni chanson.

 

Pourtant si devant eux le chemin est désert

Un espoir infini leur ouvre l’appétit

Car au plus profond d’eux leur cœur est grand ouvert.

 

Florence

 

 

Proposition 4

Un titre : Le chat

Des strophes : 4

Des rimes:

amoureux, patte, yeux, agate

loisir, élastique, plaisir, électrique

regard, bête, dard,

tête, parfum, brun

Baudelaire a déjà écrit ce sonnet, vous pourrez le lire ci-après !

Le reconnaîtrez-vous ?

 

Les textes

Des chats

Le chat

 

Dans le printemps qui ébouriffe court l’amoureux

Fouillant la nuit et la miauleuse à toute patte

Gare au combat si d’autres chats croisent ses yeux

qui dans les phares luminescents sont deux agates

 

Il oublie les oiseaux les souris les loisirs

et foule le gazon de son pas élastique

guettant, pressé, tendu en quête de plaisir

la gueuse qui rendra ses moustaches électriques

 

La lune à l’apogée jettera son regard

Sur tout homme, toute graine ainsi que sur les bêtes

qui pour se reproduire joueront des dents, du dard

 

Allumant la folie dans les nerfs, dans la tête

Elle fait vibrionner  les fréquences, les parfums.

Et se coule le chat dans son pelage brun.

Nic

Le chat

 

Lové sur le sofa, alangui, amoureux,

Il s’éveille soudain, il étire une patte,

Accroche le tissu, ouvre tout grand les yeux

Où la lune savante  reconnait deux agates.

 

Il repère une balle qu’il taquine à loisir

En jonglant sans la perdre grâce à un élastique

Placé là pour servir seulement son plaisir.

Soudain, surgit du noir une fée électrique

 

Qui interrompt le jeu, révélant au regard

Un intrus agité : Plume, poussière ou bête ?

Le chat les reconnait : ces rayures, ce dard

 

Appartiennent à l’abeille qui n’en fait qu’à sa tête

Sous prétexte qu’elle aime les nectars, les parfums

Elle s’acharne souvent sur son pelage brun.

Le chat

 

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

Pierre de Fayis

 

LE CHAT

Bignole est heureux, langoureux, amoureux

Il pose sur moi bien à plat ses deux pattes

Je le regarde, il me regarde dans les yeux

Avec son regard profond et ses billes d'agate.

 

Le gros chat se promène, son principal loisir

Il aime aussi jouer à la balle à l'élastique,

Le greffier emmêle  les fils, là est son plaisir,

Mais prends garde Bignole aux fils électriques

 

Les voilà face à face, tout est dans le regard,

On se toise, on s'excite, une histoire un peu bête

Bignole provoquant la guêpe et son dard.

 

Surpris par le chahut, l’homme sortira sa tête

Des draps, abandonnant sa belle enivrée de parfum

Déçue à tout jamais de ce futile  brun.

 

Rab 34

Le chat botté
 
Surprenant et élégant,
Il se tenait droit,
Fier comme un pape,
Un pape sans robe.
 
Chaussé de bottes de cuir noir,
Aux boucles d'argent,
Un chapeau rouge à plume de paon,
Un habit de couleur saumon.
 
Voilà le personnage,
Insolite et charmant,
Portant costume et coiffe,
Tel un riche bourgeois.
 
Mais il se trouve que c'était un chat,
Un chat très beau certes,
Mais un chat, un chat botté.
Son maître était le marquis de Carabas.
 
Françoise

Le chat

 

Avec un poil soyeux et son air amoureux

Il rêv’ de sa maîtress’ et lui donne la patte

Elle aim’ le caresser quand il fait ses doux yeux

Qui brill’nt et étincell’nt dans son regard d’agate.

 

Quell’s sont ses occupations, quels sont ses loisirs ?

Il ne court pas, il ne joue pas à l’élastique ;

Les caress’s et les croquett’s sont ses seuls plaisirs ;

L’eau, la musique, le bruit, ça le rend électrique.

 

Sa maîtress’ et la bouff’ attir’nt seuls son regard.

Si ell’ s’absent’ pour longtemps, il n’est plus qu’un’ bête

Et s’il était guêp’, il pourrait sortir son dard.

 

Mais il est chat, comm’ eux il n’en fait qu’à sa tête,

Il ne se calm’ qu’en présence de son parfum

Et c’est pour ell’ qu’il devient Petit Ours Brun.

 

 Lionel

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Publié le 13 Mai 2026

Proposition 1

Une pluie de lettres et de mots

Couverture d'un ancien carnet dont je n'ai aucune référence. Dommage !

 

La météo avait vu juste : N’oubliez pas vos parapluies ! Des pluies torrentielles vont s’abattre demain sur la région.

Pour une fois, elle ne s’était pas trompée.

Il a plu à verse... des gouttes d’eau ? Nenni !

Des lettres et des mots !

Racontez

Les textes

 

Il tombe des cordes

Des petits cris de vierge effarouchée retentissent au-dessus de moi. Les E, les A, les U se tiennent la main, glissent le long des feuilles et basculent cul par-dessus tête pour atterrir sur le parapluie noir. N fait la danse du ventre pour que U et A viennent danser avec lui. G court derrière eux et attrape E au passage qui ne peut se séparer du S.

S de solitude, de si triste, de sillon sur ta vieille peau…Pourtant Soleil se bat avec Nuage pour le pousser, l’écrabouiller, le réduire en gouttes de rosée, perles du matin. Rayons arrivent à la rescousse, lumière vibrante tombée des cieux, se réfléchit sur les flaques et tombent sur les rétines assoupies de vieux réfugiés à l’abri sur à un banc.

Les degrés enchaînés les uns aux autres font les montagnes russes. Pluie d’orage réchauffée ou pluie glacée de Janvier, il faut se décider, descendre ou monter.

Mais pourquoi tous ces mots tombent-ils sur moi ? Je fais comme si je ne les voyais pas, ils ne mouillent pas. Je vais les faire disparaitre, telle une ogresse, une sorcière, narines dilatées et bouche ouverte, je les aspire les milliers de mots qui essaient de me noyer. Je les range dans un coin de mon cerveau en surchauffe, côté mauvais souvenirs, tiroir à oublier à jamais… Non, plutôt je vais les transformer en décorant mes neurones, en guirlandes riches de merveilles colorées, je crée des cielbleuheurs, des vacansoleils, des solijolis, des tournemots. Je joue avec les mots qui tombent en pluie

Josiane

 

Une pluie de contes

 

Des pluies torrentielles étaient attendues.

Mais point d'eau, de gouttes ou d'averses.

Seulement des mots, des lettres et des mots sont tombés à foison ce matin dans les rues.

Des mots dans toutes les langues, des lettres abandonnées par les mots, volaient dans le ciel, formant de nouveaux mots impossibles à attraper.

Les enfants sautaient, les adultes lançaient des filets à papillons.

Peine perdue, elles réussissaient toutes à s'échapper.

Prenant de la hauteur et de la force, elles volaient vers d'autres horizons. Durant leurs courses, des phrases se formaient, les mots récupéraient les lettres, et les histoires s'écrivaient.

Les enfants sachant lire sautaient de joie au vu des contes merveilleux qui passaient au-dessus d'eux.

Les adultes effarés devant ce spectacle, se prenaient au jeu.

Ils choisissaient un début de phrase, et se mettaient à lire des histoires pour eux.

Une foule de gens et d'enfants, sautaient, couraient, la tête en arrière, admirant ces livres ouverts dans le ciel.

Tout à coup, des rafales de vent, le ciel s'assombrit, les lettres, les mots et les phrases se mirent à tourbillonner.

Les histoires disparaissaient, les mots se défaisaient, les lettres, tristes, esseulées, essayaient de résister courageusement au vent, jusqu'au moment où s'abattit des pluies torrentielles, comme l'avait annoncé la météo.

La magie disparue, les gens couraient dans tous les sens pour essayer de s'abriter.

Seuls, les enfants accompagnaient de leur regard, les petites lettres affolées, tristes d'abandonner la foule apeurée.

Françoise

 

 

C’est la faute aux nuages

 

De gros nuages s’étaient rassemblés pour cracher une pluie drue sur notre monde imparfait.

Ils espéraient nettoyer moult insanités, cruautés et inégalités.

Sous eux des humains s’agitaient, telle une horde de fourmis que l’averse avait désorientée.

La pluie avait gonflé les caniveaux qui emportaient branchages et détritus en direction des collecteurs d’égouts.

Une feuille de papier poussée par la burle, ce vent du nord qui sévit l’hiver dans le centre sud de la France et sur les plateaux dénudés du Velay, avait échappé au massacre et se trouvait coincée entre la grille du collecteur d’eau de pluie et le bord du trottoir.

C’était l’une des pages arrachée au livre de notre brillant académicien Éric Orsenna, La grammaire est une chanson douce. La page avait blanchi et perdu ses voyelles et consonnes qui gisaient pêle-mêle dans le caniveau.

Un jeune homme qui bravait l’averse aperçu les lettres perdues. Il se pencha et ramassa le A majuscule. Il recherchait depuis sa puberté l’amour avec un grand A. C’était pour lui chose difficile en ces temps où la rencontre avec l’élue de son cœur se fait sur internet et se concrétise par un « date ». Et lorsque le grand A devient un a minuscule les prétendants au bonheur le jette tel un kleenex usagé.

Heureux de sa découverte, il empocha le grand A mais, bien trop pressé, il se promit de repasser afin de trouver les voyelles et les consonnes du mot amour espérant ainsi que cupidon lui apporterait son aide.

Il précédait une dame que les années n’avaient pas épargnée et qui errait sur les sentiers de sa mémoire. Elle avançait à petits pas prenant soin de ne pas glisser sur les feuilles sèches et ténues que le vent avait arrachées aux vieux érables qui bordaient la route.

Apercevant l’amas de lettres, ce fut le V qui attira son regard. Elle s’en saisit car, pour elle, il était la première lettre d’un mot qui lui tenait à cœur, le mot vie à laquelle elle s’accrochait vaillamment.

Depuis quelques années, son grand amour, au seuil d’une vie bien remplie, l’avait quittée pour d’autres  ailleurs. Il lui avait, auparavant, fait promettre qu’elle continuerait seule sur le chemin qu’ils avaient tracé ensemble. Alors elle traversait sa vie lentement dans l’attente d’aller le retrouver.

Une troisième personne succéda à la vieille dame. C’était un  homme jeune à la chevelure brune, au teint halé que possèdent bien des méridionaux. Son vêtement défraîchi laissait à penser qu’il était étudiant. Il portait à l’épaule une besace qui avait dû connaître bien d’autres propriétaires. Elle était restée entrouverte. Je le suivais et j’aperçus les lettres dans le caniveau qui se regroupaient pour aller s’envoler et garnir la besace de l’étudiant qui ne s’était rendu compte de rien et qui poursuivit son chemin.

J’étais contrit, désespéré, car j’avais bien besoin du reste de ces voyelles et consonnes pour écrire cette histoire. Tant pis et si je puis me permettre comme pourrait dire notre amie Monique « Eh bien, démerdez-vous avec ça ! »

 

Jean EQUETTE

 

Mon Pépin

Souvent je le regardais du coin de l’œil, si droit si chic dans son habit noir ! Je jetais un regard par la fenêtre et maudissais ce foutu soleil qui me narguait m’empêchant depuis mon anniversaire d’aller danser sous la pluie avec mon nouveau compagnon.

Enfin, hier au soir, la météo s’est mise de mon côté : elle annonçait l’averse !

Je me suis levée très tôt, j’ai enfilé ma robe prune moirée, des bottines noire assorties à mon cher Pépin et je suis sortie. Mon pouce a exercé une pression sur le bouton et les baleines ses sont écartées dans un souffle. On aurait dit le vol d’un cormoran. Bien à l’abri, je ne sentais pas la pluie, pas même le pétrichor, cette odeur de terre mouillée, en traversant le jardin fleuri.

D’abord j’ai cru que le vent avait arraché, les feuilles du prunier, les pétales de mes rosiers tant il y avait de désordre dans les plates-bandes, au pied des petits pois, sur mes rangées de fraises...

L’ombre de mon Pépin s’étale et je ne peux pas trop distinguer ce qui sème le bazar dans mon potager.

Je me penche. Avec stupeur je remarque que ce qui s’est amoncelé n’a rien de naturel, il s’agit de lettres, de lettres de l’alphabet qui, en guise de pluie, s’abattent sur mon jardin. Comment ne m’en suis-je pas aperçue plutôt ? Maintenant je les entends cogner sur mon parapluie et rebondir à mes côtés. Je me pince, trop fort. AÏYEU ! Je n’ai pas rêvé...

- C’est quoi cette connerie ?

Là, sous mes yeux, comme répondant à un signa, les lettres se mettent à bouger en tous sens pour venir s’aligner devant moi, sur les gravillons de l’allée :

TU AS PERDU TON AME D’ENFANT !

PLUS RIEN NE T’EMERVEILLE !

TU ES FOUTUE !

Vous le croirez si vous voulez mais j’ai entendu Pépin se tordre comme une baleine !

 

Proposition 2

 

Des phobies

Le cri - Munch

Il y a les phobies classiques, comme la peur des araignées, la peur du vide, ou encore du noir. Mais il y a aussi des phobies improbables, qui existent vraiment, mais que vous ne soupçonnez même pas... Découvrez le top 10 des phobies les plus surprenantes, et avouez-le... ridicules !

Elles ont des noms presque imprononçables, et sont sans doute des cas extrêmement isolés, mais ces phobies existent bel et bien, et doivent pas mal pourrir la vie de ceux qui les ont... Petit tour d'horizon des phobies, qui vous ferons sûrement relativiser les vôtres.

Cubiculacetophobie : la phobie qu'un lézard tombe sur votre lit

L’anatidaephobie : la peur qu'un canard vous regarde

La cenosillicaphobie : la peur de se retrouver avec un verre vide

La carpophobie : la peur des fruits

Cataptophobie : la peur des miroirs

L'alektorophobie : la peur des poulets

La nomophobie : la phobie d'être séparé de son téléphone portable

La papétolétophobie : la peur du papier toilette

La butyrophobie : la peur du beurre

La phobophobie : tout simplement, la peur d'avoir peur...

Mettre en scène, au présent, à la 3ème personne du singulier un personnage qui souffre de l’une de ces phobies.

​​​​​​​

Les textes

 

 

Cénosillicaphobe

 

Le verre d'eau - Aquarelle de Josiane

Il ne peut voir de verre vide sans le remplir. Tout cela a débuté lorsqu’enfant il partait en vacances chez une grand-mère qui craignait qu’il ait faim, qu’il ait soif, ou qu’il s’ennuie.

Minot, il biberonne des hectolitres de lait puis de jus de fruits. Adulte, à la cantine, toujours debout à remplir le broc d’eau à la cantine, il emplit et remplit le verre de ses collègues. Un verre vide en face de lui et la peur d’avoir soif lui serre la gorge, lui sèche la langue…La phobie l’amène à s’alcooliser plus que de raison lorsqu’il assiste à un pince-fesses, une réunion chic où l’on grignote des canapés au foie gras et où l’on boit du champagne à petites gorgées. Sa phobie l’oblige à poser un verre d’eau sur le chevet à côté du réveil. Si par malheur, il ouvre un œil au milieu de la nuit sans verre plein à portée de regard, il s’angoisse, il transpire, la nuit devient blanche et interminable. Se lever pour remplir le verre peut déclencher un ré-endormissement presque immédiat mais…Le risque est alors celui de se re-lever pour vider une vessie distendue, plus très élastique !

La cénosillicaphobie lui aura gâché la vie mais, pour la mort, il a pris les devants. Il a précisé, dans son testament, qu’il souhaite reposer un verre plein d’eau à la main…

Josiane

 

Cataptophobie

 

René Magritte - La reproduction interdite

Elle est là. Elle regarde celle qui est là, de l’autre côté. Elle se tient loin. Elle grimace, se recule, encore un pas, encore un. Derrière le mur bloque. Dans sa main gauche sa trousse de toilette. Dans sa main droite son fond de teint. Faut qu’elle le fasse. Mais pour le faire faut qu’elle s’approche. Un pas. Deux pas. Après ça ira mieux. Encore un effort. L’autre la regarde, ne sourit pas. Elle la déteste la girafe à la peau fripée. Faut qu’elle s’en approche plus près, comme si elle allait l’avaler. Voilà. Elle colle son nez sur le miroir. Elle voit flou. C’est mieux. C’est bien. Entre son visage et le miroir, elle glisse une main enduite de crème. La girafe fait de même. Elle cache ses taches brunes  et ses rides creusées. Elle, elle se recule. Rapide, elle s’éloigne du miroir. L’autre disparaît. Tous les jours, la même routine. Jusqu’à ce qu’elle le fracasse, ce maudit miroir.

Absence de recul : l’émotion est livrée dans on immédiateté. Effet de vertige d’étouffement : Le lecteur partagera l’incertitude du moment, l’absence de repères, pas d’issue visible. On avance à tâtons, on suit le fil d’une conscience en mouvement. Le présent permet de rendre les sensations plus tangibles. L’émotion est ressentie jusqu’au vertige.

 

Musophobie

Image empruntée à Anxiété.fr, avec nos remerciements

Elle est horrifiée dès qu'elle en voit un. Lorsqu'on est atteint de cette phobie, bizarrement, on pourrait croire qu'on les attire.

Depuis son enfance, elle ne peut qu'hurler et courir comme une folle, lorsqu'elle est en présence de ce mammifère rongeur.

Elle en souffre terriblement.

Une sorte de terreur incontrôlable s'empare d'elle, il lui est impossible d'affronter ce genre de situation.

C'est une phobie particulièrement pénible.

Elle y est confrontée, toujours au moment où elle ne s'y attend pas.

En plein jour, comme à la tombée de la nuit, elle en rencontre dans des endroits insolites.

Si elle le pouvait, elle les exterminerait.

Mais cela n'arrivera pas.

Ils sont des milliers partout, dans les villes comme à la campagne.

Croire à leur disparition, pure utopie.

Il faudra qu'elle s'y habitue ou continuer à vivre avec sa phobie.

Françoise

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Publié le 26 Avril 2026

Proposition 1

Gustave Doré - Séjour à Londres 1872 - Ronde de police...

A poor girl - A poor Boy

En anglais un adjectif qualificatif épithète se place résolument devant le nom. On ne discute pas !

En français, langue subtile s'il en est, la place de l'adjectif, devant ou derrière le nom peut avoir son importance. Ainsi un pauvre garçon est un garçon à plaindre (valeur morale) alors qu'un garçon pauvre est un garçon à qui il manque l'essentiel. Maintenant, rien ne vous empêche de le plaindre aussi et de lui donner à boire, à manger, un peur de chaleur et d'amitié, sans être obligés d'écrire : Un pauvre garçon pauvre !

D'où la consigne : Vos textes commenceront par l'une des expressions et se terminera par l'autre. On peut évidemment décliner l'exercice au masculin ou au féminin.

Les textes

 

Pauvre garçon / Poor Boy / Paure  dròlle.

 

Pauvre garçon, tellement mal entouré, éduqué. En a t’il seulement eu une d’éducation. Il n’y est pour rien. Il s’est accroché à tout ce qu’il pouvait. Il voulait s’élever. Il pensait que de branche en branche à la force du poignet, il atteindrait les plus hautes cimes. Hélas… Hélas… Hélas (trois fois et on peut bisser) les branches étaient pourries et si vous le voyez figure de travers, bossu, bancal, c’est le résultat des chutes dont il ne s’est jamais remis (sa cervelle non plus d’ailleurs).

Pauvre garçon,  parti de rien, il n’est arrivé nulle part.

Il a bien essayé le cirque, mais les ménageries ont fermé. C’est ainsi que ce pauvre hère de pauvre garçon est devenu un garçon pauvre.

Pauvre oui, mais toujours riche d’espérances.

Il vient justement de rencontrer une pauvre fille (a poor girl, una paura dròlla) . Tous les deux, ils font la paire.  Malheureusement pour lui, la pauvre fille n’était pas issue d’un milieu cossu. Elle était aussi une fille pauvre.

Elle avait donc toutes les qualités requises pour une bonne galère à deux.

Vous me direz, à deux, ramer aux galères on est à peu près sûr que la barque ira tout droit sauf si elle rencontre un obstacle prévu ou imprévu alors que seul le risque est grand de tourner en rond indéfiniment.

Ils partirent donc ensemble à la pêche en mer. Ce fut leur première et dernière sortie ensemble en barque, non loin du brise lames. Ils pensaient que la journée serait belle et les poissons nombreux.

Quand la pauvre fille, lançant son hameçon, tenant fermement sa canne, commit l’erreur fatale de se pencher un peu trop. Elle fut aussi sec (si j’ose m’exprimer ainsi) entraînée dans l’eau par sa prise. Ne sachant pas nager, elle coula. Elle eut pourtant la chance mais était-ce une chance d’être prise dans la gueule d’un requin en vacances dans ces eaux,  qui la ramena dix secondes à l’air libre avant de la replonger définitivement dans les noires profondeurs des abysses infernaux.

Son compagnon,  le pauvre garçon, garçon pauvre eut une réaction qui venait du tréfonds de son cœur voire de son âme « une canne toute neuve ! »

Il s’assit  et pleura longuement, amèrement sur son malheur; Maudissant tous les dieux de la création. Ce qu’il ne faut jamais faire car ça peut générer des rancunes profondes comme les abysses.

Quand il voulut revenir à terre, ce fut très difficile, seul à la rame, il fut emporté par les courants pour se retrouver en pleine Méditerranée.

Qu’advint-il ensuite, nul ne le sait, c’est là que l’on perd sa trace.

On peut aisément se douter que ce fut le fruit de ses malédictions dispersées aux quatre vents et qui n’étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd.

Esmaiaqui

 

A poor boy

Si tous les gars du monde pouvaient se donner la main… Josiane

Un garçon pauvre, sur le dos de pauvres vêtements, un anorak noir devenu si mince qu’il n’arrête plus ni le vent ni la pluie. Aux pieds, une paire de chaussures qui firent l’effet d’être des chaussures de sport mais, maintenant la semelle se décolle et parfois, bat le pavé. A la main un sac en plastoc contient toute sa richesse, quelques photos de sa famille, un vieil extrait de naissance, une carte de France si souvent pliée et dépliée que le papier est déchiré le long des plis. Enfin, sa chère boussole. C’est tout ce qu’il lui reste d’un grand-père qui avait parcouru, maintes et maintes fois, le désert.

Tombant de Charybde en Scylla, il avait franchi la Méditerranée puis la France grâce à ses astuces, des petits jobs à droite et à gauche. Il avait ramassé les fraises en Provence, vendangés le raisin en Bourgogne. Il avait joué les ghosts en région parisienne, racketté par des plus âgés, des barbares. Hébergé sous une tente le long du canal St Martin, il s’était fait un ami, Momo. Aux abords de la Porte de la Chapelle, ils avaient réussi à se faire véhiculer par un chauffeur, un good guy qui remontait vers le Nord.

Il était enfin arrivé à Calais, l’espoir au ventre mais aussi la peur. Il ne savait pas nager. Les passeurs lui avaient trouvé une place dans un small boat, il partirait cette nuit, ils seraient 48. Il faudrait se tasser et la fermer. Un cousin l’attendrait de l’autre côté du channel. Ce soir-là, il avait des étoiles dans les yeux, le pauvre garçon, poor boy…

Josiane

 

Pour gueurl

 

Pauvre fille ! Rejetée par sa famille, ses amies, elle errait dans les rues de London, les paupières humides et la goutte au nez. Pas qu’elle fût allergique aux pollens dégoulinant de Haïde Parc, notatol ! Elle était so triste qu’elle ne pouvait retenir ni larmes ni sanglots.

La solitude lui pesait. Elle s’était exilée in Grit Britin depuis déjà 6 mois sans connaître le moindre mot d’anglais. Elle avait fait Allemand première langue au collège et n’avait jamais eu l’occasion d’apprendre la langue de Chakespire pour la bonne raison qu’on l’avait mise à la porte à la fin de la quatrième.

Alors qu’elle lançait un couteau sur la carte de l’Europe, le hasard avait choisi pour elle : London.  Le hasard n’est pas toujours clairvoyant quand il s’agit de répondre à un besoin vital.

Accoutrée comme un as de pique, personne ne lui adressait la parole pas le moindre hello ! Pas le moindre good bye.

Elle seule tentait de communiquer en disant Tankiou quand on voulait bien glisser euh paound dans sa  sébile.

Pauvre fille, toujours elle resterait une fille pauvre.

 

Proposition 2*

Quels sont les animaux les plus dangereux de la terre ?

Auriez-vous donné ce classement ?

1 - Le moustique

2. L'être humain

3 – Le serpent

4. Le chien

5. La mouche tsé-tsé

6. La punaise Réduve

7. L'escargot d'eau douce

8. Les parasites intestinaux

9. Les scorpions

10. Le crocodile

11. L'hippopotame​​​​​​​

12. L'éléphant

13. Le lion

14. Le loup

15. Le requin

Ce classement est celui que donne Planeteanimal.com

*Une proposition inspirée par les oulipiens : 

"Où il sera question d’animaux pas follement sympathique mais pour lesquels on a une certaine indulgence" Lectures : P26 et 135 du Dictionnaire des Papous dans la tête

Donc dans la liste précédente, vous choisissez un animal et vous vous faites son avocat de la défense !

Les textes

L’Hippopotame

Illustration - Josiane

L’hippopotame, fruit contre nature d’un hippocampe et d’une potame de passage. Il hérita du gout de vivre dans le milieu aquatique de son père et de la forte charpente de sa mère. Précisons, dès maintenant, que les potames ont disparu de la circulation depuis des siècles….

Les hippopotames sont victimes de grossophobie et en souffrent beaucoup. Ils se rêvent en gazelles gracieuses, élégantes et graciles, en félins bondissant avec force sur une proie. Sur terre ils sont juste de gros balourds, ils galopent, certes, mais cela ne dure jamais très longtemps. Leur élément, c’est l’eau. Là, grâce à Archimède, ils sont libérés de leur lourdeur et marchent dans l’eau avec des allures de siréniens en broutant les roseaux.

On les dit agressifs ? Simplement ils veulent vivre, peinards dans leur biotope. Ils ne veulent personne sur leur chemin vers la rivière, pas de 4x4 bruyant qui leur coupe la route. Ils ne veulent personne en bateau qui les tarabuste à prendre des photos à publier sur Insta !

Le paradis de l’hippopotame est un monde sans aucun homme alentour, personne !

Josiane

Les moustiques

Les gens sont méchants ! Sous prétexte que les moustiques provoquent environ 725.000 morts par an dont la plupart d'entre-elles sont des enfants on les maudits, on  les chasse, on les flictoxe, on fait mine de les applaudir pour mieux les écrabouiller entre deux paumes vengeresses ou simplement méfiantes.

Moi, je dis Halte-là ! Les honnir c’est oublier les nombreuses qualités de ces tout petits. D’abord prenez le temps de les observer. Vous madame, par exemple, qui avachissez votre matelas Pionce 3 épaisseurs à mémoire de forme : enviez plutôt leur taille mince, appréciez leur poids plume, leurs costume à rayures horizontales que vous  formellement déconseillé votre couturière... Quant à vous, Messieurs, vous jalousez son appendice qui sans jamais faillir se dresse sans même avoir besoin d’aucune tentation ! Honte à vous !

Je vous avais pourtant avertie, Madame  !

Les serpents

Le serpent ment, le serpent est maudit à cause d'une femme,  qui voulait mordre une pomme,  on ne sait pas si le serpent était dans le fruit,  le serpent était déjà là, un truc long long qui bouge froid vous voyez ce que je veux dire. Le serpent sapritiche non s’apprivoise. Il y a des serpents qui sortent des chapeaux, des serpents tachetés ; il y a des venimeux et d'autres qui ne le sont pas. Certains réagissent au son.  Certains sont arrivés à se rendre utiles. Chéri on sonne ! C'est le serpent à sonnettes. Certains font de la politique, vipère au poing, où  ils font avaler des couleuvres. Certains hommes ou femmes sont plus méchants, des langues de vipères, et dangereux qu'eux.
Je me demande pour qui sont ces saucissons, non : pour qui sont ces serpents qui sifflent.  
Il existe de belles sculptures avec des hommes ou des femmes piqués se tordant se douleurs ; elles ont  un côté très érotique. 
Il existe une race de serpent qu'on ne peut  avoir chez soi sans le déclarer en préfecture c'est le constrictor. 
... Je sens qu'il me serre serre serre... Je crois que je vais devoir vous quitter.

Eric
 

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Proposition 3

Allez puisqu'on y est, restons-y !

Latrine ou La terine ?

Latrine romaine

Ce sont encore les oulipiens

qui vont nous  initier à une nouvelle technique : La terine. Les parisiens prononceraient Latrine mais nous, dans le midi on prononce même les e muets ! La terine !

Et késako ? 

 

La terine, on ne le sait pas (mais on ne va pas tarder à le savoir), fait permuter trois mots-clés de la façon suivante :

Première strophe

Le premier vers se termine par le mot A,

le second par le mot B,

le troisième par le mot C.

Deuxième strophe

Le premier vers se termine par le mot C,

le second par le mot A,

le troisième par le mot B.

Troisième strophe

Le premier vers se termine par le mot B,

le second par le mot C,

le troisième par le mot A.

 

Un bel exemple de terine est celui-ci, qui explique son propre principe formel :

Pour réaliser une bonne terine

Prenez trois mots à la rime

Et faites-les rimer

 

S’ils n’ont pas de peine à rimer

Vous approchez de la terine

Puisque la terine rime

 

Par trois mots choisis à la rime

Qui sans sonner doivent rimer

C’est le secret de la terine.

 

 Terine homophonique

Dans ce cas, nous proposons d’écrire des terines homophoniques.

Au lieu de trois mots-clés, il s’agit de travailler avec trois “séries-clés” de mots homophoniques.

Chaque mot-clé doit apparaître, donc, toujours dans une variante homophonique.

 Par exemple :

Mots-clé A : Verre, vert, ver ou vers

Mots-clé B : Quand, qu’en, camp ou Khan

Mots-clé C :  Conte, compte ou comte

Maintenant qu'on sait tout sur la terine, on n'a plus qu'à s'y risquer !

Les textes

La terine1

Ah la nature !

De la digue je péchais les seiches.

Du phare allumé j'étais près

Je voyais les lumières des rues.

 

Je me rappelle du petit ru

Il serpentait au milieu du pré,

L'herbe n'y était jamais sèche.

 

Négligemment j'avais allumé une sèche

Les chevreuils bramaient en rut.

Et moi, j’attendais la réponse de mon prêt.

Lynda

 

 

Juan porte à ses lèvres un plein verre.

Enivré et ravi, il lève le camp.

Pilar attend pour lui régler son compte.

 

Pilar enamourée comme à la fin d’un conte

Dispose d’arguments imparables, des vers

Plein de douce candeur, retrouvés mais quand ?

 

Voilà l’histoire racontée chez le grand Khan

Elle n’a ni queue ni tête, est-ce que ça compte ?

L’essentiel pour les yeux, c’est qu’ils soient (ou)verts !

Josiane

 

 

La terrine dorée sortit enfin du four.

Malin, à cet effet on emprunta un gant

Pour éviter comme il se doit de se brûler.

 

Y a pas qu’les cuisiniers qui peuvent se brûler

Même Patrick Bruel a connu un grand four

Et pas sur la scène de la ville de Gand

 

Avec sujet la presse ne prend pas de gant

Sans  procès, on l’enverrait bien se faire brûler

Comme Jeanne au bûcher ou dans le fond d’un four.

 

 

La terine2

On disait d’Henri IV qu’il est resté très vert

Les dames l’approchaient se bouchant le nez, qu’en

Oubliant de respirer, elles n’oubliaient pas leur Comte !

 

Pour l’endormir, elles lui narraient un merveilleux conte

Empli de fraicheur, de belle eau claire pour emplir des verres

Il se réveillait satisfait et repu mais jusqu’à quand ?

 

Autour de lui, s’affairaient ministres et aides de camp,

Ils n’osaient pas lui présenter les mauvais comptes.

Dimanches trop riches de poules au pot, pour ce galant vert.

Josiane

Tiens ! dit la truite, voilà un ver

Pas le moment de foutre le camp.

C’est qui qui pêche ? C’est M’sieur le comte.

 

Y en a toujours dedans les contes

Qu’ils soient en prose ou en vers

De la Fontaine ou d’Gengis khan.

 

Cuilà il trempe sa canne à Caen

C’est pas sur lui qu’la comtesse compte

Pour récurer marmite et verres !

 

Retour de pêche - Josiane

La terine3

Un verre vert, débordait plein de vers,

Des asticots pour la pêche, préparer le feu de camp

Rassembler les enfants, voilà ce qui compte.

 

Certains venaient s’amuser, jouer, mais pas lire des contes.

D’autres auraient préféré écrire de la poésie, des vers.

Ils avaient un héros, le grand Gengis Khan !

 

Tous s’égosillaient à chanter jusqu’à quand ?

Le bruit fut si fort qu’il réveilla, de Valencia, le Comte,

Qui parut au balcon dans son pyjama vert !

 

Josiane

 

La terrine dorée sortit enfin du four.

Malin, à cet effet, on emprunta un gant

Pour éviter, comme il se doit, de se brûler.

 

Y a pas qu’les cuisiniers qui peuvent se brûler

Même Patrick Bruel a connu un grand four.

Non, pas sur la scène de la ville de Gand !

 

Avec sujet la presse ne prend pas de gant

Sans  procès, on l’enverrait bien se faire brûler

Comme Jeanne au bûcher ou dans le fond d’un four.

 

 

 

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