Publié le 28 Octobre 2026
Quand le couple Tzvetan Todorov et de Nancy Huston
nous offre matière à écrire
Tzvetan Todorov (1939 – 1917) est un critique littéraire, sémiologue, philosophe et historien des idées français d'origine bulgare. A écrit 101 livres. A été marié à Nancy Huston née en 1953 (autrice103 livres, entre autres de: Dire et interdire. Eléments de jurologie, Ligne de faille)
Proposition 1
Le fantastique
" Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles face à un événement en apparence surnaturel ". Tzvetan Todorov Introduction à la littérature fantastique (1970),
A partir de cette idée, écrivons un texte qui vise à nous faire passer d’un monde à un autre : du monde réel, avec son temps, son espace, sa logique à l’autre monde, celui de l’étrange. Tentons donc de créer une espèce de vertige, une angoisse en partant d’une situation banale.
Naturellement, la chute doit être troublante. (Eviter les clichés du genre : vampires, douches sanglantes, morts-vivants, etc.).
Ce qui est important ici c’est l’atmosphère et la progression subtile vers le malaise, quel que soit le genre littéraire (nouvelle, poème) choisi. Faisons preuve d’originalité quant à l’histoire, le personnage central.
Les textes
Rose
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Ils sont tous les deux devant leur feuille. Baptiste, 4 ans et sa mamie, hors d’âge. Baptiste annonce le thème du jour : le cheval ou plus exactement la jument. Mamie s’incline. Et c’est parti. Chacun dessine sur sa feuille. C’est le moment de colorier. Mamie sort ses feutres préférés. Elle apprend à Baptiste à cerner son dessin et à colorier sans dépasser. On évite les coups désorganisés, on frôle la silhouette, par petites touches. Mamie donne des conseils. Regarde si tu colories en faisant de petits cercles, les risques de bavures sont moins grands. Tiens à propos de bavures, ne suce pas mes feutres ! Mamie remplit le corps de sa jument de petites spirales roses. On a très vite envie de caresser son pelage en mohair. L’autre jument évolue bien aussi en multicolore, elle s’appelle Trotte-vite. Baptiste jette un œil sur la jument de mamie. Elle s’appellera Rose et comme Pégase, elle aura des ailes. Trotte-vite aussi. On s’exécute. Et voilà Rose qui s’envole - sans même attendre que Baptiste ait fini les ailes de son poulain. Elle vole au-dessus de la prairie rayée de vert, parsemée de marguerites au cœur jaune et pétales bleus. Baptiste sourit. C’est juste la jument dont il avait rêvé.
Et si on allait goûter dans la cuisine ? Tu termineras ton dessin après. Une banane, un yaourt, un sirop de menthe et quelques bonbons.
Quand on revient dans le salon, les feutres sont là, les feuilles aussi. Trotte-vite est restée sagement sur son papier Canson, par contre Rose a disparu. La prairie est déserte. Rose ? Rose ? L’enfant l’appelle. Par la porte-fenêtre ouverte, on entend un battement d’aile. On se précipite. Rose est là, qui survole le jardin, la terrasse, la maison, le lotissement... Entre ses lèvres, une rose qu’elle vient offrir à mamie. Elle se pose un instant à côté de baptiste, lui souffle dans le cou. L’enfant caresse sa douce robe rose avant de la regarder s’élancer dans le ciel.
On agite les bras. On la laisse partir. Rose est libre. Restent toutes les histoires à venir dans lesquelles Rose sera l’héroïne.
Mô
A propos de cheval...
Un tout petit cheval – Henri Michaux* in Lointain intérieur
J’ai élevé chez moi un tout petit cheval. Il galope dans ma chambre. C’est ma distraction.
Au début, j’avais des inquiétudes. Je me demandais s’il grandirait. Mais ma patience a été récompensée. Il a maintenant plus de cinquante-trois centimètres et mange et digère une nourriture d’adulte.
La vraie difficulté vint du côté d’Hélène. Les femmes ne sont pas simples. Un rien de crottin les indispose. Ça les déséquilibre. Elles ne sont plus elles-mêmes.
« D’un si petit derrière, lui disais-je, bien peu de crottin peut sortir », mais elle… Enfin, tant pis, il n’est plus question d’elle à présent.
Ce qui m’inquiète, c’est autre chose, ce sont tout d’un coup, certains jours, les changements étranges de mon petit cheval. En moins d’une heure, voilà que sa tête enfle, enfle, son dos s’incurve, se gondole, s’effiloche et claque au vent qui entre par la fenêtre.
Oh ! Oh !
Je me demande s’il ne me trompe pas à se donner pour cheval ; car même petit, un cheval ne se déploie pas comme un pavillon, ne claque pas au vent fût-ce pour quelques instants seulement.
Je ne voudrais pas avoir été dupe, après tant de soins, après tant de nuits que j’ai passées à le veiller, le défendant des rats, des dangers toujours proches, et des fièvres du jeune âge. Parfois, il se trouble de se voir si nain. Il s’effare. Ou en proie au rut, il fait par-dessus les chaises des bonds énormes et il se met à hennir, à hennir désespérément.
Les animaux femelles du voisinage dardent leur attention, les chiennes, les poules, les juments, les souris. Mais, c’est tout. « Non, décident-elles, chacune pour soi, collée à son instinct. Non, ce n’est pas à moi de répondre. » Et jusqu’à présent aucune femelle n’a répondu.
Mon petit cheval me regarde avec de la détresse, avec de la fureur dans ses deux yeux.
Mais, qui est en faute ? Est-ce moi ?
*Henri Michaux s'excuse, il a eu un empêchement. Il ne pouvait pas être là à l'atelier mais il a eu la gentillesse de me confier ce texte. Merci Henri !
Le poney de Rose par Clément, Baptiste et Monique
Fantastica
De Josiane obtenu par Craiyon
La nouvelle librairie sétoise, j’y vais régulièrement pour faire le plein. Mon dernier achat, une bande dessinée de Manu Larcenet : « L’Insensé ».
Je feuillète, histoire de saliver un peu. Ce sont souvent des dessins échevelés, minimalistes, débarrassés des contraintes académiques. Larcenet dessine des atmosphères.
- Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? Je me retrouve sur les bords du canal St Martin, face à une jolie brune. La belle Léonie, au bagout parigot s’adresse à moi de façon véhémente.
- Bonjour, je ne voulais pas déranger, je passe mon chemin je me suis trompée de page.
Je me retrouve dans une bicoque poussiéreuse et hors d’âge, un vieil anar poussiéreux lui aussi, dessine pour un gamin, son seul visiteur de la semaine, excepté un pote qui passe tous les jours.
Hum, moi aussi j’ai fait une BD, l’histoire d’une mouette qui montait une chorale et partait au-delà du cercle arctique pour faire tomber la pluie. Le chœur avait fait tomber la neige, ce qui avait suscité beaucoup d’ennuis. Enfin ça avait fait marrer O et M, mes petits- enfants. Ils avaient juste remarqué que la BD n’était pas terminée, restée en noir et blanc. Tout en noir et blanc.
Noir et noir, c’est là que je suis transportée, à Rodez au musée Soulages. Je me tords le cou pour distinguer le brillant du mat. Pierrot, derrière moi, brosse dans une main et seau plein de goudron dans l’autre, pour mettre une dernière touche.
Une touche de piano, noire sur laquelle je tape comme une folle. J’aimerais, si j’avais le temps, apprendre le solfège, avoir dans la tête des chapelets de noires, de blanches, des croches, des soupirs. J’aimerais être Mozart. Il est là à chantonner, à côté de moi, son pied marque la mesure et sa tête se balance. Je reconnais le concerto pour clarinette, je suis dans la savane, dans le film Out of Africa tiré d’une partie du roman de Karen Blixen. La baronne danoise me saisit la main, je suis à Copenhague, allongée sur le quai telle la petite sirène. Je plonge, ma tête se cogne sur un rocher...
Des lumières m’aveuglent, des mains gantées me tâtent. J’entends des voix :
- ça va Madame ?
- Oui, ça va, j’ai piqué un roupillon entre les pages du bouquin. Non, il n’est pas ennuyeux du tout, très prenant au contraire ! J’en voudrais 4 exemplaires, un pour Soulages, un pour Mozart, un pour la baronne et un pour moi. Je ferai la lecture à Léonie, elle est miro comme une taupe m’a-t-on dit.
Oui, j’ai un compte de fidélité…
Josiane
Juste une plume
Je me trouvais sur le quai d'une gare, attendant un train qui tardait à apparaître. Un monde disparate se déplaçait autour de moi. Une voix annonça soudain l'arrivée du train attendu. La foule s'empressa d'approcher du bord du quai. Soudain, surgissant d'une fumée épaisse, je vis apparaître un couple avec un enfant aux allures étranges, leurs visages étaient étonnemment blafards. L'homme avaient des cheveux extrêmement longs, la femme, les yeux exorbités et l'enfant s'accrochait à ses jupes. Un instant a suffit pour les voir subitement disparaître dans un flash éblouissant. Ils s'évaporèrent on ne sait pas très bien ni où, ni comment, me laissant dans un état de sidération indicible. Où ont-ils pu se volatiliser ? Je regardais partout, mais rien n'apparaissait. Il y avait cependant au sol, comme un tas de cendres, et seul persistait une plume qui voletait dans l'espace et qui, sans doute, avait été laissée par l'enfant.
J'ai eu un moment de stupeur, d'incompréhension qui me laissa perplexe, oubliant même de monter dans ce train que j'avais si longtemps attendu. Avais-je rêvé ? Aurais-je eu une hallucination ? Mon cerveau me jouerait-il des tours?
Ce couple me paraissait pourtant réel, malgré leur apparence un peu fantomatique. Je regardais encore le quai. Rien d'anormal n'était visible hormi une plume. Je la ramassai. Je demandais autour de moi si quelqu'un avait vu ces personnages. On me regardait d'un air suspect. Il n'y avait plus rien sur le quai, alors que le train s'ébranlait. En y repensant, j'avais le sentiment étrange d'avoir croisé, en un bref instant, des êtres venus d'un autre monde qui refusaient simplement le présent.
Lydia
Proposition 2
La philosophie
« Une fois je me suis caché dans leur cave au fond d'une énorme boîte en carton et quand les cousins sont descendus je les ai entendus m'appeler "Randall ! Randall !" mais ma cachette était tellement bonne qu'ils ne m’ont pas trouvé et pour finir ils ont renoncé et sont sortis jouer au frisbee dans le jardin en m'oubliant complètement. Pendant ce temps j'étais encore dans la boîte, j'attendais, j'attendais et quand je suis sorti enfin j'étais frigorifié et ankylosé et, en me voyant, mes cousins n'ont même pas dit "Où étais-tu ? On t'a cherché partout !" J'étais blessé de ne pas leur avoir manqué et je me suis dit que la mort devait être comme ça : la vie continue tranquillement sans toi. »
Ligne de faille
A notre tour d’évoquer un instant de la vie d’un enfant (6ans) qui lui permet d’accéder à une grande question philosophique
Utilisons le langage approprié à un enfant de cet âge.
Des pistes :
• L'existence et l'origine : « Pourquoi j'existe ? », « J'étais où quand j'étais pas né ? », « Pourquoi on est sur terre ? », « D'où vient la vie ? ».
• La mort et le temps : « C'est quoi la mort ? », « Pourquoi on meurt ? », « Quand on meurt, c'est pour toujours ? », « C'est quoi le temps ? ».
• La morale, le bien et le mal : « Qui décide de ce qui est bien ou mal ? », « Pourquoi on doit être gentil ? », « Pourquoi il y a des méchants ? », « Est-ce que c'est grave de se tromper ? ».
• L'identité et la différence : « Pourquoi je suis moi ? », « Sommes-nous tous pareils ou tous différents ? ».
• La société et la justice : « Pourquoi on ne fait pas ce qu'on veut ? », « Comment on sait ce qui est juste ? », « Pourquoi les hommes se font la guerre ? ».
Les textes
Je veux, ils veulent pas
Une fois, je dessinais avec Mamie. On était seuls. On était bien. On était heureux. Elle avait sorti tous ses feutres et mes les avait prêtés. On dessinait des juments. Je crois que ça aurait pu être le plus beau souvenir de mes vacances. Mais tout à coup mamie s’est fâchée. Tu ne lèches pas mes feutres, elle a dit.
Mais pourquoi elle est comme ça Mamie. Pourquoi elle a tout gâché avec sa remarque ? Pourquoi elle me laisse pas faire ce que je veux ? Moi j’adore sucer les stylos. Ça m’aide à réfléchir. Je sais c’est pas bon comme une sucette mais c’est presque bon comme la sucette qu’on m’a obligé au dernier Noël à poser sur mes chaussons devant la cheminée. Un cadeau pour le papa-Noël. Tu parles ! J’ai pas cru à cette histoire. Je connais pas un grand qui suce des sussus. A plus forte raison un vieux qui a une longue barbe blanche et des lunettes rondes.
Des fois les adultes, je les comprends pas. Ils croivent tout savoir sur tout ! Ils veulent toujours avoir raison. C’est pas parce que je vais sucer le bout des feutres qu’ils vont s’user plus vite. Si je suçais l’encre, je comprendrais. J’en aurais plein la bouche et je risquerais même de mourir. Mais j’ai pas envie de sucer l’encre, je veux juste sucer le plastique. Ça me rappelle quand j’étais petit et que la sussu m’aidait à m’endormir.
Pourquoi les adultes ne me laissent pas faire ce que je veux ? Des fois je voudrais ne pas aller à l’école, dès fois, je voudrais sortir sous la pluie et sauter dans les flaques, des fois, je voudrais que la maîtresse me laisse finir mon exercice pour éviter qu’elle écrive en haut de la page en rouge NF qui veut dire Non Fini.
Je me demande si les adultes font pas des enfants que pour pouvoir exercer leur autorité. Ça je l’ai entendu à la télé. Ya pas que moi qui le pense.
Mô
La morale, le bien et le mal.
Je suis dans la cour de l'école. Tous les enfants s'amusent, crient, chahutent. Je regarde Alex qui attaque un autre enfant. Pourquoi lui tapait-il dessus ? Qui est-il pour s'en prendre à ce petit qui a son âge, et si violemment ? Qu'a-t-il fait de mal ?
Alex est un gamin dont l’embonpoint est notable. C'est un complexe latent qui le distingue des autres gamins. C'est ainsi qu'il ne supporte pas Charles qui est un enfant mince, d'allure sportive, très actif. Il a seulement 6 ans. En fait, Alex est jaloux. Cette hargne qu'il cultive envers les autres gamins est bien connue, c'est pourquoi il s'attaque toujours aux plus faibles.
Pourquoi les enfants sont-ils méchants entre eux? Jaloux aussi ? Ça n'apporte rien.! J'ai 6 ans moi aussi. Charles est un gentil gamin, on joue souvent ensemble et il me raconte des histoires. Ses parents viennent souvent à la maison passer un moment.
Alex est-il vraiment méchant ? Il est surtout malheureux parce qu'il est gros et que les copains se moquent de lui. Ça crée un certain complexe d'infériorité. Il ne joue avec personne, a du mal à faire
du sport et les autres le délaissent. Ça c'est un peu méchant !
Ils pourraient passer outre, le comprendre et apaiser ce ressentiment. Ils y gagneraient les uns et les autres à être plus amicaux, et feraient en sorte de l'intégrer dans un groupe qui oublierait son embonpoint.
Etre gentil, n'est pas une faiblesse. C'est seulement une empathie que l'on ressent envers certains. Pourquoi y a-t-il des différences ?
Nous sommes dans la même école, avec les mêmes amis, les parents se connaissent. Ce ne serait pas difficile de suivre le même chemin et vivre ensemble comme tout enfant de six ans.
Lydia
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