Publié le 30 Septembre 2026
Proposition 1
Tous mal lunés !
Un clou mal enfoncé - Un tableau mal encadré - Une bouteille mal bouchée - Une chaussure mal cirée - Une serpillère mal essorée
Dans 5 paragraphes distincts décrivons l’état d’âme de chacun des objets ci-dessus en essayant de relier un des cinq objets à l’autre pour commencer le paragraphe suivant. On n’est pas obligés de les mettre dans le même ordre que ci-dessus. Par contre on ne doit pas faire l’économie d’images originales ni d’effets sonores (allitérations : répétition d’un même son consonantique - assonances : répétition d’un même son vocalique)
Préférons les phrases courtes pour traduire la colère.
Dans le 6ème, mettons-les tous en scène pour faire la fête !
Les textes
Il vaut pas un clou
Et voilà ! J’en ai foutu partout ! Ça coule sur les yaourts, sur le poulet fermier, sur la tropézienne ! Ça dégouline tout rouge, on dirait qu’un crime a été commis dans ce foutu frigo ! Mais moi j’y suis pour rien s’il y a un con qui n’a pas su me boucher correctement et qui de surcroit m’a couchée sur l’étagère du haut ! Tiens, voilà la porte qui s’ouvre c’est lui ! Il a déjà la serpillère à la main, le pinard a dû trouver une anomalie dans le joint. Ouf me voici à la verticale. J’aime pas qu’on me prenne pour une Marie-couche-toi-là. Il me pose sur le carrelage et se casse. Je reste en carafe. T’en fais une tronche la serpillère ! Tu chiales ?
Non, je ne chiale pas. C’est juste qu’il m’a trempée dans le seau, j’ai failli mourir asphyxiée. Même pas la courtoisie de m’essorer. Je le hais. Et il m’a bousillé les côtes en me transportant de l’évier au frigo en me pinçant les mailles ! C’est bien la première fois en trois ans que je le vois faire du ménage dans cette piaule. Il a foutu de l’eau partout, même sur ses pompes ! Eh, les godasses ! Vous aviez de la poussière, maintenant vous avez de la boue !
C’est la cata ! Pourtant c’est pas les chiffons, et le cirage qui manquent dans cette maison ! On est à jeun de dire qu’il nous a, ne serait-ce qu’une seule fois, passé de la brosse à reluire ! A peine avions-nous quitté le magasin que nous étions déjà couverts de bouillasse ! Il pleuvait et cet abruti n’a rien trouvé de mieux que de rentrer ici en traversant le petit bois ! Celui qui est en photo, là, sur le mur de la cuisine. Mais tu en fais une tête le tableau !
Ça fait huit jours que j’ai un torticolis de tous les diables ! C’est sa faute, au patron, paraît qu’il a toujours été nul en tout, pas seulement en ménage, en géométrie aussi ! L’angle droit, il connaît pas. Il m’a mis de guingois. J’ai beau me secouer, j’arrive pas à me redresser ! Mes troncs, on dirait une sortie de vieux ploucs dans le parc de l’Ephad !
Et Pof ! Nous voilà par terre ! Tu l’as bien cherché, le tableau. A force de gigoter tu m’as décroché du mur ! On est bien maintenant, sur le carrelage ! T'es comme l'autre, tu vaux pas un clou ! Qu’est-ce que t’avais besoin de te dandiner ? Coincé entre la planche et le verre, tu risquais pas de te redresser ! Mais c’est qu’il y a du monde ici !
Eh, les copains, puisque l’autre est parti et puisque on est tous réunis, si on faisait la bamboula ?
Mô
Tous mal lunés
Sa vieille main tordue et malhabile soulève la serpillère pleine de vinasse. Splash, il la laisse retomber, une moue de dégout sur les lèvres.
« T’aurais pu faire attention » tonne-t-il d’une voix de stentor. « Une bouteille de Château Margaux, la dernière de Pépé Jules, perdue, répandue sur le carrelage ! Attention ça dégouline, goutte du sang de la vigne, roule, coule et Paf des taches sur ma chaussure ! Cuir blond crotté par le tanin de cette saleté de vin. Pied gauche, sinistre présage, tache tenace, indélébile à jamais témoin de ta maladresse.»
«Eh, Papy, j’l’ai pas fait exprès, c’te bouteille mal bouchée m’a échappé. Elle a glissé tel un amphibien mouillé. Elle a basculé, s’est jetée presque seule sur les tomettes, ocre rutilant, de la même couleur que le vin. Au moins, là ça ne fera pas tache.
De l’autre main, je tentai de redresser ce tableau, vieux calendrier des postes, représentant l’Angélus de Millet. Lumière de fin de journée, dos fourbus, fatigués. Ce tableau a toujours été de traviole. Le centre de gravité a doucement, imperceptiblement glissé, les paysans harassés veulent seulement aller se coucher.»
«Arrête tes sornettes, le tableau est de guingois car pendu à un clou mal enfoncé, mal assuré, mal aux doigts de celui qui l’a mal tapé, évité, maladroit. Trou trop grand, trou béant dans ce vieux mur ravagé qui va bientôt lâcher.»
La soirée est gâchée mais voici l’heure du diner. Le silence se fait autour de la soupière. Les convives s’asseyent et Chlurp, le rythme des cuillères donne le ton de la Mélodie des Ronchons.
Josiane
Proposition 2
Contents du contexte ?
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Tisser une histoire à partir d’informations imposées.
Pour écrire le texte, choisir entre trois environnements, trois contextes :
Premier contexte : Dans le jardin – sous le mimosa - planquée- nue
Deuxième contexte : Au café en face de l’église – un soir de Noël - désespéré
Troisième contexte : Une chambre sous les toits – un homme à terre sur le plancher – une bougie
Le texte devra tenir compte de tous les éléments suivants : une poule – une maison abandonnée – une Quatre-chevaux – Un chêne – Un mouchoir.
Les textes
La poule
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La poule de BiBi (Josiane)
Sous les toits, dans la chambre d’une maison abandonnée, un homme git à terre sur le plancher, planches disjointes et tachées de mille traces, terre écrasée, passages de mulots, déjections des pipistrelles qui se cachent tout le jour, jus de chiques lâché par le vieux qui habitait là.
Lorsque les flics pénètrent dans cette masure, ils sont immédiatement assaillis par une odeur insupportable. Ce n’est pas seulement la poussière et le manque d’aération qui fait tousser et se boucher le nez. Un mouchoir sur la bouche et les narines, ils avancent guidés par la pestilence nauséabonde répandue par une chair qui se décompose.
Arrivés au premier étage, ils découvrent le corps de Jean, raide mort depuis quelques jours sans doute. Propriétaire de cette ruine, il venait régulièrement surveiller sa maison de famille plus que centenaire. Les pandores ont reconnu sa vieille bagnole garée devant la maison, sous le chêne rouvre dont les glands ont nourri des générations de cochons. La 4 CV bleue est facile à reconnaître, c’est la seule de son espèce à des kilomètres à la ronde.
Connu pour ses beuveries, a-t-il décidé de rester là pour la nuit ? C’est ce que semble indiquer une bougie consumée à côté du corps. Il a entre les mains un vieux grimoire. Probablement retrouvé dans un trou du mur, des plâtras sur le sol semblent le suggérer. Jean a encore les lunettes pincées sur le nez. Est-ce la lecture du grimoire qui a eu raison de lui ?
Une poule noire picore quelques graines sur le plancher. Elle se tourne vers la maréchaussée et leur explique clairement. Coooot, c était son tour, il devait me délivrer de cette malédiction. JE SUIS SA MERE ! Il a eu tellement peur, qu’il en est mort.
Les pandores ont beaucoup remercié la poule et pour terminer leur rapport, ils ont noté : Décès de Jean Lecoq, mort naturelle.
Josiane
Pépé Jojo
Arrivé aujourd’hui, en fin d’après-midi, pour nettoyer et fleurir la tombe, je n’ai pu résister à l’envie immédiate d’aller jeter un œil à la vieille maison familiale. La mort peut attendre demain, fût-elle celle de pépé. Cette maison en haut de la côte, que les touristes que j’ai croisés m’ont dite abandonnée voire hantée. Certes, depuis le décès de pépé Jojo, le mois dernier, nul, à ma connaissance, n’a poussé la porte. Pas même mon père qui, après une grosse colère contre pépé qui refusait d’aller à l’ehpad et de vendre la maison, est allé s’exilé avec sa femme au Canada. Quand la mort de grand-père est survenue, j’étais bloqué à l’hôpital. Pas pu m’échapper. Je pensais bien que le paternel appâté reviendrait dare-dare pour régler la succession et bien entendu s’occuper des funérailles. On ne m’a tenu au courant de rien.
Donc me voilà devant la masure. Y a un hic. Une lumière filtre par les persiennes de la chambre sous le toit, une faible lueur qui semble danser. Tout est silence. Sur la plage arrière de la vieille quatre-chevaux qui finit ses jours sous le grand chêne, une poule d’eau a fait son nid. Quand je m’approche, elle gonfle ses rares plumes et caquète pour me signifier son mécontentement quand ma lampe torche la met en lumière.
Dans ma sacoche, je cherche la clef. Le pèlerinage peut commencer. Une odeur me repousse d’abord dans la nuit. Le mouchoir tiré de mon veston devrait faire l’affaire. Je suis le faisceau de la lampe. Il me guide dans l’escalier. Je dois résoudre l’énigme. Qui a pu pénétrer ici ? La porte est entrebâillée. Tout me semble identique à ce que j’ai connu, 10 ans plus tôt. Le papier peint est floqué. Un rat s’enfuit à mon approche. Une bougie brûle sur la table de nuit. Dans la ruelle du lit, un corps sur le plancher. Un corps en décomposition. Celui de pépé Jojo.
J’entends bouger au rez-de-chaussée. J’appelle. Pas de réponse. Par la fenêtre je distingue une ombre qui se sauve. Je descends quatre à quatre. Pas de mal à rattraper le fuyard. Il doit avoir à peine 7 ans. Pas besoin de le passer à la question. Il est effrayé et, tout tremblant, vide son sac :
- Pépé Jojo, c’était comme mon pépé à moi. Il m’avait confié une clef et je pouvais aller le voir quand je voulais. C’était notre secret. Il me racontait des histoires, moi, je lui récitais les poésies que j’apprenais à l’école. Il me disait toujours : Tu viendras toujours me voir ? Je lui ai fait la promesse. Je sais que maintenant, il ne peut plus me voir. Ses yeux ont été mangés par les bêtes, comme presque tout son corps. Mais dès que je peux, je m’échappe et je viens ici. Les parents ils croient que je suis dans ma chambre. Ça pue mais j’ai promis. Pour pas qu’il ait peur, le soir, je lui allume une bougie et je lui dis un poème. Vous allez pas cafter ? Je fais rien de mal !
Je l’ai accompagné jusqu’à sa maison et je l’ai rassuré. Dès le lendemain, j’allais m’occuper de trouver une dernière demeure pour pépé Jojo. Bien à l’abri des insectes. Entouré d’un joli drap blanc. On irait tous les deux, lui porter des fleurs et lui dire des poèmes. Promis, juré !
Mô
Noël, c’est l’Amour
"Je me demande toujours pourquoi ils m'offrent des chaussures."
Serre - Petits anges - Glénat*
* Note de Monique : je vous conseille vivement cet album préfacé par un de mes chouchous, Pierre Desproges
Ce soir, c’est Noël, je n’ai pas envie d’aller à la Messe de Minuit. Pourtant je ne suis pas loin de l’église, étant assis à une table au café de La République (nom provocant à mon goût), cinquante mètres en face de l’édifice religieux. Il fait bon dans ce bar bien chauffé à l’ambiance des fêtes d’antan. Du temps de ma jeunesse les bistrots étaient pleins de gens joyeux et insouciants qui riaient et s’amusaient d’un rien, parlaient politique, ou sport, en s’invectivant gentiment. Parfois le ton montait un peu, mais cela se calmait dès que quelqu’un d’avisé faisait basculer la conversation sur les bons coins où on pouvait manger assez bien pour pas trop cher. La bouffe, y a que ça de vrai pour mettre tout le monde d’accord ! Les jours de loto, c’était plus sérieux et moins bruyant, il fallait bien entendre les numéros sortis du sac. C’était marrant le surnom qui accompagnait les chiffres annoncés : 8, la cacahuète, le 4, le fauteuil, onze, l’homme de bronze ( ou les jambes de Francis , qui ne devait pas avoir des mollets bien musclés ! ). Ce temps du bonheur, hélas !, était passé depuis longtemps. Alors pourquoi aller me geler les miches en chantant Il est né le divin enfant ? À côté de bénits oui-oui et autres enfants de Marie qui, de leurs voix niaises et nasillardes, massacrent l’Ave Maria tout en digérant la grosse dinde ou la poule au pot sur laquelle ils se sont jetés en ouvrant de grands yeux globuleux et gourmands, la fourchette à la main, comme s’ils allaient conquérir le monde.
Après la Messe, qui leur sert de dérivatif digestif, ils iront attaquer les treize desserts et la bûche finale. Puis ils rempliront leurs faces, déjà rougeaudes, de muscat ou de mousseux ou champagne. Ils mettront le Petit Jésus entre le bœuf et l’âne gris, auprès de Marie et Joseph, dans la belle crèche provençale qui trône dans le séjour. Ils admireront les santons, les bergers gardant les moutons, lou ravi, le tambourinaïre et toute une flopée de personnages colorés représentant les métiers d’autrefois.
Au pied du grand sapin aux guirlandes lumineuses et boules multicolores, ils ouvriront leurs cadeaux avec des sourires et des rires gras, diront un merci hypocrite pour des supposés beaux présents qu’ils revendront le lendemain, en se moquant des généreux donateurs. Ingratitude, quand tu nous tiens ! Sans parler de l’impolitesse. O tempora ! O mores !
Cela me fait penser que, pendant l’office, il y en a toujours un ou plusieurs qui sortent leur mouchoir et donnent de la trompette parce qu’ils sont enrhumés ou grippés, au lieu de rester dans leur lit douillet. Au risque de contaminer la foule avec leurs miasmes, ou de perturber le bon déroulement de la cérémonie, ils tiennent absolument à être présents comme si leur absence conditionnait leur vie dans l’Au-Delà et qu’ils craignaient de ne pas monter au ciel et entrer au Paradis et dire bonjour à Saint Pierre, tirer sa barbe, et toucher ses clés.
Et vous voulez que j’aille assister à ce spectacle navrant ? Non, je préfère rentrer chez moi.
Je vais prendre ma voiture, la 4CV de mon grand-père adoré, et regagner ma maison abandonnée et froide et trop vide depuis longtemps. Je me garerai sous le grand chêne. Je le regarde souvent cet arbre vénérable et plus que centenaire. Parfois cela m’inspire des mauvaises pensées, mais je n’ai pas de courage, pas de corde, et, de toute façon, je ne sais pas faire des nœuds coulants.
Donc, je me pends plusieurs fois par an, mais virtuellement. C’est déjà ça !
Je suis tellement désespéré !
Jacques Giner
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