2 et 3 septembre - Des petites annonces loufoques de Pierre Dac
Publié le 3 Septembre 2019
Grandes petites annonces - Pierre Dac

Dès son premier numéro le 13 mai 1938 L'Os à moelle publie en page 4 des Petites annonces qui n’obtiendront jamais la moindre réponse et pourtant elles seront lues et commentées par d'innombrables lecteurs. Jusqu'au numéro 108 du 31 mai 1940 dans les cours de récréation comme dans les bureaux, on va se précipiter chaque vendredi sur cette colonne du journal même et surtout si l’on n’a absolument besoin de rien...
Extrait de Pierre Dac, Dico franco-loufoque, réalisé par Jacques Pessis
Voici quelques grandes petites annonce de Pierre Dac. On en choisit une au hasard (!) et on laisse faire sa plume.
Musulman cherche roue voilée pour le vélo de sa femme.
Idiot cherche village.
Gardienne d'immeuble un peu paresseuse cherche loge au 6ème pour avoir à descendre le courrier au lieu de le monter.
Comprimé d'aspirine dans la force de l'âge cherche bonne migraine avec qui se mesurer.
Monsieur 42 ans, belle prestance, ingénieur en électronique pastorale, marié, 3 enfants, très assoiffé, installé depuis trois quart d'heure terrasse café boulevard Saint-Michel, demande à boire et plus vite que ça.
Femme de ménage pieuse cherche emploi dans institution religieuse pour regarder ménage se faire tout seul par opération Saint-Esprit.
On demande homme fort pour traîner coupables devant les tribunaux.
Perdu hier... une bonne occasion de me taire.
Prière s'abstenir de continuer envoi lettres anonymes, sinon, répondrai...
Auteur dramatique échangerait pièce en 4 actes contre 3 pièces et une cuisine.
Caméléon domestique au bord de la dépression nerveuse échangerait d'urgence coussin écossais contre coussin teinte neutre.
Annonce Apostolique
Annonce lue dans le journal La Croix du Pèlerin:
Femme de ménage pieuse cherche emploi dans institution religieuse pour regarder ménage se faire tout seul par opération du Saint Esprit
Réponse
Madame, suite à votre demande d’emploi de femme de ménage dans l’école Notre Dame de la Fée du Logis dirigée par Soeur Rowenta Hoover et le père Tornado Dyson qui m’a transmis votre lettre, je vous fais part de quelques remarques.
Sachez d’abord que le Saint Esprit est à la retraite depuis des années et donc il n’exerce plus sauf en cas d’extrême urgence. Il en avait assez de faire des opérations en tous chemins, en tous lieux, par tous les temps et tous les jours. Il s’est retiré dans une ville du Gard au bord du Rhône où il fait le pont.
D’autre part vous semblez être rebutée par le travail, source de santé et de bonheur, et Notre Sainte Mère l'Église de Notre Seigneur Jésus Christ ne saurait employer des fainéantes de votre espèce. A ce propos d’après la photo que vous joignez à votre courrier, il semblerait que vous fassiez plutôt mauvais genre. Si vous espériez astiquer les meubles en maillot de bains, aussi joli et échancré soit-il, vous vous trompez de lieu, notre lycée n’étant pas un cabaret. Si nous vous embauchions votre mauvais exemple déteindrait sur les jeunes de bonne famille que nous avons comme élèves. Les filles voudraient s’habiller comme vous et les garçons seraient perturbés par ces visions orgiaques. Tous ces adolescents succomberaient à la tentation de la débauche et de la fornication et seraient détournés du droit chemin tracé par leurs parents, et ils ne penseraient plus à leurs études,et leurs cerveaux ne se préoccuperaient plus que d’étudier l’anatomie des unes et des autres et de faire des travaux pratiques dans les moments libres. Ce qui poserait des problèmes à la lingère qui, jusqu’à aujourd’hui ne change les draps qu’une fois par mois. Il faudrait en acheter un plus grand nombre et nos moyens financiers ne le permettent pas. N’oubliez pas que notre devise est: “Ora et labora”, “Prie et travaille”. Nous éduquons ces âmes pures dans le respect, la dévotion, la soumission et la crainte de Dieu et l’Amour de leurs prêtres et de leurs religieuses. Tous ces jeunes gens sont là pour obéir à nos commandements et si on leur ordonne de se mettre à nu devant nous, cela leur sert à mieux expier leurs fautes et purifier leurs âmes. Contrairement à ce que disent les mauvaises langues, la démarche est simplement et uniquement symbolique, c’est pour que Dieu, et lui seul, voit le fond de leurs pensées perverses et diaboliques.
En conclusion Madame, je considère que votre cas est désespéré et que vous devriez allumer un cierge à Sainte Rita, la Patronne des causes perdues. Je ferai des prières pour le Salut de votre âme.
Votre évêque, Monseigneur Joseph Darty
P. S. : Je garde votre photo où le 2 pièces de marque Etam ressort bien. On voit que vous soutenez bien ce que vous avancez. Si vous en aviez d’autres, je suis prêt à les recevoir et à revoir ma position vis-à-vis de votre candidature. Mais je vous demanderais d’être très discrète à ce sujet, que cela reste entre vous et moi.
Passez me voir à l’occasion. Si vous venez veuillez emprunter le passage par la petite rue côté jardin. le code d’accès est: 69 69.
Allez en paix, ma fille! Au nom du Père, du fils, etc...
"Monsieur 42 ans, belle prestance, ingénieur en électronique pastorale, marié 3 enfants, très assoiffé, installé depuis trois quart d’heure terrasse café boulevard Saint-Michel, demande à boire et plus vite que ça."
Réponse du garçon de café : "Moi, serveur en terrasse du café bd. St-Michel, je vous informe que chaque fois que je suis passé à votre table (huit fois en 42 minutes et non trois quart d’heure) vous étiez en train de vous engueuler avec votre femme à propos de vos trois enfants assoiffés. Si vous voulez mon avis, quittez votre femme et vous serez servi plus vite. Mieux, moi-même 44 ans plus belle prestance que vous, jadis assoiffée, marié et père de quatre enfants assoiffés, sur le conseil du précédent garçon de café de cette même terrasse, ai quitté femme et enfants, et suis venu me dessoiffer à l’œil grâce à ce travail, pas très rémunérateur, je vous l’accorde, mais très dessoiffant, surtout en terrasse où nature rime avec biture, ou Ginger ale avec pastorale."
Réponse du client à la réponse du garçon de café : Avant de répondre, apprenez à lire, c’est moi qui suis assoiffé, pas mes enfants. Par ailleurs de quoi vous mêlez-vous. Un garçon de café se doit d’être discret, ne pas écouter ce que les consommateurs disent. Je vous apprendrai que je ne m’engueulais pas avec ma femme, je flirtais avec ma secrétaire pastorale qui aime faire semblant d’être en colère, c’est un jeu entre nous. Elle fait la biquette et je fais le pasteur : bêêê ! Et maintenant ça fait une heure que j’attends.
Réponse du garçon de café : Non, mes escuses ! 58 minutes, pas balèze en chiffres, Monsieur l’ingénieur en prairie pastourelle.
Réponse à la réponse de la réponse de la réponse : Eh bien, moi, Monsieur le serveur, je ne vous "escuse" pas et ne vous réponds pas. Apportez-moi une bière, eksassaute !
Viviane
"On demande homme fort pour traîner coupables devant les tribunaux"
C'est un dimanche matin que Barnabé trouve cette annonce dans le journal. "On demande un homme fort pour traîner coupables devant les tribunaux."
Il regarde sa mère et lui dit : Tu crois que je peux me présenter pour ce travail maman ?
- Oh bien sûr mon garçon ! Tu es fort comme un bœuf, tu es arrivé à pousser la voiture de ton père lorsqu'elle était en panne.
- Oui c'est vrai, mais tous les voisins m'ont aidé.
- Ça ne fait rien, tu y es quand même arrivé.
- Tu crois qu'il faudra que je les traîne vraiment les coupables maman ?
- Bien sûr, tu feras ce qu'on te dit de faire dans l'annonce.
- Et si je n'y arrive pas, qu'est-ce qu'il va se passer ?
- Tu demanderas de l'aide dans la rue, ne t'inquiète pas, il y aura toujours quelqu'un de gentil pour venir t'aider. Tu fais tellement pitié, petit et maigre comme tu es. Lorsque tu es né, tu avais la peau sur les os, tu n'as guère changé depuis. J'ai bien failli te changer à la maternité.
- C'est de ta faute, pourquoi tu m'as fait si malingre ? Tu ne pouvais pas faire un effort?
- Dis donc toi! Ne me manque pas de respect, je suis ta mère.
- Oh si peu maman !
Soudain, Barnabé tombe de sa chaise, soufflé par une gifle d'une violence terrible, donnée par sa mère.
Il la regarde, effrayé, et n'ose se relever.
Et soudain, sa mère lui dit :
- Mon pauvre garçon, tu ne tiens pas debout, finalement, il vaut mieux que tu restes ici. Va donc faire la vaisselle, puis tu passeras l'aspirateur. Quel bon à rien !"
Françoise
Léon

Léon est à cinq doigts soudés en deux groupes (l'un de deux doigts et l'autre de trois) de la dépression. Ecoutons sa plainte :
- C’est toujours le même refrain que ce soit à la télé ou à la radio : Sauvons la planète ! Mais moi, qui me sauvera ? Je n’ai pas vérifié sur internet mais j’en mettrais ma patte à couper que je fais partie de ce qu’ils appellent les races en voie d’extinction. Alors si je suis d’une race protégée, Quelqu’un peut-il me dire pourquoi par un bel après-midi de juillet un individu occitan muni d’un filet à papillons est venu me cueillir sur la branche verte d’où je guettais, en habit vert, comme un immortel, une mouche alanguie, posée à portée de langue ?
Ce même Quelqu’un peut-il me dire aussi pourquoi j’ai atterri, atterré, dans le salon de cet appartement bourgeois, meublé d’un ensemble fauteuils-canapé-directoire recouvert d’un tissu écossais ?
Résultat ? Ma réserve de couleurs s’épuise vitesse grand V. Déjà que mes tubes de verts, de jaunes et de bleus s’étaient quasiment taris dans ma forêt malgache, afin de me camoufler pour échapper aux prédateurs, voilà que j’ai été obligé d’entamer les autres tubes à cause de ce foutu tissus écossais qui emprunte toutes les couleurs de la création, excepté le rouge !
Faut que je fasse quelque chose.
C’est décidé.
Dès demain je fais passer une annonce dans le Midi Libre : ‘’Caméléon domestique au bord de la dépression nerveuse échangerait d’urgence coussins écossais contre coussins teintes rouges’’.
Mô
Idiot cherche village.
C'est pourtant pas les villages qui manquent, tudieu, t'es un incapable, comme ton père. Pour sûr, je l'ai marié, mais son père tenait le seul Bar/Resto. Et pis, les autres gars, y'm'trouvaient pas fute-fute. Disaient que j'irais bien avec Jean-Louis Diote.
Alors quand l'aïeul s'est jeté dans la rivière asséchée, j'ai vite mis le grapin sur le JL. Mairie rapidoss. Moi, Marie Diote ai eu le Bar/Resto. Je t'évite la nuit de noces. Quatre ans à lui expliquer que les enfants n'arrivent pas avec les cigognes. J'ai demandé au curé Lené de lui faire un cours. C'était peut-être pas le mieux : le curé m'a montré que c'était comme avec la biquette et que c'était moi qu'avais un problème. Alors, un jour, vers les 4 h du matin, suis allée voir le pétrisseur. Pendant que la pâte levait...
Alors, c'est pas tout ça, cette annonce, dans quel journal tu l'as mise ? Sur le panneau de la Mairie ?
Mais t'es bête ou pire ? Y'a déjà ton père !
Syl