Mardi 04 mars 2025. Atelier à Frontignan, animé par Monique Nicque.
Publié le 8 Mars 2025
Le Clavecin bien trempé
ou
jeu des homophonies approximatives.
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Jeu inventé pour l’émission Des papous dans la tête, une émission hebdomadaire de France Culture. Il s'agissait de jeux radiophoniques et littéraires, voire impertinents, poétiques, souvent inventés par Bertrand Jérôme puis par Françoise Treussard, parfois par un participant.
Les propositions de l'Oulipo, dont nombre des membres sont intervenus dans l'émission, en sont une inspiration primordiale ainsi que les grands rhétoriqueurs, les surréalistes et Jean Tardieu.
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/des-papous-dans-la-tete
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Historiquement :
Le Clavier bien tempéré — en allemand : Das Wohltemperierte Clavier (original) ou Das Wohltemperierte Klavier (moderne) — BWV 846-893, désigne deux cycles de 24 préludes et fugues chacun, composés par Jean-Sébastien Bach. Ces deux recueils sont l'une des œuvres les plus importantes dans l'histoire de la musique classique.
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Proposition 1 : Imaginer des histoires commençant par une phrase imposée et se terminant par une phrase homophonique ou presque de la première. Deux phrases homophoniques sont des phrases qui ont à peu près le même son mais pas le même sens.
Ecrivez ! inventez des situations sous forme de dialogues, poèmes, courts récits.
- Un bon appartement chaud – Un Bonaparte manchot**
- Seuls les singes ont des îles – Seuls les anges ont des ailes**
- Bouvard et Pécuchet – Le boulevard était bouché**
- Même les paranos ont des ennemis – Même les piranhas ont des anémies**
- On a bu du pinard à toutes les époques – On n’a plus d’épinards, ajoute des œufs-coque !**
- Le brise-lame - Le brise larmes
- Un oiseau lyre – Un oiseau livre
- Pour le veilleur et pour le pitre – Pour le meilleur et pour le pire
- Un flacon de parfum – Un flocon de parfum
- Une boite de cirage – Une boite de mirages
- L’œil du cyclone – L’œil du cyclope
- Mon ex prie pour mon retour – Mon esprit me joue des tours
- Tous les chemins mènent à Rome –Tous les chagrins mènent au rhum
- Le vieillard ment – Le vieil Armand
** Des propositions oulipiennes (Le dictionnaire des papous – Des papous dans la tête, Les décraqués)
Les autres sont de Mô
Autres piochées par ci par là :
- Qui aime être au pôle ? – Qui aimait trop Paul ?
- L'écrit du coran saignant- les cris du corps enseignant
- Sous un arbre volait une Estelle. – Sous un arbre vos laitues naissent-elles ?
- L’eusses-tu cru que ton père fût ,là, peint ? – L’eusses -tu cru que ton père fût lapin ?
Textes - Sextes ( aïe, tant pis )
Tous les chemins mènent à Rome. J’avais souvent entendu cette phrase et il faut dire que moi – qui n’ai absolument pas le sens de l’orientation – elle avait le don de me paniquer lorsque j’y repensais en allant ne serait-ce qu’à Monoprix faire les courses. J’avais toujours la trouille de ne jamais retrouver le chemin du retour et de me retrouver, sans vraiment l’avoir voulu, les cabas au bout des bras, devant le Vatican. Du coup, je me gardais bien d’acheter des produits périssables : jamais de beurre, jamais de viande ou de poisson.
J’ai grandi, est restée ma phobie. Je n’ai jamais pu me rendre au moindre rendez-vous ni professionnel, ni galants. Sans le vouloir j’ai dû poser une cinquantaine de lapins à des amoureux potentiels. Je tentais évidemment de les rejoindre, ne voulant écouter que mes pulsions mais je me perdais inévitablement et tournais en rond pour finalement tourner en bourrique. Je consultais. Mon RMI y passait.
Un jour un garçon plus beau gosse que tous ceux que j’avais croisés jusque-là sur les réseaux sociaux, prit longuement le temps de m’expliquer le chemin à suivre pour aller chez lui. Je trouvais la motivation nécessaire, ce devait être ma première nuit d’amour. J’ai marché toute la journée, j’ai pleuré, j’ai marché toute la nuit, j’ai pleuré, j’ai marché plusieurs jours, j’ai pleuré, j’ai franchi des rivières, des vallées, des montagnes. C’est ainsi que je suis arrivée, exténuée et pleurant à Rome. Je suis rentrée dans le premier bistro venu et j’ai bu, j’ai bu et encore bu de tout mais surtout du rhum.
Comme quoi : Tous les chagrins mènent au rhum.
Mô
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Le vieillard ment je vous le jure
Juste l’instant d’avant il riait tous son saoul en inventant des faits qui n’ont jamais été.
Et là v’là qu’il larmoie, qui demande vos grâces
Mais ne le croyez point il a l’esprit retors
Il a l‘esprit salace et se moque de vous.
Je l’ai vu maintes fois provoquer des marasmes
User et abuser des crédules enfants
Ses bonbons sont au poivre et provoquent des miasmes
Vous font cracher le feu et pleurer longuement.
De vous tous les jurés j’implore l’expertise
Prenez bien du recul, laissez vos sentiments
Et votre éducation bien loin de cette crise.
Depuis son plus jeune âge, le vieil Armand nous ment.
Nicole
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Après avoir crevé l'œil du cyclope, le Marin tombe dans les filets de la magicienne. Ulysse est chagrin. Circé je lui colle aux basques. Pas moyen de se carapater.
- Quel crampon celle-là, dit-il à ses hommes. J'ai beau lui dire que j'ai Pénélope dans la peau elle ne veut pas me prêter son bateau. Le soir elle m'attire dans son lit et me séduit moi pauvre marionnette. J'y git jusqu'au matin. Quand le soleil revient je me lève et je la bouscule, elle me retient comme d'habitude. Désespéré je marche sur la plage en regardant l'horizon bien morne dans mes yeux délavés. Je pense à mon aimée et le brise lame devient brise larmes.
Les dieux prennent Ulysse en pitié.
- Allez rentre chez toi mais fais attention à Poséidon car il a une dent contre toi.
Le marin périra-t-il dans l'œil du cyclone ?
Alain
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L'eusses tu cru que ton père fût là peint ? Mais si, regarde bien le mur en face. Le graffeur a représenté ton daron en salopette dans son jardin. C'est un honneur pour les agriculteurs. Ton père est le symbole de ce noble métier !
Quoi ? Ben oui, je sais qu'il est mort. Raison de plus pour lui faire hommage. T'es pas fier ?
Que je te répète ma phrase du début ? Ok. L'eusses tu cru que ton père fût là peint ?
Que c'est drôle, Norbert, t'as cru qu'il faisait de la pub pour Lustucru ! T'es bête, il fait pas dans les pates ton père. Quoique quelque fois, quand il parle, on pourrait croire qu'il en a plein la bouche – des pates – Faut tout t'expliquer mec.
Hein ? Ton père était végétarien, première nouvelle. Il ne mangeait que des carottes. Tiens donc, l'eusses tu cru que ton père fût lapin ?
Syl
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Mon esprit me joue des tours !
Ce matin, je me suis réveillé dans un champ de blé, nu comme un vers. Plus de bottes ni chapeau, disparus pantalon, veste et chemise.
Hier soir pourtant tout était comme d'habitude à la taverne du Père Louis. Le vin coulait à flots, mon cheval était bien attelé, mes compagnons tapaient le carton et taquinaient les filles.
Moi je buvais des petits coups, installé tranquille, je surveillais l entrée en espérant voir débarquer mon ex, la Marie. J observais le va et vient des clients, on m'a reproché d'avoir la tête ailleurs. Oui, je l'avais ailleurs ma caboche, je voulais rencontrer ma Marinette.
Le temps à passé, les verres et les heures ont défilé, le comptoir s'est brouillé, deux gaillards ont sorti un jeu de dés, on a rigolé, j ai baillé, beaucoup baillé et me voilà qui grelotte dans mon champ de blé en maudissant la Marinette !
Je me demande si mon ex prie pour mon retour ...
Viviane HR
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Le chou du rond-point
du Grand Darnal à Bruges
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Proposition 2 : T’en voulais des contraintes ? En voici !
Un contexte : Un rond-point dont toutes les rues adjacentes sont en sens interdit ; un homme à la tête de chou ; un chameau.
Des contraintes stylistiques : Une métaphore (comparaison qui n’utilise pas de terme médian)
Trois phrases nominales. (phrases courtes sans verbe)
Trois ON
Trois CA
Trois mots inventés
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Trafic colossal autour de la colonne Vandamme
C’était le deuxième jour que le quatrième sens interdit avait été posé, celui-ci à l’entrée de la rue Michaux.
Aussi autour du rond-point, s’emmarmeladaient voitures, motos, camions. Plus aucune n’avançait. Nulle sortie. Quatre rues adjacentes : quatre sens interdits !
Le concert de klaxons s’était tu. Les hurlements d’impatience aussi. Plus de jus. Extinction des voix. Les commerces voisins avaient été dévalisés. Les premières heures s’étaient plutôt bien passées. On avait partagé des casse-croutes, on avait trinqué. On imaginait bien que la plaisanterie n’allait pas durer, qu’on allait débloquer la situation. Le soir on avait même fait des barbecues !
Le deuxième jour, les alimentations n’ont pas ouvert les rideaux de fer. Plus de stock.
Ça virait au vinaigre dans le rond-point. Ça trognait. Ça cherchait à s’évader.
Un agent de police, le képi calé sur sa tête de chou, se démenait comme un beau diable, rattrapant les uns, verbalisant les autres. Il faisait preuve de souplesse, cependant, vis-à-vis des vélos et des chameaux qu’il autorisait à emprunter exceptionnellement les trottoirs non sans avoir retenu leurs papiers d’identité pour les décourager de revenir. Un chameau refusa d’obtempérer. Le gardien de la paix blatéra plus fort que le prévenu et l’emmistoufla avec une corde à la colonne Vandamme qui marquait le centre du rond-Point. La bête se débattit si fort qu’elle arracha violemment l’obélisque qui emporta avec elle la chaussée tout autour, les fondations du carrefour et les malheureux usagers aux gosiers asséchés.
Mô
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Stop ! Puis encore
La ville est bloquée.
Le pauvre agent au centre du carrefour s’arrache le képi, agite son bâton blanc avec frénésie, encourageant les automobilistes à continuer la ronde imbécile devenue immobile. On y perd son latin et on y perd ses nerfs.
Et que dire du temps de cette valse morte qui oublie de tourner sur trois ou mille temps. Radio classique à toute berzingue résonne sur la place du Strauss père et fils.
Le repas sera froid, les moteurs bien trop chauds. La tension à son comble.
Un vendredi foutu un vendredi synamalgamique.
Ça aurait pu être un de ces jours gracieux où les jantes rutilent et les autos s’écoulent avec harmonie dans une chorégraphie sans faille.
C'est la faute à l’agent qui a perdu ses sens et qui a provoqué ce binz innommable.
Et il ne pourra pas retourner à la circulation puisqu’il y est affecté et ne peut de ce fait tomber encore plus bas. Ça lui vaudra peut-être un retour à la vie civile. Tant pis pour le costume qui lui seyait si bien et lui donnait la classe.
Il sait, il a compris que sa prestation arrête net une carrière « charybdéenne » et « scyllétique ». Il s’imagine déjà au fin fond d’un désert, coiffé d’un chèche et tirant un chameau hagard pour aller nulle part, un Tintin égaré, seul et sans chien.
Il pleure et la brise fait tourner ses larmes sur ses joues et son nez. L’homme à la tête de chou fond dans ses larmes, sa morve et sa sueur, il fond et ruisselle doucement sur son kiosque et disparaît à la vue des péquins. Seul son costume froissé sous le képi qui a chu laisse une dernière trace bleu marine sur le macadam.
Et dans ce vendredi maudit le temps enfin se dé-suspend.
Un klaxon retentit, un moteur qui s’emballe, des gaz d’échappement, puis toute la théorie des véhicules inertes se met à circuler ronronnant gentiment.
Carrefour immense, manège improbable.
Nicole
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Un homme à la tête de chou errait en ville. Il titubait, demandait sa route à qui voulait bien l'entendre.
Son physique intriguait, percutait, lui qui demandait son chemin. Il ânonnait le mot chameau.
On ne le comprenait guère quand il dessinait des bosses avec ses grands bras.
Ça alors, faisait il parti d'un cirque ?
On l'imaginait sous un chapiteau à dos de chameau. Il balançait son coup de girafe de droite à gauche, sa tête de chou dodelinant sur ses épaules.
Il criait comme un âne. Cela agaçait tout le monde. On en avait marre de le croiser toute la journée. On l'avait surnommé " Chouerrant " ou " Boutd'chou " !
On le conduisit à l'Office de Tourisme qui lui indiqua sur une carte, comment aborder le rond-point du centre ville sans se soucier des sens interdits qui l'amèneraient tout droit vers une improbable destination.
On lui souhaita bonne route.
Bénédicte
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Ça n'a pas de sens ce qu'il fait.
On peut dire que c'est un circobsessionnel circonstanciel.
Ce n'est pas un mauvais bougre mais le képi ça comprime la cabestine et ça empêche les connexions neuronales. À lui, ça lui fait une tête de chou. Il n'est pas comme ça depuis toujours. C'est seulement depuis qu'on l'a affecté à la circulation sur le rond-point des "causes perdues" près de la "Cité des Girbouillettes". Cinq rues, cinq sens interdits. On disjoncte pour moins que cela et on abandonnerait le poste. Mais lui il a le sens du devoir. Un sens unique. Il veille à ce que personne ne s'échappe il les a prévenus tous.
« Attention au moindre écart je vous aurai au tournant ».
Finalement ce n'est pas vraiment différent de ce qu'il faisait auparavant. Il tenait un manège de chevaux. Sa femme trouvait que ce n'était pas une situation digne de lui. Il a passé le concours de la police et le voilà agent. C'était un virage dans sa vie. Il est heureux même si les jeunes de la cité le font tourner en bourrique.
Dans quelques années il prendra sa retraite. Il a tout planifié. Elle sera progressive. Il se voit déjà les libérer la 4e sortie à mi-temps puis la troisième la seconde et enfin il lâchera l'affaire. Ce ne sera pas facile au début, Il fera certainement un peu d'insomnie. Il se retournera dans son lit mais finira par s'y faire. Les mois qui suivront son départ il reviendra souvent voir son rond-point. il repensera à tous ces virages ces coups de klaxon, ses coups de sifflet.
Chez lui il rendra sa femme un peu chèvre à force de lui parler du bon vieux temps mais comme ce n'est pas un chameau elle le mettra à la cuisine pour tourner les pâtes dans la marmite.
Quand il sera très vieux il mourra. Il faut bien que la roue tourne.
Alain
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Dialoguage
- On a jamais vu ça ! s'écrit Serge. Un rond-point carré. Y'a qu'en province que ça existe.
- Tu remarqueras, mon cher Serge, qu'en plus les rues adjacentes sont en sens interdit. Un casse tête. Quelle idée tu as eu de sortir de l'autoroute.
- Ecoute, cesse de baréter. Tu voulais voir l'extrême onction, on y est.
- Je t'ai parlé d'Extrême Orient. Et c'était il y a deux mois. Là on roulargue depuis 1/2 heure autour de ce rond-point. C'est horrible. T'as vu, ils ont foutu une statue de chameau en plein milieu ! Que c'est moche !
- Pas un chameau. Un dromadaire. L'a une bosse. Regarde bien, tu as tout le temps, on va encore tourner autour pendant un moment. C'est le moment de faire un tofo pour " ta communauté ", ça va t'amener des like à gogo.
Silence, entre deux injures entre automobilistes coincés dans le manège voitural.
- J'ai bien entendu, reprend t elle. Tu me traites de rhinocéros ? Si si, "cesse de baréter", que tu m'as dit ! Tu t'es vu, Serge, avec ta tête de chou, ta croustache en guidon et tes loupinards de chez Krisse ? Franchement, je me demande comment tu as pu me séduire.
- Moi aussi.
- Quoi, toi aussi ?
- Moi aussi je me pose des questions sur toi. Avant toi, j'étais normal. Un vrai serin. Je me plaisais moi à la campagne avec mon père agriculteur. On cultivait des carottes, pénards. On élevait des lapins. Tu sais au moins qu'il y a un mur avec le portrait de mon papa, à Sète ? Et oui ! L'eusses tu cru que mon père fût, là, peint ?
Syl
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